Alet-les-Bains et son vaisseau fantôme
La ville d’Alet les Bains, située à 30 kms au sud de la Cité de Carcassonne et à 8 kms en amont de Limoux, fut peuplée dès la préhistoire. Ce «vicus Electus», ce lieu privilégié qui a donné son nom à l’agglomération médiévale bénéficie en effet d’un climat tempéré qui en fait très tôt une terre d’accueil pour les populations de passage.
Les fouilles archéologiques ont mis au jour de nombreux vestiges néolithiques, celtes ou romains.
Ces derniers font d’Aletha un poste militaire et reconnaissent déjà à ses eaux thermales des vertus salutaires. On peut encore voir les restes d’une construction monumentale en gradins mais aussi, à la sortie du village, les piles du pont sur l’Aude ou l’impressionnant columbarium (cimetière) figé dans le flanc de la montagne, dont les alvéoles recevaient autrefois les urnes funéraires.
Mais l’histoire d’Alet est étroitement liée à celle de son abbaye bénédictine dédiée à Notre Dame. L’acte officiel de sa fondation par Béra comte du Razès, en 813, est cité dans un document qui s’est révélé être un faux.
On peut cependant situer sa fondation entre le VIIIe siècle, époque de la grande vague de création de monastères bénédictins et 970 où est mentionné le premier abbé connu, Benoît.
Dès le Moyen Age, l’abbaye est richement dotée d’importants territoires et de nombreuses paroisses, si bien qu’elle fait vite de l’ombre à sa voisine et rivale l’abbaye de Lagrasse mais aussi aux seigneurs féodaux locaux comme ceux de Cournanel, de Couiza ou de Limoux qui en convoitent les biens.
Parmi les reliques de Sainte Marie, un fragment de la Vrai Croix, signalé dans un texte de 1059, attire de nombreux pèlerins et fait de notre abbaye un haut lieu de pèlerinage.
Après la croisade contre les Albigeois, multipliant le nombre des évêchés méridionaux afin de mieux les contrôler, Jean XXII décide de créer un diocèse de Limoux mais devant l’hostilité du métropolitain et surtout devant celle des dominicaines de Prouille, qui possède l’église Saint-Martin de Limoux, il se résigne à restreindre les limites de la nouvelle circonscription et à en placer, en 1318, le siège à Alet.
Le diocèse d’Alet comprend alors le haut Razès, le Fenouillèdes, le Pays de Sault, ainsi que le Donézan et le Capcir. Il englobe une partie des départements actuels de l’Ariège et des Pyrénées Orientales.
Si l’abbatiale romane a évité les dévastations de la croisade, elle n’échappe pas aux guerres de religion.
Les huguenots prennent la cité en 1573 et le 6 janvier 1577 ils dépouillent la cathédrale de toutes ses richesses, renversent les autels, ravagent les vitraux et brûlent les ornements.
Le monument ravagé sert de carrière de pierre pour remonter les remparts. D’après les chroniqueurs la bibliothèque du cloître est également vandalisée, ceci explique certainement, avec plus tard les dispersions révolutionnaires, la faible teneur en documents des fonds d’archives sur Alet.
L’église ne sera jamais reconstruite et les gravures des « Voyages pittoresques de Taylor et Nodier », au début du XIXe siècle, témoignent de cet abandon. Prosper Mérimée de passage à Alet en février 1834 sera sensible à ces ruines mais il faudra attendre 1965 pour qu’elles soient véritablement dégagées et 1977 pour qu’une campagne de restauration soit engagée.
Mais que reste-t-il aujourd’hui de ce vaisseau fantôme envahi par la végétation et plus ou moins avenant selon les couleurs du temps?
La vaste église romane est un édifice homogène réalisé avec un grès local jaune, parfois jaspé ou violet. La chronologie de sa construction est encore aujourd’hui contestée. Il semble que rien ne subsiste de l’église primitive carolingienne et le passage du pape Urbain II à Alet en 1096 n’est pas fortuit.
