Camon: la vigne et les roses, une longue tradition perpétuée aujourd'hui par Hélène et René Laffargue
sur le même thème
Ce village médiéval à la frontière de l'Aude et de l'Ariège est réputé pour son ancienne abbaye bénédictine et pour sa fête des roses qui attire chaque année des milliers de visiteurs.
Autrefois les moines, propriétaires de nombreuses terres, obligeaient les villageois installés sous leur protection, à cultiver vignes et céréales afin d’assurer les redevances dues à l’abbaye. Ces paysans-vignerons vont défricher, construire terrasses et systèmes hydrauliques qui faciliteront les cultures du raisin. Cette culture traditionnelle s’est arrêtée avec l’épidémie du phylloxéra au début du XXème siècle mais depuis deux ans, Hélène et René Laffargue anciens viticulteurs du bordelais tombés sous le charme de ce village médiéval renouent avec cette tradition.
Des vignes au pied des remparts de l’abbayeEt c’est au pied du rempart de l’abbaye qu’ils ont planté 4 400 pieds de raisin de table Exalta, obtenu par croisement entre muscat de Hambourg et Perlette, reconnaissable à son grain doré sans pépin, très apprécié pour son goût prononcé de muscat.
«C’est un cépage qui a une cinquantaine d’années, qui a longtemps été boudé et que l’on redécouvre à présent», indique Hélène qui est dans la vigne depuis quinze ans. «Au départ je n’y connaissais rien, mais René mon époux a décidé de reprendre une vieille vigne en fermage, il fallait apprendre vite car elle allait mourir. J’ai travaillé avec l’INRA de Bordeaux et nous nous sommes lancés dans un cépage classique pour les graves, un AOC Merlot-Cabernet»
Mais le projet de ligne grande vitesse oblige ce couple de passionnés à quitter le bordelais. Ils choisissent de s’installer en Ariège pensant faire du vin Bio mais très vite ils s’aperçoivent qu’il faut beaucoup plus de temps pour faire venir les vignes ici.
«Très vite, au regard du patrimoine et de ce qu’il se faisait déjà ici, nous nous sommes tournés vers un projet d’agrotourisme. Sur ce terrain alluvial nous avons planté du raisin de table bio, un cépage Exalta, un blanc au goût de muscat, à croquer ou pour faire du jus. Il est mené en semi pergola à l’italienne. A l’inverse de ce que nous faisions à Bordeaux ce sera du raisin sans chai. Le chai c’est un stress terrible et nous n’avons plus l’âge. Nous nous contenterons de raisin de table Bio, revendu dans le circuit local. Et dès cette année il y aura une petite cueillette»
Les vignes et les roses font bon ménageMais Hélène et René n’ont pas dérogé à la règle, sur leur parcelle de trois hectares entretenue par des ânes, à chaque pied de rang un magnifique rosier. Une tradition qui se développe depuis la nuit des temps en milieu agricole:
«Dans le bordelais, c’est notre pays de naissance, on plantait des rosiers au bout des rangs pour indiquer la présence d’oïdium car c’est une maladie qui s’attaque aussi bien aux rosiers qu’à la vigne» mais en bonne cartésienne Hélène ajoute «l’oïdium de la vigne est arrivé en France avec des plants américains dans les années 1840… selon moi cette histoire n’est pas forcément fiable»
René défend une autre thèse: «Jusqu’à la moitie du XXème siècle on travaillait au cheval dans les vignes et dans le Médoc on plantait des rosiers en bout de rang pour guider les animaux et pour ne pas qu’ils emportent les pieds de vigne au bout de chaque rangée»
Quoiqu’il en soit pour la maitresse des lieux les roses sont une passion qu’elle cultive depuis de longues années. Elle a choisi avec soin chacune des espèces qu’elle a plantées dans son vignoble et en connait l’histoire sur le bout des doigts. Une passion qu’elle n’hésite pas à faire partager:
«Actuellement ils sont bien fleuris, c’est une splendeur! Cette espèce là a été créée au XIXème siècle par Gilbert Narbonnand à Juan les Pins pour une clientèle de russes et d’anglais installés sur la Riviera… ces roses-là aiment la chaleur et ici le micro climat leur est particulièrement favorable.
Quant à ce rosier mousseux, il apparait pour la première fois à Carcassonne au XIXème siècle, il y a de la mousse sur les boutons, le pédoncule quand on la touche sent la résine balsamique, c’est très agréable. Cette grosse corole au jupon pourpre c’est une Scabrosa. On les plante dans des terres drainantes dans le sable en bord de mer pour fixer les dunes. Quant à ce rosier mené en cordons c’est une Rosa Gallica très à la mode sous le Second Empire… c’est un peu kitch!»
Mais parmi ces centaines de rosiers, Hélène a tout de même un préféré. Certes il n’est pas très fourni mais ses fleurs roses pâles sont d’une délicatesse extrême:
«C’est un rosier thé, un hybride que j’ai trouvé sur les terrasses et que j’ai bouturé. A priori il se sent bien ici où tout pousse naturellement (j’ajoute un peu de guano une fois par an). Aujourd’hui je peux profiter de mes roses car si j’aime ce travail de la vigne, personnellement j’aime beaucoup mes rosiers et dans quelques temps peut-être pourrons-nous ouvrir notre propriété aux visiteurs mais il est encore trop tôt»
Ici vous l’aurez compris on laisse le temps au temps, la nature n’est pas bousculée et en retour elle n’est que plus généreuse.
dans la même rubrique
- Montségur, 124 habitants et un des meilleurs boulangers de France
- Pâques 2015 à Foix: des créations en chocolat qui nous font aimer l'école !
- Le Biros ce n'est pas le Pérou, mais presque
- Auzat: la section escalade du collège du Montcalm vise un podium aux prochains championnats académiques
- Éclipse du 20 mars vue de l'observatoire de Sabarat
- Éclipse partielle du 20 mars 2015: le soleil caché à près de 70% en Ariège
- Nicolas Dedieu, le troubadour du XXIe siècle à la conquête de l'Amérique
- Saverdun: Louis Rizzola remporte la Médaille d'Or Nationale au Concours des meilleurs apprentis de France
- Ariège: trois drôles de dames conjuguent leurs talents pour accompagner notre métamorphose
- Gendarmerie: une soirée avec les «experts» de l'identification criminelle
- Couserans: vos courses directement du magasin à votre domicile sans vous déplacer et sans internet
- Saint-Lary Soulan et Saint-Lary en Couserans, les faux jumeaux
- Saint-Lizier: le cloître et le Carré de l'Ange
- Saint Jean-Baptiste du Désert, le montreur d'ours d'Audressein
- Mirepoix: Jean-Marc Eychenne ordonné évêque
- Cursus 4G, un soutien scolaire nouvelle génération en Ariège

















