Recrudescence de vols dans les églises en Ariège: sensibiliser les élus à cette nouvelle forme de grand banditisme
Dans le froid d’un matin de janvier Catherine Saint-Martin, conservateur des Antiquités Objets d’Art, réalise des relevés dans une petite église de la Barguillère.
Photographies et prise de mesures des statues, bustes reliquaires, objets cultuels… qui viendront grossir la banque de données du patrimoine mobilier du département qu’elle réalise avec minutie.
Certains ont une valeur artistique, historique, patrimoniale ou constitue parce qu’ils ont été réalisés spécialement pour le site, un témoignage unique du patrimoine vernaculaire.
Les plus représentatifs seront présentés en commission de classement où ils seront proposés à l’inscription, ou pour les plus remarquables au classement au titre de Monument historique, leur conférant ainsi deux critères de droit public: l’inaliénabilité (interdiction de vente ou de donation) et l’imprescriptibilité (exclusion d’un délai pour sa restitution à son propriétaire) permettant en cas de vol d’enclencher immédiatement une procédure.
Un marché clandestin en plein développement
Et c’est cela dont il s’agit. La semaine dernière deux tableaux ont été dérobés dans l’église de Lézat. Ce n’est pas la première fois que cette petite église enregistre des vols (on se souvient d’une statue de St Antoine en 2008).
Mais cette fois-ci les voleurs ont fait preuve d’une telle méthode et d’un tel sang froid qu’il y a fort à parier que ce soit une commande. «Ils ont profité d’une panne dans le système d’alarme et ont réussi à faire tomber les toiles sur le sol.
Une fois désolidarisées de leurs cadres, ils sont parvenus à les faire passer par je ne sais quel système à travers les grilles du trésor» explique la conservatrice terriblement affectée par ce vol.
«Ces deux tableaux du XVIIIe, un St Antoine et un ange gardien, venaient d’être restaurés. Les cadres en bois dorés, de la même époque, avaient également fait l’objet d’une restauration, ils ont été brisés en 1000 morceaux. Un petit reliquaire en bois doré du XVIIIe a également disparu.
Ces œuvres avaient une valeur esthétique, historique donc financière… il suffit de se rendre sur les salons d’antiquaire pour voir qu’il y a une véritable demande pour le mobilier religieux. En tout cas il y a une clientèle pour ça et on assiste en Ariège à une recrudescence des vols dans les églises».
On se souvient de la Vierge de Pitié de l’église de La Bastide-de-Sérou dérobée en novembre 2011, avant les fêtes c’est à Saint Sulplice/Léze que l’on a déploré un vol, aujourd’hui à Lézat, les cas ne sont malheureusement pas isolés
«Au regard du trésor qui était présenté, ils auraient pu dérober un buste reliquaire, une pyxide en émail ou toute autre chose, preuve qu’il s’agissait bien d’une commande particulière» poursuit la conservatrice qui a réussi a sensibiliser le maire de la commune. Désormais le trésor est en lieu sûr.
Après l’Italie la France est le pays le plus pillé du monde. C’est par milliers que l’on comptabilise chaque année les œuvres volées. Près de trois cents pour la région Midi-Pyrénées que ce soit chez les particuliers, les galeries ou les maisons bourgeoises. Mais les lieux de culte ne sont pas épargnés.
Les vols ont lieu dans les églises, les chapelles isolées, mais aussi dans les cathédrales, de Reims, Perpignan ou Toulouse…
Ils alimentent les filières du trafic d’art international (via la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie où la législation est plus souple) ou des réseaux organisés qui travaillent à la commande.
L’office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) veille en permanence sur Internet et vérifie les objets proposés lors des ventes aux enchères ou chez les antiquaires.
Le fichier Treima (Thésaurus de recherche électronique et d’imagerie en matière artistique) inventorie les photos et les descriptions détaillées de plus de 80 000 objets dérobés et permet de confondre petits malfrats ou réseaux organisés. Un marché d’art clandestin qui évolue très rapidement et d’adapte aux désirs très pointus des collectionneurs.
Lors des perquisitions on retrouve crucifix, statues en bois polychromes ou angelots descellés à coup de burins… un étonnant butin qui se monnaie au grand jour.
Dans le département de l’Ariège, les vols et dégradations sont heureusement plus rares que dans d’autres régions (Bretagne, Vendée, Poitou-Charentes… ainsi qu’un large Sud-Ouest) et les forces de police et de gendarmerie sont là pour y veiller, mais pas seulement…
En effet, dès la constatation d’un vol, un dépôt de plainte est effectué, le conservateur des AOA remet au plus vite le dossier documentaire (description de l’objet et photos) de l’objet protégé au service d’enquête qui est parallèlement acheminé par courriel au centre technique de la gendarmerie nationale (service technique de recherche judiciaire et de documentation) de Rosny-sous-Bois et à l’office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) de Paris qui l’intègrent dans leurs bases de données informatiques.
La diffusion de l’information est réalisée grâce aux circulaires de recherches nationales et internationales (Interpol).
Sensibiliser les élus
Depuis les lois de séparation des églises et de l’État (1905), les biens d’église sont la propriété des collectivités locales.
Parmi les priorités de Catherine Saint-Martin, la sensibilisation des élus à ce patrimoine et à sa protection: «la plupart des églises sont désormais fermées au public par mesure de sécurité, c’est un premier pas qu’il faut encourager, car si le mobilier n’est pas protégé la fermeture du bâtiment s’impose.
Ensuite il suffit souvent d’installer un dispositif destiné à retarder le vol: une fixation sous le pied de la statue, un support quelconque...
Nous avons le projet d’organiser en relation avec l’association des maires et des élus de l’Ariège ainsi qu’avec la direction générale du patrimoine, une formation afin de sensibiliser les élus à leur patrimoine et aux mesures (souvent peu onéreuses) qu’ils peuvent mettre en œuvre pour le protéger».
Aujourd’hui, en effet, le dépeuplement des campagnes et la baisse de fréquentation des églises rendent celles-ci d’autant plus vulnérables aux vols que les communes, auxquelles incombe la responsabilité de l’entretien et de la sécurité des édifices religieux, n’ont pas toujours les moyens ni la volonté d’assurer une protection suffisante.
Chaque perte est pourtant vécue localement comme un traumatisme et conduit peu à peu à un appauvrissement irréductible du patrimoine national.
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