Les agriculteurs ariégeois en colère: ils soudent les portes de la préfecture et murent la DDT pour dénoncer «la gestion calamiteuse» de la PAC
Ce mardi 9 février à l’aube, une poignée d’agriculteurs bien déterminés ont bloqué la rue de la préfecture à Foix, brulé des pneus et déversé du fumier devant les portes de l’édifice qu’ils avaient au préalable symboliquement soudées.
Un signal fort en direction des pouvoirs publics
Sur les banderoles, des slogans dénonçant leur ras-le-bol face aux lourdeurs administratives auxquelles ils sont confrontés et à la «gestion calamiteuse» de la Politique Agricole Commune (PAC) par le gouvernement.
Alors que le monde agricole traverse une nouvelle crise avec la grippe aviaire, la fièvre catarrhale bovine et surtout la chute des prix des matières premières et les marges des intermédiaires, les agriculteurs ariégeois sont confrontés aujourd’hui à la complexité des démarches administratives leur permettant d’accéder aux aides mises en place dans le cadre de la PAC.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase c’est une formalité administrative liée au calcul des surfaces non-agricoles.
«En effet dans le cadre de la nouvelle procédure nous devons désormais déclarer les surfaces non-agricoles (SNA) pour avoir accès aux droits à paiement de base (DPB) à l’hectare, auxquels chaque agriculteur peut prétendre.
Mais aujourd’hui les dossiers PAC ne sont pas encore instruits et l’avance de trésorerie est incomplète, si bien qu’en l’état actuel de la conjoncture, de nombreuses exploitations sont dans le rouge» explique Jean-François Naudi qui avant d’être responsable du syndicat majoritaire, la FDSEA est aussi agriculteur à Arvigna.
Des aberrations administratives qui vont retarder le paiement des aides
Vendredi dernier, les agriculteurs ariégeois en accédant à leur dossier Télépac ont découvert le pot aux roses: dans leur déclaration une liste improbable de SNA qu’ils doivent vérifier une à une.
«Jusqu’à présent les agriculteurs déclaraient eux même ces surfaces, il s’agit essentiellement de bâti, de haies, de bosquets à l’intérieur de nos parcelles, indique Jean-François Naudi.
Mais l’administration a voulu s’en occuper. Au 1er mai 2015, l’IGN devait réaliser une cartographie précise de nos parcelles, mais cela n’a pas été possible et en définitive le marché a été sous-traité par une entreprise en Inde… On voit le résultat final, c’est une aberration administrative!»
L’agriculteur a découvert vendredi que sa parcelle englobait la salle des fêtes, le cimetière du village et la piscine de son voisin: «pour mon seul dossier, ce sont pas moins de 700 erreurs, pour d’autres ça se compte par milliers».
Des milliers d’erreurs à corriger et des semaines pour les traiter avant de pouvoir débloquer les DPB.
De plus la procédure administrative leur impose d’éditer les plans sur papier, de les corriger eux-mêmes, justifications à l’appui avant de les faire instruire par la Direction Départementale des Territoires (DDT) chargée d’instruire ces modifications. Une aberration supplémentaire à l’heure de la dématérialisation.
«La PAC est devenue tellement complexe que même l’administration se grippe, incapable de mettre en œuvre la dernière réforme dans les temps…
Nous n’en pouvons plus d’être dans l’obligation permanente de nous justifier!» poursuit excédé Jean-François Naudi.
Les agriculteurs ariégeois réclament une simplification des démarches. Selon eux il s’agit de l’estocade finale dans un contexte de crise aigüe où les filières battent de l’aile et les marges des producteurs se réduisent à peau de chagrin.
Marie Lajus, préfète de l’Ariège est venue à la rencontre des agriculteurs ariégeois avant de recevoir une délégation en préfecture.
Une mobilisation qui se prolonge en ville
Cette opération devant la préfecture conduite par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de l’Ariège s’est poursuivie dans la matinée devant la DDT dont les agriculteurs ont muré l’entrée.
Le cortège s’est ensuite dirigé vers les grandes enseignes fuxéennes avant de déposer du fumier devant Leclerc et les anciens établissements Maurat de Labarre.
Cette action dénonçait également la chute des prix du lait et de la viande
Pour Jean-Luc Lebreton, producteur laitier, il s’agit de défendre le prix rémunérateur, quelle que soit la filière.
«La production laitière défend une charte des valeurs avec un contrat tripartite entre distributeurs, industriels et producteurs (cette charte est transposable pour les autres productions animales).
L’an passé nous avions trouvé un accord pour le prix du lait permettant de rémunérer les producteurs, mais ce volume d’argent est resté chez les industriels.
Le FNPL a mis en place à partir du 15 février une close de sauvegarde avec les producteurs laitiers et les grandes enseignes de distribution…
Si ces gens-là ne la signent pas, on sera obligé de redescendre dans la rue pour non-respect des contrats!»
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