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L'association Moins de Décibels se fait entendre des services de l'Etat

© midinews 2014

Au cours de sa traditionnelle assemblée générale, l'association saint-jeantaise avait invité hier soir salle du temps libre le sous-préfet d'arrondissement Jean-Pierre Gilléry et Pascal Jobert de la DDT afin de porter sur la place publique le débat sur la problématique des nuisances sonores occasionnées par la RN 20 et d'essayer de répondre aux riverains qui depuis des années souffrent de ces nuisances.

Un combat mené de guerre lasse depuis huit ans par Philippe Munoz, président de Moins de Décibels qui compte à présent pas moins de 150 adhérents. A ses côtés comme souvent en de telles occasions Jacques Dejean maire de la commune et Benoit Alvarez conseiller général de Foix Rural qui suit cette association depuis sa création.
Une association qui se bat depuis 8 ans contre les nuisances de la RN20Philippe est également adjoint au maire de ce village en charge du cadre de vie, il reconnaît que si les gens (et ils sont de plus en plus nombreux) choisissent sa commune c'est essentiellement et c'est paradoxal, pour sa proximité avec la voie rapide et sa position stratégique entre Foix et Pamiers.

«La route existe depuis 25 ans mais la forte augmentation du trafic depuis le raccordement de l'A66 en 2002 l'a fait passer à 22 000 véhicules/jour dont 1300 camions, ce qui pour les riverains devient intolérable.

Il y a un véritable danger de santé publique. Nous demandons une protection à la source avec des aménagements adaptés: écran antibruit, merlons, revêtement peu bruyant. Depuis huit ans, nous en avons vu passer des représentants de l'Etat, nous en avons entendu des promesses! Aujourd'hui nous avons le sentiment de ne pas être écoutés, respectés.

La seule proposition que l'on nous fait c'est du double vitrage mais la plupart des habitations en sont déjà dotées. En 2008 suite à des directives européennes et à un arrête préfectoral, se met en place un PPBE
(plan de prévention du bruit dans l'environnement), il définit plusieurs zones de bruit et détermine sur la commune un certain nombre de points noirs (21 sur 4 km).

L'association le conteste globalement car selon nous il en sous-estime le nombre et pour des raisons budgétaires il ne nous propose que des pis-aller (revêtement de chaussée dit moyennement bruyant et isolation de façade).

Depuis, trois comités de pilotages se sont réunis en 2008, 2010 et le 17 avril 2014. A l'issu de cette dernière réunion l'Etat après six ans d'atermoiements vient enfin de soumettre son projet à la consultation du public (du 15 mai au 15 juillet disponible sur le site de la DDT).

Nous cherchons à mobiliser le maximum de soutiens à nos positions et nous entendons que l'Etat s'engage au-delà du dossier de consultation (plusieurs municipalités ont déjà adopté des motions que nous avons adressées au préfet). C'est pour cette raison que nous avons invité le sous préfet ce soir»

Pour les riverains la gène est ressentie en permanence, le bruit de roulement est incessant et il perturbe leur quotidien, les privant souvent de leur terrasse, leur jardin.

«C’est certainement difficile de trouver le meilleur ratio entre la solution technique et le gain qu’on pourrait avoir pour éradiquer cette gêne. Nous demandons de trouver une solution ensemble. La seule chose qu’on sait c’est que l’on subit ces nuisances et qu’on se bat contre cela»

Pendant plus de deux heures, devant une salle comble, la parole a pu effectivement circuler dans un respect réciproque conduisant à un véritable dialogue constructif.

«J'ai compris que le problème est important pour ceux qui le vivent au quotidien mais c'est mon rôle de vous faire appréhender les raisons qui ont présidé au choix de l'Etat. Le bruit c'est un problème national, explique Jean-Pierre Gilléry à l'auditoire. Certes sur les 30 points noirs identifiés sur la RN20, 21 sont sur votre commune. Mais pour la gestion des crédits publics il y a une règle: il faut deux points noirs sur 100m pour que l'on prenne en considération une protection à la source»

On a ensuite évoqué l'étude de mesure du bruit conduite par le cabinet ORFEA: «Au niveau de la réglementation c'est 70 décibels pour établir un PPBE, la spécificité nationale est à 65 (ce qui a permis de déterminer 21 points noirs sur la commune) et votre association demande 60 décibels, précise la DDT. Il faut savoir que de 20 à 40 000 véhicules on augmente de 3 décibels, plus on baisse l'intensité et plus on augmente le nombre de points noirs.

