"Tous virés": les salariés de Servier dans la rue pour la première fois

© AFP - THOMAS SAMSON
"610 familles sacrifiées", des salariés "trahis": plus de 200 employés de Servier ont manifesté mardi devant le siège du groupe pharmaceutique à Suresnes, près de Paris, une première dans l'entreprise qui a annoncé fin novembre supprimer près de 90% de ses effectifs en marketing médical, a constaté un journaliste de l'AFP.
"On veut travailler", criaient des manifestants, des femmes pour la plupart, vêtues de chasubles mentionnant leur ancienneté avec le mot "trahi(e)", aux couleurs de leurs régions. Sur la grande banderole de l'intersyndicale CFDT-Unsa à l'origine de cette mobilisation - une "première" au sein de l'entreprise - le message: "Servier Biogaran 345 millions de profit + 2 milliards de cash = 610 familles sacrifiées!".
"Tout le monde s'est mobilisé", s'est félicitée Jacqueline Gaillard, déléguée Unsa. Selon elle, "au moins 400" manifestants étaient rassemblés à Suresnes, la direction recensant de son côté "près de 200 grévistes".
"Fidélité sacrifiée", pouvait-on encore lire sur une pancarte. "En novembre, à 17h, on nous a demandé d'allumer notre ordinateur et de regarder nos mails. On a appris qu'on était tous virés", raconte à l'AFP une visiteuse médicale chez Servier depuis 16 ans.
Pour cette salariée de la côte basque, ce fut "un grand choc". D'autant que, dix-huit mois auparavant, "le plan Renaissance nous promettait la préservation de l'emploi et beaucoup de personnes ont accepté de déménager avec des démissions de postes des conjoints, changement d'école pour les enfants, pour rester chez Servier". "C'est pour ça qu'on emploie le mot +trahi+", explique-t-elle.
Depuis l'annonce le 26 novembre du plan prévoyant la suppression de 610 postes nets sur 690, "la cellule psychologique n'a jamais vu une telle détresse, beaucoup de salariés ne s'en remettent pas", c'est "la colère, l'incompréhension, la douleur", rapporte Marie-Pierre Juyoux, déléguée CFDT (majoritaire).
Elle reproche au groupe de n'avoir pas "anticipé", de "faire en une seule fois ce que les autres labos font depuis 10 ans".
Alors que le projet doit être négocié jusqu'en avril, les syndicats réclament des mesures d'accompagnement et des indemnités "à la hauteur d'un plan social aussi massif".
L'entreprise affirme dans un communiqué mardi "comprendre parfaitement l'émotion et les questionnements". Mais son plan est "motivé par l'urgence de la situation dans laquelle se trouve la filiale Servier France, pénalisée par des pressions concurrentielles, réglementaires et économiques de plus en plus fortes", se défend-elle, en promettant "une solution adaptée pour chaque salarié concerné".
Les difficultés sont réelles pour le secteur en France, "mais on a de l'argent à l'international" et il y a "encore des médicaments qui marchent bien", réplique une salariée de la région parisienne, une affiche "ancienneté 24 ans" dans le dos.
"On a eu beaucoup de tragédies en 2015, nous on en a connu une sociale, hélas" poursuit-elle auprès de l'AFP. Il faut que la direction "nous respecte jusqu'au bout" et revienne sur les mesures d'accompagnement, "pas décentes" selon elle.
Le groupe a présenté vendredi un bénéfice net de 352 millions d'euros, contre 77 millions sur l'exercice précédent.
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