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Toussaint: les nouvelles tendances du marché funéraire ariégeois

© midinews 2014

À quelques jours de la fête religieuse de Toussaint samedi 1er novembre, la tradition veut que les vivants se rendent au cimetière pour fleurir la tombe de leurs proches disparus. C’est également l’occasion de parler aujourd’hui sans tabou de la mort et du commerce qu’elle génère.

Selon un dernier sondage de l’IFOP-Pompes Funèbres, plus d’un Français sur deux souhaite aujourd’hui être crématisé. Certes, la croyance, l’âge ou la région pèsent sur le choix de l’inhumation, mais les professionnels enregistrent une augmentation exponentielle de la crémation depuis une vingtaine d’années et s’accordent à penser qu’elle représentera jusqu’à la moitié des obsèques en 2030. Une tendance enregistrée également dans le département de l’Ariège.

De nouvelles tendances qui se confirment
Jérôme Del Pozo (Sannac Funéraire) est dans le funéraire depuis plus de vingt ans. Il a vu le métier évoluer. «Au début, il y avait deux ou trois personnes (souvent des employés municipaux) qui nous donnaient un coup de main, l’enterrement se faisait au charriot. Aujourd’hui, c’est une véritable cérémonie, on porte le cercueil à l’épaule, on prend en charge toutes les démarches, cela permet de soulager la famille […] Phénomène de société, les crémations sont en augmentation y compris dans un département rural comme le nôtre. Depuis l’ouverture du crématorium de Pamiers (2010), cela facilite les choses, on n’est plus obligé de transporter les corps»

Depuis Vatican II, l’église a levé en 1963 l’interdiction de crémation faite à ses croyants et localement l’association des crématistes a milité pendant des années pour l’ouverture d’un crématorium en Ariège. Roland Pavan, le président de cette association s’en félicite: «nous avons parcouru du chemin, car au  début des années 80, elle ne représentait environ que 3 % des pratiques»

Selon lui une courbe qui augmente pour deux principales raisons : «les gens ne sont plus attachés à un lieu, ils bougent beaucoup, s’installent ailleurs que sur leur territoire de naissance… le souvenir des tombes est moins prégnant.

D’autre part il y a l’aspect économique, la crémation est logiquement moins onéreuse. Notre message est simple ne vous laissez pas piéger par les belles paroles des agents commerciaux des pompes funèbres qui malgré la peine des familles essaient de vendre des cercueils traditionnels en sapin ou pire encore en chêne… demandez le moins cher, car au final le cercueil sera incinéré. Dans certains pays de tradition protestante comme le Danemark, l’Allemagne ou les Pays-Bas, on n’hésite pas à proposer des cercueils en carton !
»

Face à ces nouvelles tendances, le législateur s’est également penché sur le statut des cendres. Avec la loi du 20 décembre 2008, elles ont désormais un véritable statut qui rejoint les restes mortels (même reconnaissance, même protection donc même sanction pour violation de sépulture).

«Aujourd’hui on ne peut pas garder l’urne funéraire d’un proche chez soi, précise Jérôme Del Pozo. Pour toutes les opérations, que ce soit l’inhumation, la dispersion, la mise en place dans un columbarium (cimetière paysager proche du crématorium) ou dans un jardin du souvenir (site cinéraire), il y a nécessité de traçabilité. Lors de la déclaration de décès, la famille doit indiquer la destination des cendres en respectant autant que faire se peut les dernières volontés du défunt»

L’économie du funéraire en berne
Comme tous les autres marchés, le monde funéraire évolue pour mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs.

Mais les opérateurs comme dans un quelconque secteur de l’économie subissent aussi la crise.

Dans le sondage IFOP évoqué plus haut, 84 % des sondés jugent le coût des obsèques élevé, sachant qu’il représente un prix moyen de 3500 € pour une inhumation classique et 20 à 40 % moins cher pour une crémation. Des tarifs qui évoluent cependant en fonction des villes (une quarantaine de crématoriums seulement dépendent de régies publiques) Même chose pour les frais annexes.

«La fédération des pompes funèbres milite depuis des années pour une TVA à 7 % (alors qu’elle est à actuellement à 20 %) précise Jérôme Del Pozo. Les tarifs sont libres et la concurrence doit s’appliquer.

Autrefois on allait aux pompes funèbres comme on allait à la boulangerie. De nos jours il y a de telles disparités qu’il faut faire jouer la concurrence d’une agence à l’autre... il n’y a plus de monopole, chaque famille demande qui elle veut comme opérateur funéraire. Et il ne faut pas avoir peur de demander des devis
»

Pour ce professionnel s’il est difficile de parler de panier moyen, on peut néanmoins parler d’effet de crise. «Les Toussaint d’aujourd’hui sont différentes d’antan. De nos jours toutes les grandes surfaces font à cette époque de l’année de la fleur naturelle ou artificielle, des plaques souvenirs, des vases. Ce sont des produits en provenance de Chine qui arrivent par containers sur le marché européen. On ne peut pas lutter contre un vase à 15 €, les nôtres en coûtent 45 €, mais ce sont des produits de fabrication française, garantis 3 ans»

Un marché sous effet de mode et tourné vers l’avenir  
«Que ton repos soit doux comme ton cœur fut bon» en corps 12, «Nos âmes seront un jour réunies» en gothique doré, des oiseaux, des cœurs, de la résine, de l’alterglass… on peut tout imaginer dans l’objet funéraire et parfois le pire. «Les gens personnalisent davantage», commente Jérôme qui chaque année participe au salon du funéraire pour s’inspirer des nouvelles tendances et faire son marché.

«Si la vente d’articles funéraires est en net recul face à la crise, nous avons ici des outils qui nous permettent de personnaliser en réalisant une plaque en 24h chrono» Les établissements Sannac travaillent en local pour la marbrerie traditionnelle.

«Nous avons un partenariat avec un marbrier installé à Escosse (EB Construction). Mais à l’instar des villes, on assiste de plus en plus à un véritable engouement pour les obsèques écologiques: on nous demande des cercueils dits “développement durable” ou des urnes écologiques en carton biodégradable»

À l’heure d’Internet, des téléphones mobiles et des tablettes, les obsèques s’organisent du vivant et de plus en plus souvent à distance: cartes électroniques pour les faire-part de décès, choix du cercueil sur catalogue numérique, paiement en ligne, diffusion du dernier adieu sur écran plat…

Selon Jérôme Del Pozo, les professionnels quittent la logique de vente de produits pour une logique de vente de service. «Le métier évolue, se diversifie, on parle de la mort sans tabou. La nouvelle génération est de plus en plus prévoyante. Nous sommes en mesure de proposer du capital-décès (on cotise pour une somme d’argent, confiée ensuite à un héritier pour payer les obsèques) ou du contrat obsèques qui permet de choisir de son vivant les prestations et c’est un assureur qui verse l’argent aux pompes funèbres.

Dans ce cas de figure, la somme peut être réglée par mensualités ou en une seule fois. Face à l’éclatement des familles, certaines personnes veulent éviter des soucis à leurs proches lors de leurs décès
»

En ce mois de novembre propice aux célébrations du souvenir des disparus, il convient de méditer une phrase de Tacite : «le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants»

Laurence Cabrol | 28/10/2014 - 18:48 | Lu: 21674 fois