Puivert : le château des troubadours
Le château de Puivert domine le Quercorb (pays de Chalabre), région vallonnée de prairies où l’élevage alterne avec les champs cultivés sur cette plaine alluviale du pays audois. Remarquable par son état de conservation, le château de Puivert, n’a rien de comparable aux ruines déchiquetées se dressant dans le vide de ses voisins Montségur ou Peyrepertuse car c’est un des rares château cathare qui a joué à la fois un rôle politique et social mais également culturel.
L’histoire officielle du « castrum de Podio Veridi » commence bien avant le XIIe siècle : dépendance d’Alphonse II d’Aragon, puis des comtes de Barcelone et de Cerdagne, en 1152, Raimond Trencavel, vicomte de Carcassonne, le donne à Bernard de Congost qui devient seigneur de Puivert. A cette époque, le château s’élève à 600 mètres sur un plateau et un grand lac s’étend à ses pieds, dans un paysage empreint de calme et de romantisme.
Les sources historiques évoquent en 1170, le passage d’Aliénor d’Aquitaine en route pour épouser Alfonse VIII de Castille, accompagnée des treize meilleurs troubadours roussillonnais et provençaux. A cette occasion, Peire d’Auvergne compose sa fameuse Galerie Littéraire et Puivert acquiert désormais la réputation d’être la «cour d’amour» la plus importante de la région.
Mais la croisade contre les Albigeois arrive à troubler cette quiétude, les seigneurs de Congost se réfugient à Montségur et au terme de trois jours de siège, le château de Puivert est pris par les croisés en 1210 et confié à un lieutenant de Simon de Montfort, Pons des Bruyères dont la famille originaire de Montlhéry (Essonne) s’est illustrée auprès des comtes des Flandres et comme chambellan de Philippe III le Hardi.
En 1279, une catastrophe se produit avec la rupture soudaine du barrage retenant les eaux du lac de Puivert. Une vague gigantesque déferle sur la région, emportant tout sur son passage y compris les villes de Chalabre et de Mirepoix.
En 1310, le mariage de Thomas de Bruyères avec Isabeau de Melun s’accompagne d’importants aménagements. Mais le château de Puivert ne suit pas exactement l’évolution architecturale des châteaux médiévaux de l’époque : « la vaste cour est mieux adaptée aux tournois qu’à la guerre, les fenêtres du donjon aux sérénades qu’au lancement de carreaux d’arbalètes » Ch. Bourely ancien architecte Départemental.
Ces agrandissements et embellissements ont des fins politiques : ce château a le commandement du Quercorb mais est également frontalier avec l’Espagne, isolé aux confins de plusieurs pays. D’où la nécessité de montrer son pouvoir, d’afficher sa richesse pour dissuader les ennemis potentiels.
Si bien que le logis est deux fois plus grand que le logis royal de Chinon, de nouvelles tours, dont la «tour bossue» sont construites, d’élégantes courtines se déploient autour de remparts consolidés, une vaste cour d’honneur (80mx40m) permet d’accéder au donjon carré de 35 mètres de haut sur 15 mètres de côté, couronné de six tours de défense.
Un escalier à vis donne accès à quatre splendides salles, dont une, disposée, fait suffisamment rare pour être signalé, au-dessus de la chapelle castrale, est dédiée aux activités festives.
C’est la salle des musiciens couverte d’une voûte d’ogive qui retombe sur des cul-de-lampe représentant des laïcs jouant des instruments de musique à la mode au XIVe siècle : luth, tambourin, cornemuse, vièle, guiterne, rebec (ancêtre du violon), orgue portatif et psaltérion (instrument à cordes).
Ces instruments, d’un réalisme stupéfiant, sont reproduits aux deux tiers de leur taille réelle et parmi les musiciens on peut reconnaître un maure (est-ce un clin d’œil du sculpteur ou du commanditaire?).
On sait aussi que Puivert bénéficie en 1300 d’un statut particulier, cette terre est dite « privilégiée » et ne paie pas l’impôt (un privilège qui allait durer pendant cinq siècles jusqu’à la Révolution), au XVIIe siècle elle-même est élevée au rang de marquisat.
Aujourd’hui après avoir franchi la porte ogivale aux armes des seigneurs de Bruyères, la herse et la porte à triple défense qui s’ouvre sur une tour carrée (la tour de Lyère), on débouche sur la vaste cour d’honneur dont les dimensions font penser davantage à un terrain de football qu’à une cour de château féodal. Une des tours du « Quayre», côté Nord–Est vient d’être consolidée, les courtines sont interrompues par une tour ronde, la «tour bossue» et viennent s’appuyer un peu plus loin au donjon. Sur la face opposée se trouve une tour carrée majestueuse, la «tour gaillarde» qui a également été restaurée, les courtines continuent jusqu’à la « tour vert » où se termine le circuit de remparts.
Un ensemble majestueux aux proportions harmonieuses qui donnent envie de prendre le temps d’admirer les paysages qui se déroulent à perte de vue sur les plaines du Quercorb au Nord, sur Montségur à l’Ouest, sur les Pyrénées ou le pic de Bugarech à l’Est. Le château de Puivert nous rappelle à la fois les tournois des preux chevaliers et les joutes verbales des troubadours accompagnés par les musiciens… les plus grands réalisateurs de cinéma comme Bertrand Tavernier ou Roman Polansky ne s’y sont pas trompés en venant tourner les images de leurs films, ce château a plus qu’une histoire, il a une âme.
Château de Puivert
Tél : 04 68 20 81 52
Le château est ouvert toute l’année
visites de 8h à 20h de la mi-mars à la mi-octobre et de 10h à 16h le reste de l’année (entrée 4€)
Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2006








