Chalabre: vieilles pierres et tourisme participatif font bon ménage
C’est au cœur du Pays des Pyrénées Cathares, dans la vallée de l’Hers, au confluent de cette rivière avec le Chalabreil et le Blau que se situe le village de Chalabre dans l’Aude.
Ancienne possession du comte Roger Ier de Carcassonne (957-1002), le destin de ce village est étroitement lié à l’histoire de son château.
Pendant le Moyen Age, la région est le théâtre de nombreuses batailles contre les albigeois. En 1210, Thomas Pons de Bruyères, lieutenant de Simon de Montfort, s’empare du château de Puivert, du Quercorb et s’installe dans sa capitale: Chalabre.
Ce nouveau châtelain a marqué l’histoire par sa tolérance. Il défend un territoire, délimité au nord par Mirepoix et au sud par Puivert mais constamment convoité par les comtes de Foix, de Toulouse ainsi que par les Trencavel (Carcassonne).
En 1283, son fils, Jean de Bruyères se rend en Aragon auprès du roi Philippe le Hardi. Il obtient de celui-ci le titre de chambellan et se voit comblé de déférences.
Le roi lui accorde de nombreux privilèges et en 1319 une lettre patente de Philippe le Bel étendra toutes les immunités de cette famille.
Le château de Chalabre a traversé les siècles et les périodes agitées de l’histoire sans avoir subi la moindre dégradation: ainsi la légende populaire dit que les révolutionnaires de 1789 qui marchaient sur Chalabre ont été détournés vers le château de Lagarde qu’ils ont saccagé.
Il est resté dans cette famille jusqu’à nos jours puisqu’il appartient encore aujourd’hui à une descendante des «de Bruyères».
Le bâtiment actuel sur lequel on détermine trois grandes époques de construction, domine la vallée et en contrôle l’accès.
La partie la plus ancienne est certainement antérieure au XIIIe siècle.
En effet, les vestiges d’une tour de proportions plus modestes que celles de l’actuel donjon, effondrée en 1952, permettent de le penser. Par contre les créneaux du donjon sont des réalisations plus récentes (18e siècle) et ne constituent en aucun cas un élément défensif mais plutôt décoratif.
L’ensemble s’organise en balcons et échauguettes permettant de passer du donjon à l’ancienne tour aujourd’hui disparue.
Le fossé, qui les ceinturait et formait certainement les douves de ce premier château médiéval, a lui aussi été comblé au XVe siècle, période où le château a commencé à s’agrandir vers le village de Chalabre, en contre bas.
Enfin notons que l’escalier en pierres bouchardées (piquetées) ou sculptées au ciseau tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et qu’il est suffisamment large, contrairement aux escaliers des autres châteaux cathares de la région, pour permettre à deux chevaliers de monter de front.
La construction d’un corps de bâtiment qui part de la tour du donjon et va en s’arrondissant date du XVe siècle. Un escalier à vis dont on peut voir encore actuellement l’emplacement, permettait de passer d’un étage à l’autre.
Enfin la partie XVIIIe est marquée par le goût de l’évêque Pons de Bruyères, évêque de Saint Pons avant la Révolution et prélat éclairé très versé dans les arts: il fait construire un hall d’entrée monumental avec des arcades décorées, on lui doit également le bâtiment sur quatre niveaux plus combles où il avait installé ses appartements, les balcons de raccordement à la structure XVe siècle ainsi qu’une chapelle en trompe l’œil dédiée à la vierge Marie.
Le Château de Chalabre, longtemps resté à l’abandon vit désormais depuis 2002, au rythme de ses visiteurs. C’est Gilles Roméro et son association qui lui ont offert cette seconde vie en créant un concept unique en France : un parc de tourisme participatif sur le thème du Moyen Age.
C’est sous l’impressionnante statue du célèbre Thomas Pons de Bruyères que nous reçoit Gilles Roméro, président de l’association «Les Chevaliers du Kercorb».
AriegeNews: belle demeure, mais comment et pourquoi devient-on aujourd’hui locataire de 2500m2 et 25 hectares de parc?
Gilles Roméro: Je suis scientifique de formation, j’étais dans la robotique et je faisais des brevets de machines mais j’ai toujours été passionné par le Moyen Age et la forge : j’ai forgé ma première épée à 12 ans.
Un accident m’a cloué pendant quatre ans dans un fauteuil roulant et à partir de là j’ai décidé de changer de vie et de m’adonner à mes passions. L’idée d’un parc de loisir historique est venue tout naturellement.
Restait à trouver un château et c’est par l’intermédiaire d’une agence immobilière toulousaine que j’ai rencontré madame de Villette la propriétaire des lieux. Nous sommes donc locataires (bail emphytéotique) mais nous devons aussi réhabiliter, entretenir et rénover le château de Chalabre.
AriegeNews: un parc historique d’accord mais que signifie votre concept de tourisme participatif?
Gilles Roméro: Dans les parcs à thèmes classiques, on sollicite le touriste uniquement pour l’inviter à consommer tandis qu’au château de Chalabre, il est l’acteur de ses loisirs, il peut s’initier, à son rythme, à de nombreuses techniques médiévales:
calligraphie, iconographie (peinture à l’œuf), héraldique, danse médiévale, costume historique, atelier poterie ou épices, forge, tir à l’arc…Ici on peut parler de sa passion et la faire partager.
AriegeNews: Vous travaillez avec quel public?
Gilles Roméro: Le Château travaille toute l’année en relation avec l’éducation nationale et accueille des scolaires (4500 par an), venant de tous les départements limitrophes, de Perpignan à Narbonne, en passant par Foix jusqu’à la Bretagne (dans le cadre de séjours IDD).
Pendant les vacances scolaires et la période estivale, il est ouvert autant aux adultes qu’aux enfants et les activités sont adaptées à tous les âges (plus de 12000 visiteurs par an).
Il y a des nouveautés chaque année, cet été par exemple on propose deux nouvelles animations : le jardin médiéval et la vie des femmes au Moyen Age… en attendant de pouvoir faire des travaux d’aménagement et de consolidation dans les catacombes et le souterrain qui mène au village.
Bref une belle leçon d’humilité s’impose … du haut de cette tour, huit siècles nous contemplent!
Château de Chalabre
11230 Chalabre
Tél : 04 68 69 37 85
[email protected]
http://www.chateau-chalabre.com
Propos recueillis par Laurence Cabrol
Photos: ©AriegeNews 2006