Ici il y'a peu de circulation la nuit en tout cas pas un flux suffisamment régulier pour pouvoir augmenter le nombre de points noirs. La mise en place du radar tronçon a permis de réduire la vitesse de 10km/h et donc le nombre de décibels
(de 3 à 5)»
Un panel de mesures pour atténuer le bruitPour Jean-Pierre Gilléry qui a rappelé son devoir de «tenir un langage de vérité afin de ne pas susciter de faux espoirs qui se traduiraient par du mécontentement», les murs anti-bruits ne sont pas la solution miracle: «Ils ont des effets pervers, de plus leur coût est très important, il faut compter pour les merlons 80 000 euros par habitation alors que la protection par façade représente 8 à 12 fois moins. Et puis ne rêvons pas c'est décidé au niveau national, vous n'êtes pas assez impactés pour mettre en œuvre de telles protection»

Par contre le sous-préfet est revenu à la demande de la salle sur les choix (très discutables selon l’association) qui ont guidé la DIRSO en 2013 pour un tel revêtement (un investissement de 300 000€).

«Nous avons pris un panel de mesures pour traiter le problème dans sa globalité: le radar tronçon pour baisser les décibels, la sécurité routière pour limiter la vitesse excessive mais aussi pour diminuer l'impact du bruit. Concernant le revêtement, il existe des niveaux de granulométrie différents (sans rentrer dans le détail plus les grains sont gros plus c'est bruyant).

Le choix du moyennement bruyant est un compromis dans des critères qui souvent se contredisent. Ce n'est pas pour une raison de coût qu'il a été choisi mais en raison de contraintes climatologiques, il faut que le revêtement résiste aux intempéries et qu'il garantisse une bonne adhésion pour les véhicules... l'arbitrage a été rendu en fonction de ces seuls paramètres»

Jacques Dejean a pris la parole: «Nous sommes collectivement responsables, mais aujourd’hui je vous demande de nous aider. Le problème va continuer à s'amplifier, on a investi dans les réseaux (nous voulons tous désenclaver le département, faciliter la vie et l'accès au travail de nos concitoyens) de notre côté nous avons fait des investissements dans les écoles (deux classes supplémentaires à la rentrée sur la commune), les services... mais il faut que l'Etat nous aide à atténuer le bruit, c'est un problème de santé publique»

Et pour cela il a été demandé une réduction de la vitesse à 90km/h sur un tronçon allant de l'entrée du CHIVA au tunnel: «ce tronçon de voie rapide est en surélévation et constitue un véritable caisson de résonance» a souligné Philippe Munoz qui a rappelé également l'importance de se mobiliser autour de la concertation publique qu'offre actuellement le PPBE.

«Nous nous battons depuis 8 ans alors que ce n'est pas notre métier, nous ne sommes jamais rentrés dans la polémique, je crois pouvoir dire que nous sommes des gens responsables mais doit-on bloquer la RN 20 pour se faire entendre? Cette réunion va certainement porter ses fruits car c'est avec le dialogue que l'on avance»

Une antienne reprise en chœur par Benoit Alvarez et Jacques Dejean: «Il faut donner raison aux gens qui croient au dialogue et au respect si l'on veut construire quelque chose de pérenne»

De son côté le sous préfet de Pamiers rasséréné par cette rencontre s'est engagé à faire remonter cette demande de limitation de vitesse: «Il est de mon devoir d'essayer de faire en sorte que la réglementation soit appliquée avec discernement, il y a toujours des adaptations possibles. Je suis heureux d'avoir eu ce dialogue avec vous»

Pour autant l’association Moins de Décibels reste vigilante et veillera à ne pas en douter à ce que ces engagements soient tenus.

Pour en savoir plus:
http://moins2decibels.over-blog.com
Et pour la DDT site de la préfecture: http://www.ariege.gouv.fr

Laurence Cabrol | 03/07/2014 - 19:12 | Lu: 8883 fois