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Exposition Cogitum, l'esthétique de l'enfermement ou la dimension mentale de l'art
08/04/2013 | 19:06
© MidiNews 2013

Dans l’histoire du Palais des Evêques, la maison départementale de santé installée au XIXe siècle a lourdement pesé sur l’image du site.

Aujourd’hui, le musée départemental accueille une nouvelle exposition d’Art contemporain réalisée en étroite collaboration avec les Abattoirs-Frac Midi-Pyrénées.

Inscrire l’art contemporain dans un site chargé d’histoire pour faire dialoguer les œuvres, tel est le parti pris de cette manifestation présentée dans la salle d’exposition temporaire du musée départemental, témoin de l’ancien asile d’aliénés.

Un ancien lieu d’enfermement pour évoquer le cerveau, son activité, son positionnement et inviter le visiteur à plonger dans l’exploration de la dimension mentale de l’art, son rapport à l’imaginaire
L’exposition débute dans une salle du musée avec Dédale, une imposante sculpture d’Odile Mir déjà présentée en 1996 dans les caves du Palais des Evêques.

C’est évidemment une évocation d’Ariane et du Minotaure que nous offre la plasticienne dans cette œuvre où le resserrement des formes donne une certaine ampleur à la légende.

La visite se poursuit dans une ancienne cellule d’isolement avec «Hydrocéphalus», une vidéo de Guillaume Pinard, entre BD et jeu vidéo qui nous raconte avec humour les aventures de Monsieur Con-Con son personnage fétiche.

La notion d’enfermement, de «dedans-dehors» est également suggérée par l’œuvre de Léa Lublin «La fenêtre fraîche», composée d’une fenêtre à la française dont les vitres sont remplacées par des pièces de cuir opaques, par celle de Tchelichew avec une double personnalité de l’individu ou de Mounir Fatmi qui peint à même la paroi du mur la notion matérielle de la mort, la description anatomique du cerveau rempli de décors proches de calligraphies arabes.

La seconde notion suggérée par cette exposition s’inspire de la perception matérielle du cerveau. Parmi les pièces maîtresses, Utopia de John Isaacs, un cerveau sur un pied, hypertrophié, recouvert de journaux et qui fait des bulles de savon grâce à une installation technique astucieuse. Ici, l’artiste met en évidence le rôle grandissant des médias dans notre quotidien.

Quant au casque-cerveau de Bruno Peinada, il s’agit là de brouiller les pistes, détourner l’objet avec humour, évoquer la complexité et les mystères de l’espace mental.

Evru nous présente à travers son dessin la carte de cet état imaginaire délimité par les traits du cerveau humain, la rêverie d’un paysage illusoire.

Avec son code de fabrique «337731» Jean Paul Albinet prouve une fois de plus l’uniformisation du monde dans lequel nous vivons.

La vitalité et le cheminement de la pensée créative, troisième thématique abordée ici, lie le cerveau et la technologie avec une projection de Peter Kogler.

Présentée il y a quelques mois sur les murs de l’Hôtel Dieu de Toulouse, elle s’est imposée spontanément lors de la sélection des œuvres de cette exposition.

Les deux tableaux de Philippe Lamy (Vanitas aux Pommes ou Intérieur au crâne) proposent une palette réduite pour rendre l’œuvre plus claire permettant de nous représenter tels que nous sommes… Vanitas Vanitatum!

Dans cette salle plongée dans la mi-obscurité, seule l’œuvre de Claude Lévêque apporte un peu de lumière, évoquant le cheminement de la pensée créative, ce travail oscille entre fragilité, répulsion, séduction et violence.

L’usage du néon, récurrent chez cet artiste trouve ici une résonnance particulière pour l’espace mental, l’évocation d’un rapport nerveux à la vision, le cerveau en ébullition comme un flux que transportent les synapses dans les méandres lumineux de cette œuvre majeure datée de 2008. Une rencontre aux frontières de la pensée créative contemporaine.

Une exposition qui ne laisse pas indifférent, entre émotions, perceptions, réflexions ou connaissances de la réalité, toutes ces œuvres brouillent le cerveau et prêtent à réflexion.


Cogitum

D’après une idée originale de la conservation départementale de l’Ariège et les Abattoirs-Frac Midi-Pyrénées.

Du 8 avril au 11 novembre 2013, de 14h à 18h, du mardi au dimanche; ouvert tous les jours juillet-août.

Palais de Evêques Saint Lizier: 05 61 96 77 77.
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 08/04/2013 | 19:06 | Lu: 12900 fois