Il pourrait en effet s’agir, bien qu’aucun texte ne mentionne la bénédiction de l’autel, d’une visite pontificale en relation avec le début d’un chantier. D’après les vestiges, on distingue cependant deux campagnes.
L’une date du dernier tiers du XIe siècle: les deux piliers du collatéral gauche et la base de la tour-clocher en sont les témoins les plus flagrants.
La seconde se situe certainement courant XIIe siècle et voit la réalisation de la nef, la construction du transept, de la tour-clocher droite et du chœur.
A son achèvement, Sainte-Marie d’Alet s’inscrit dans les grandes églises méridionales de pèlerinage du Sud de la France: le vaisseau central voûté en berceau sur arcs doubleaux, un transept peu saillant couvert de voûtes d’arêtes plus basses, un chœur en abside pentagonale.
La moitié gauche de la nef est la plus complète, elle a effectivement conservé son collatéral avec ses grandes arcades et la tribune qui les surmontent, le tout éclairé par de vastes fenêtres en plein cintre.
L’abondance du décor sculpté et sa somptuosité donne à l’édifice un attrait particulier.
On retrouve souvent un répertoire «antiquisant» (corniche et bandeaux moulurés, perles, palmettes ou billettes) mais les éléments décoratifs du portails montrent un ange thuriféraire ainsi qu’un orant prosterné et deux chapiteaux historiés passablement endommagés se trouvent sur la porte de la tour-clocher.
Les angles du chœur polygonal sont renforcés par six colonnes engagées formant les contreforts et reposant sur de hauts stylobats, cette formule n’est pas sans nous rappeler la basilique Saint-Sernin de Toulouse.
Les chapiteaux supportant l’entablement présentent un décor de palmettes, sur la partie basse, les montants et l’arc d’une baie sont ornés de palmettes taillées en réserve.
Le chœur gothique, identique à la cathédrale d’Elne enveloppant à l’est l’abside romane, date de l’épiscopat de Guillaume d’Alzonne (1333-1355).
Il a été amputé en 1776 de ses quatre chapelles absidiales au moment des travaux de voirie urbaine et de la réalisation de la route départementale reliant Alet à Couiza.
La salle capitulaire datant du XIIe siècle s’ouvre par trois arcades sur ce qui fut la galerie orientale du cloître aujourd’hui disparu. Les chapiteaux historiés de la porte évoquent l’Anonciation à la Vierge et la Chasse à l’ours.
Des décors subtils (volutes, feuilles d’acanthe, oiseaux, ange) ornent également les chapiteaux des baies latérales. La porte de l’angle nord-est du cloître est élevée au XIIe siècle par l’abbé Pons Amélius et permet à l’abbaye de communiquer avec le village. Sur les chapiteaux on peut distinguer deux cavaliers, une figure zoomorphe et un curieux personnage qui porte les mains à sa tête.
Jouxtant l’abbaye et le cimetière, l’église Saint-André sert depuis 1577 d’église paroissiale.
La première travée de nef et le portail ont été réalisés à cette époque mais les fresques murales relatives à la vie bénédictine sont datées du XIVe siècle, laissant supposer que la mise en chantier de cette église pourrait être contemporaine à la création de l’évêché d’Alet en 1318.
Les voûtes du chœur et les chapelles latérales portent les armes des évêques qui se sont succédés de 1333 à 1363, après avoir été endommagées par la foudre la tour-clocher a été réparée et sa flèche entièrement refaite en 1889 par l’architecte Saulnier à qui l’on doit également les rosaces au dessus des grandes arcades.
Les ruines de l’abbaye d’Alet les Bains ne peuvent laisser indifférents les visiteurs qui sur la route des châteaux Cathares et de la blanquette de Limoux se laisseront aller à la nostalgie des vieilles pierres.
Office du tourisme d'Alet les Bains
Avenue Nicolas Pavillon 11580 Alet les Bains
Tel: 04 68 69 93 56








