Café philo au FAJIP de Foix : «être Charlie ou pas l'essentiel c'est de construire ensemble l'avenir en se respectant»
C’est un lieu de parole ouvert, créé depuis la rentrée de septembre à l’initiative d’une poignée de jeunes (de 10 à plus de 18 ans), qui ont envie de se retrouver régulièrement pour échanger sur des thèmes de société.
Après la peine de mort, la tolérance ou la politique, les tragiques évènements de la semaine dernière les a poussés ce mercredi à aborder l’actualité autour des questions : est-ce que je suis Charlie, ai-je le droit de ne pas l’être ? et au-delà d’entamer une réflexion sur la liberté d’expression, les valeurs de la République, le vivre ensemble dans le respect des confessions de chacun…
Un débat nourri par l’intervention de Guy Cirla sous la double casquette de la Ligue de l’Enseignement et du Cercle Condorcet.
«Est-il interdit ou pas de dessiner le prophète ? Le Coran correspond à une société vieille de 1400 ans et prône une religion adaptée à cette société… qu’est-ce que cela signifiait à l’époque et comment peut-on retranscrire ses préceptes dans la société contemporaine […] les traductions en sont autant d’interprétation»
Tout est dans la nuance. Et pour développer la discussion, ils se réfèrent à l’anthropologue des religions Malek Chebel, au CFCM, ils citent également le compositeur Abd al Malik ou le philosophe controversé Tariq Ramadan.
Marine, lycéenne, est à l’origine de la création de cet espace de parole. Au mois de mai, les résultats des élections européennes ont été pour elle comme un électrochoc. Elle organise avec une poignée de camarades une manifestation contre le FN. En même temps germe l’idée de la création de ce café philosophique, un espace de parole pour s’exprimer librement et se forger une idée politique.
Ces jeunes trouvent une écoute auprès du service jeunesse de la ville de Foix.
«Ils sont venus nous voir et rapidement nous avons travaillé sur une méthodologie pour apprendre à débattre en relation avec le Cercle Condorcet et la Ligue de l’Enseignement», précise Fabien Guichou, directeur du FAJIP.
«Les évènements tragiques de la semaine dernière ont suscité beaucoup de réactions. Nous avons dû canaliser leur réflexion, fuir les amalgames, travailler sur les ambiguïtés. Nous faisons avant tout vivre ici l’esprit de la République»
Extraits :
— «Cette après-midi on a été Charlie, on s’est écouté, la parole a circulé, on a l’impression qu’on s’est entendu»
— «On est pas d’accord avec Charlie, mais on est pour la liberté d’expression et contre le terrorisme»
— «Il faut se mettre à la place de tous les musulmans qui se sentent aujourd’hui comparés à des semeurs de terreur, à ces monstres sans foi qui ont assassiné au nom de l’islam»
— «les caricatures datent de 2006, malgré cette haine, ces crimes, cela ne nous empêche pas huit ans après de nous retrouver autour d’une table pour en parler»
— «Aujourd’hui on a tous été Charlie, capables d’avoir une discussion malgré nos idées qui sont souvent différentes, nos idéologies, nos croyances… c’est tout ce que voulait montrer Charlie à travers ses caricatures satiriques, montrer que l’on pouvait rire de tout y compris de nos différences»
— «On a besoin de se connaitre les uns les autres, car il ne faut pas vivre dans la peur de l’autre, dans l’incompréhension, il faut savoir ce qui blesse, mais aussi ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous divise. Les particularismes de chacun restent à la maison. On est libre de croire, de ne pas croire, mais la République garantit à chacun cette liberté élémentaire et il faut absolument que ceux qui souffrent aujourd’hui trouvent les moyens de ne plus souffrir demain.
Il va falloir à un moment donné que l’on soit tous d’accord pour dire que la république est là pour nous organiser parce que je veux être libre d’être musulman, libre d’être juif ou chrétien… c’est la laïcité et la République qui nous garantissent ce vivre ensemble. Et cet espace de parole ici nous permet de mieux nous comprendre je remercie ceux qui en ont eu l’initiative»
— «Moi je ne suis pas Charlie, mais je suis fermement contre le terrorisme, contre ce qui s’est passé à Paris… il n’y a pas de mots pour le qualifier. Je ne lis pas ce journal, je suis contre ses idées, mais il est libre de faire ce qu’il veut.
Aujourd’hui je soutiens les proches de ses victimes. J’étais en colère mercredi dernier, touché par ce qu’il s’est passé, j’ai une grande pensée pour les forces de l’ordre qui ont payé un lourd tribut.
Personnellement je combattrai toujours le terrorisme, ce qui s’est passé n’a rien à voir avec l’islam, les musulmans sont choqués. Je remercie cette initiative qui nous a permis d’échanger sur ce thème»
— «On a tous été Charlie aujourd’hui, car on a pu échanger librement et il faut pouvoir continuer ainsi. Les événements qui se sont passés suite aux drames de la semaine dernière (rassemblements, manifestations) m’ont redonné espoir, foi en l’Humanité.
Le fait de pouvoir se réunir, échanger, quelles que soient ses idées, sa confession est possible dans notre Démocratie, c’est un bien cher, mais aussi fragile et les attentats de la semaine dernière l’ont prouvé»
— «Cette discussion est un signe d’espoir, on est capable de communiquer ensemble et de se respecter malgré nos différences, on peut avancer ensemble… il y a tant de choses à faire ensemble»
— «Rester au contact des autres, échanger c’est bien et je remercie ceux qui sont à l’initiative de ce café littéraire, car il n’est pas bon de se replier sur soi. C’est important de savoir ce que pensent les autres avant de se faire une opinion, de pouvoir se situer dans la société»
Réfléchir, débattre et pourquoi construire ensemble l’avenir, tels sont les enjeux de ces jeunes ariégeois.
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