Eglise Sainte Marie Madeleine de Rennes le Château

Le village de Rennes le Château dans l’Aude est connu pour ses mystères, ses trésors enfouis, l’histoire sulfureuse de son célèbre curé et  surtout  son église paroissiale dédiée à  Marie Madeleine mais plus encore pour son terrifiant bénitier à l’effigie d’Asmodée, le gardien du temple de Salomon à Jérusalem.

Dans la tradition chrétienne, Marie Madeleine est avant tout l’image exemplaire de la pécheresse repentie et sanctifiée mais faut-il y voir comme beaucoup l’ont insinué un signe ésotérique ou y déceler une lecture au second degré ?  Il est vrai que la personnalité de  l’abbé Bérenger Saunière a marqué son temps et, bien au-delà, les esprits…mais nous ne rentrerons pas ici dans des conjectures trop souvent farfelues.

A l’origine il s’agit d’une église romane de belle facture, remanié au XIXe siècle et dont les décors intérieurs ont été commandés par le mystérieux abbé au mois de novembre 1896 auprès de la fabrique de céramiques Giscard à Toulouse, pour la coquette somme de deux mille cinq cent francs, correspondant à l’époque à plusieurs années de salaire pour un homme d’église.

Précisons que cette fabrique d’ornements de terre cuite, fondée en 1855 par Joseph Giscard, ancien contremaître de l’usine Virebent de Launaguet, est spécialisée dans l’art religieux de série. Représentatif de l’activité semi industrielle urbaine, la maison mère était située avenue de la Colonne et abritait des ateliers, une bibliothèque, des locaux techniques (notamment « la chambre à terre », lieu de stockage à l’humidité constante, les fours, des moules…qui en faisaient un véritable musée de site) qui furent classés aux Monuments Historiques le 13 mars 1998.

Les Giscard sont tous passées par l’école des Beaux Arts de Toulouse, chacun ayant sa propre spécialité (sculpture, céramique…) et le dernier représentant de cette famille prestigieuse s’est malheureusement éteint il y a quelques années sans héritier.
En 1885, déjà connue pour ses œuvres profanes et sa réalisation de la statue du grand jurisconsulte Jacques Cujas, la maison Giscard s’oriente peu à peu vers l’art sacré avec ses représentations de Sainte-Germaine de Pibrac, puis obtient, dans les années 20,  le monopole et devient le dépositaire officiel du carmel de Lisieux pour la statue de Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus  (œuvre du révérend père Marie Bernard).

A l’époque de la commande pour l’église de Rennes le Château, la fabrique Giscard est déjà réputée pour son catalogue de statues religieuses et contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas là de créations originales réalisées selon d’éventuelles indications de l’abbé Saunière (à l’exception du diable bénitier).
Ces produits en terre cuite figurent au catalogue et sont expédiés déjà peints (il s’agit de peinture à l’huile polychrome) par train de la gare de Toulouse à celle de Couiza Montazels.
Dans le contrat, le statuaire s’engage à fournir la commande dans un délai de quatre mois et à envoyer à ses frais un ouvrier pour la pose du bas-relief et la mise en place des statues.

Voici le détail des articles commandés:
-  un bas-relief « Venez à moi… » en  ronde bosse (larg.:3m) .
-  un chemin de croix (1,20m x 0,60m)
-  une représentation du baptême du Christ par Saint-Jean-Baptiste (2,90m x 0,80m).
-  sept statues (1,30m) représentant la Vierge Marie et l’enfant Jésus, Saint Joseph et l’enfant Jésus ainsi que  Saint-Antoine de Padoue représenté avec un livre sur lequel l’enfant Jésus se tient debout (cette statue est supportée par quatre anges orientés aux quatre points cardinaux), Sainte Marie Madeleine (la patronne de l’église) Saint Antoine le Grand (avec les attributs de l’ermite), Sainte Germaine et enfin Saint Roch.
-  les statues de Saint Joseph et de la Vierge Marie sont surmontées d’un dais ouvragé.
-  trois statues de taille plus modeste (0,70m) représentant une Vierge romane, Saint Joseph et le Sacré Cœur.
Le diable bénitier est donc la seule statue réalisée pour l’abbé Saunière (il semble à ce jour être un modèle unique en son genre).
Vandalisée à plusieurs reprises, dont une fois très sérieusement (en 1995, bras droit et tête arrachés), la statue actuelle, malgré les louables efforts des restaurateurs, est d’une qualité inférieure à l’original.

Les archives des établissements Giscard, déposés aux archives municipales de Toulouse fin 2005, sont actuellement en cours de traitement et de classement. Elles recèlent certainement de précieux renseignements sur cette fabrique de renom et peut-être également sur les commandes réalisées pour l’église de Rennes Le Château.

Cet édifice reste une curiosité un peu « kitsch » qui attire chaque année des milliers de visiteurs en pèlerinage sur les traces de l’abbé Saunière.
Car comme le précise une inscription au-dessus de son portail « Terribilis est locus iste » (ce lieu est terrible)…

Photo de l'Eglise: AriegeNews
Photo du diable soutenant le bénitier: Philippe Contal,
cathares.org
Laurence Cabrol | 22/01/2006 - 16:32 | Lu: 24781 fois