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Tarascon/Ariège: l'Europe comme vecteur d'apprentissage de la citoyenneté

© midinews 2015

Il y avait un plateau de premier choix samedi dernier au Centre Culturel de Tarascon: Hans-Werner Bussmann, consul général d’Allemagne, Virginie Rozière, députée européenne et Pauline Gessant, présidente des jeunes fédéralistes Européens venus à l’invitation d’Alain Sutra, européen convaincu et d’Antoine Spécia délégué du réseau européen des Écoles de l’Europe pour Tarascon.

Tout ce beau monde pour parler de l’Europe et essayer de réconcilier les citoyens avec l’Union européenne.

Considérée par la plupart des Ariégeois comme un monstre chthonien, elle suscite crainte ou pire encore mépris au regard des résultats des dernières élections européennes (elles ont enregistré le plus faible taux de participation de l’histoire).

Un désamour consommé, entretenu par les médias qui ne parlent peut être pas assez ou assez bien de l’Europe et par les hommes politiques, reconnait Antoine Spécia pour qui l’objectif de son réseau, le réseau européen de l’Europe, consiste à organiser réunions et débats depuis plusieurs mois en Midi-Pyrénées: «libre à chacun ensuite de se faire l’opinion qu’il veut de cette Europe tant décriée !»

Et ce n’est pas un hasard si la réunion a lieu à Tarascon, terre d’accueil et d’intégration comme l’a rappelé le premier magistrat de la ville persuadé que l’on peut assurer cette citoyenneté européenne à travers les différences de chacun: «un message d’espoir est né de la journée du 11 janvier autour de cette mobilisation citoyenne exceptionnelle qui a démontré l’attachement viscéral aux valeurs de la République, un signe fort, encourageant face aux menaces de la Démocratie». Tarascon cité des jumelages et du réseau des Ecoles de l’Europe se devait d’accueillir un tel débat, parler de l’Europe, surtout de l’Europe des citoyens.

Hans-Werner Bussmann a évoqué dans son allocution la crise en Ukraine et l’impuissance des ministres des Affaires étrangères dans leurs actions isolées: «pour trouver des solution pacifistes quoi de plus efficace que de se retrouver ensemble autour de la table des négociations pour faire entendre d’une seule voix l’Europe».

Concernant les élections en Grèce et la position de Syriza face à la politique d’austérité, la position du consul est plus mesurée, car un parti qui veut renégocier la dette, remet en cause les choix de l’Europe: «Junker a introduit un triangle magique avec des mesures visant à améliorer la situation économique, soutenir l’investissement et améliorer la situation budgétaire des pays du sud en introduisant des réformes structurelles.

Par contre en Allemagne on se pose vraiment la question de savoir si le nouveau programme de la banque centrale européenne (BCE) va réellement améliorer la situation et si cette politique d’achat des dettes d’États n’aura pas un effet collatéral, à savoir le ralentissement des réformes des pays du Sud ?
»

De son côté Pauline Gessant n’a pas la réputation d’être «eurobéate». Elle s’investit sans compter depuis une douzaine d’années dans le réseau associatif.

Très engagée pour l’Europe c’est sans complexe qu’elle parle de «crise de cohésion», de «crise de sens» ou encore de «crise d’appartenance à un espace commun», face aux plombiers polonais, aux travailleurs détachés ou au traitement des Roms considérés comme des citoyens européens de seconde zone.

Selon elle «on a raté quelque chose quand l’Union européenne a eu le prix Nobel. Nous faisons partie de la troisième génération sans guerre dans l’espace européen et paradoxalement on ne trouve plus de sens à l’Europe».

Pauline Gessant attend beaucoup des nouvelles institutions: «il faut qu’elles passent à l’acte sinon elle vont laisser la clé aux partis non européens. Les jeunes ont une responsabilité particulière dans la construction de l’Europe de demain. On ne peut que regrette leur désintérêt pour l’Europe. Regardez ce soir nous n’en avons aucun dans la salle…»

Pour la députée européenne Virginie Rozière, il ne faut pas se tromper de colère: «l’Europe est en crise depuis 7 ans. La raison de cette crise ce sont les choix politiques qui ont été faits et non l’Europe qui est en cause. Il faut prendre les bonnes décisions pour mettre l’Europe sur les rails et la sortie de cette crise.

Depuis six mois on assiste à un changement profond des politiques européennes.

La nouvelle commission met en place un plan d’investissement, elle revient sur les règles extrêmement rigides d’austérité budgétaire et accorde plus de flexibilité aux États membres. Depuis quelques jours la BCE se décide enfin à ce grand plan de rachat des dettes souveraines. Autant de mesures qui nous l’espérons vont sortir l’Europe de la crise
».

Cependant on ne peut se voiler la face, les dernières élections au parlement européen ont vu également émerger l’Europe des partis extrémistes et des nationalistes exacerbés qui représentent selon la députée «une forme d’exaspération se concentrant sur des mots de rejet parfois de haine de l’autre, de l’Europe, des citoyens européens».

Par contre la victoire pressentie (dès samedi) historique de Syriza «ne doit pas être ressentie comme une sortie de l’Europe ni de l’euro, mais comme un geste fort face aux politiques d’austérité pour redonner de l’air aux citoyens européens qui ont subi de manière grave, les effets de la crise.

Le programme de Syriza est un programme pro-européen il mérite d’être écouté
».

Si le grand rêve européen né dans la dynamique de l’après-guerre s’est un peu asséché après 7 ans de crise, des dettes records et un taux de chômage chez les jeunes atteignant plus de 50 %, il faut redonner du sens et des valeurs au projet européen. «Il ne faut pas avoir peur de revendiquer que l’Europe est une puissance capable de s’investir dans le domaine géopolitique pour être influente et défendre les valeurs qui s’incarnent des modèles sociaux qui respectent la personne».

Face à ce désamour des citoyens vis-à-vis de l’Union européenne Virginie Rozière s’emploie dès qu’elle revient dans sa circonscription du grand sud d’aller à leur rencontre pour «leur donner une autre image de l’Europe, montrer un autre discours, expliquer que l’Europe ce n’est pas si compliqué qu’on veut bien le dire.

L’autre partie du temps, j’essaie de défendre les intérêts des citoyens européens au parlement. Je me bats pour que l’Europe soit au service des citoyens, des entreprises par des mesures économiques.

Parmi mes sujets de prédilections, l’extension des indications géographiques pour les produits non alimentaires… et en Midi Pyrénées ou en Languedoc Roussillon, il y a beaucoup de produits qui méritent d’être défendus
».

Laurence Cabrol | 27/01/2015 - 19:17 | Lu: 24528 fois