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Carla Bayle: la classe de «Monsieur Joël» un outil d'intégration pour les enfants déracinés du CADA

© midinews 2015

Moussa a sept ans, il vient de Tchétchénie, parle avec autant de facilité le russe, l’allemand que l’anglais, mais c’est au Carla Bayle en Ariège qu’il apprend le français dans une classe un peu particulière.

Comme lui, ils sont une dizaine d’enfants de 6 à 12 ans originaires de pays d’Europe de l’Est, du Bangladesh et de moindre mesure d’Afrique Centrale. Ils ont connu l’horreur des conflits, les affres de l’exil et la peur du lendemain.

Lorsqu’ils arrivent avec leur famille au centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) du Carla Bayle, ils retrouvent l’espoir d’une vie meilleure. Ces familles y séjournent en moyenne 18 mois, le temps de trouver une réponse administrative à leur demande de statut de réfugié.

Les enfants doivent obligatoirement être scolarisés. Aussi depuis l’ouverture du centre en 1998, un poste et une classe ont été créés dans la petite école du village dans ce seul objectif. Et c’est Joël Ottavy, qui en assure le fonctionnement.
Quand l’école joue pleinement son rôle d’intégration
Au départ c’est un peu par hasard que l’enseignant est arrivé au Carla puis il y a pris goût, s’est formé et aujourd’hui c’est avec bonheur qu’il mène cette classe unique en milieu rural avec pour mission prioritaire apprendre le français à ces enfants issus de l’exil: «c’est une UPE2A, une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants.

Il n’y en a que deux en France. Ils n’arrivent pas à date fixe et restent en principe un an ici, tout dépend du traitement administratif des dossiers des parents. Le petit Rakin est arrivé il y a quelques semaines, il vient du Bangladesh. C’est la première fois que nous avons un petit bangladais !
»

Les méthodes d’enseignement ne peuvent pas être identiques aux autres classes de l’établissement, Joël travaille par thèmes, en ce moment par exemple c’est le corps humain: «je vais utiliser pendant une semaine des petits jeux, des imagiers, des Memory, des logiciels sur l’ordinateur pour qu’ils intègrent le vocabulaire autour du corps humain.

Ensuite je vais changer de sujet, travailler sur les transports, la famille… cela peut changer en fonction du contexte environnemental. En général, plus on est jeune, plus c’est facile d’apprendre une langue. Ces enfants sont particulièrement demandeurs
».

 Pour autant Joël  se souvient d’avoir aussi rencontré des difficultés avec des «grands» de 11-12 ans qui refusaient d’apprendre la langue, synonyme pour eux de résignation: «les cas sont rares, mais j’ai eu des enfants qui se sont braqués, car ils pensaient qu’en acceptant d’apprendre le français ils acceptaient d’avoir un avenir dans ce pays… Avec les petits pas de souci d’intégration !»

On peut deviner le parcours de certaines familles à travers les langues que parlent les enfants «ils sont une facilité dans leur processus d’apprentissage assez déconcertante pour nous français qui avons tant de difficultés dans l’apprentissage des langues vivantes».

Au programme de cette matinée, une présentation à l’oral (je suis un tel, j’ai tel âge, des frères, des sœurs j’habite le CADA, j’aime telles choses, je n’aime pas telles autres), une poésie, des jeux autour de l’apprentissage du vocabulaire.

Le statut de l’instituteur a également une autre dimension: «je suis la première personne avec qui ils peuvent créer du lien sur le sol national, je suis en quelque sorte un référent. Parfois ils me confient des choses, ce qui se passe à la maison, nous avons des discussions sur les différentes cultures entre la France, le Kosovo, la Tchétchénie, l’Albanie…»

Pourtant depuis 1998, force est de constater qu’il y a une évolution du niveau d’éducation de ces enfants de l’exil, des paramètres qui ne présagent rien de bon: «je constate bien souvent qu’ils n’ont pas été scolarisés ou qu’il leur manque une ou deux années de scolarité.

C’est pour moi un handicap supplémentaire pour passer à l’écrit. Ce n’est pas du ressort de l’apprentissage de l’alphabet latin, c’est la manière de tenir un stylo et ça c’est nettement plus compliqué
».  

Au moment où l’on parle plus que jamais d’intégration, de valeurs républicaines, cette classe symbole fort sur une terre de tolérance, pourrait voir son avenir menacé. En effet sous le prétexte non avoué d’économies budgétaires, on parle de «partialiser ce type de poste»

Laurence Cabrol | 28/01/2015 - 18:59 | Lu: 27477 fois