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Retour de l'odyssée de l'Ariégeois Claude Labatut dans le Mustagh-Ata (7546m)

Après la Tanzanie (Kilimandjaro en 1996), le Kirghizstan (Pic Lénine en 2004), le Tibet (Cho Oyo en 2006), le Pakistan (Broad Peak en 2008), le Népal (Manaslu en 2010), Claude Labatut revient du nord-ouest de la République Populaire de Chine où il a été chef d'expédition dans l'ascension du Mustagh-Ata (littéralement «Père de glace») situé dans la province du Xinjian.

Au départ le projet visait à conduire une équipe de cinq alpinistes ariégeois*, tous licenciés au Club Alpin Français des Montagnes Ariégeoises de Foix, pour porter les couleurs de «leur pays» au sommet du 43ème sommet le plus haut du monde. Mais au fil du temps d'autres alpinistes chevronnés ont rejoint le groupe et au final c'est un groupe de neuf passionnés de haute montagne que Claude Labatut a conduit dans cette expédition sans porteur ni oxygène.
Un projet reposant sur l'expérience de cet himalayiste qui a déjà gravi trois sommets à plus de 8000mC'est sous la forme d'un challenge personnel que Claude Labatut qui vient de fêter son 60ème anniversaire a lancé cette idée qui a tout de suite trouvé un écho favorable auprès de ses camarades: «François (Delpech) allait avoir 50 ans, moi 60, on avait envie de marquer le coup. Nous sommes tous passionnés d'alpinisme et de ski de randonnée. La face ouest du Muztagh-Ata est peu exigeante techniquement, elle nous a permis de tenter son intégralité en ski de rando... un pur bonheur!

Mais avant cela il a fallu le mériter car les difficultés viennent des conditions extrêmes qui règnent sur la montagne: raréfaction de l'oxygène, redoutables tempêtes glaciales, gelures... Une fois le projet lancé il nous a fallu une année de préparation: entraînement physique
(120 000m de dénivelé de ski de rando dans la saison et dans n'importe quelle condition météo) mais aussi et surtout psychologique car dans pareille aventure il faut avoir un sacré mental.

Bien que l'on ait un téléphone satellite, nous sommes pendant un mois isolé de tout, on doit dépasser nos propres limites et il y a des moments très durs
(les organismes sont mis à l’épreuve, on traverse des moments de déprime ou de joie, on est confronté à la mort), en pareil cas les caractères s'affirment avec les bons et les mauvais côtés. C'est au chef d'expédition de veiller à ce que tout se passe au mieux»

Claude Labatut avec ses 25 ans d'expérience de montagne est accompagnateur au Club Alpin Français, il aime s'investir pour les autres et de ses précédentes expéditions il a tiré une certaine expérience: organisation du transport aérien, recherche de sponsors, intendance: «Il faut compter 3000 euros par personnes (en passant par une agence c'est le double!).

Pour le matériel nous avons ouvert une bourse dans un magasin spécialisé (Le Vieux Campeur pour ne pas le citer). Il faut tout préparer et prévoir en amont et on n'a pas droit à l'erreur une fois les camps d'altitude installés: gaz, nourriture, matériel...»

Claude avait conseillé à ses coéquipiers de prendre une pointure supplémentaire au niveau des chaussures, non pas par fantaisie mais pour éviter tout point de friction qui peut vite devenir un point de gelure. «Sur le groupe un grimpeur n'a pas suivi mon conseil, aussi il n'est pas arrivé au sommet. Avec des températures inférieures à -20 degrés on gèle vite par les pieds!»
Une expédition «à l'ariégeoise»C'est en ces termes que Claude Labatut définit aujourd'hui cette expérience humaine exceptionnelle.

«L'ivresse des sommets nous motive à dépasser nos propres limites, tant psychologiques que physiques. En choisissant de tenter cette expédition à ski de randonnée dans son intégralité nous étions dès le départ contraints par certains paramètres (matériel spécifique, sans guide ni porteur... ). Au-delà du défi sportif, nous avons souhaité partager cette aventure avec toutes les personnes désireuses de découvrir l'aspect humain et émotionnel qu'une telle expérience peut procurer.

Grâce au savoir-faire de Luc, un ami resté à Foix, nous avons monté un site internet permettant de suivre notre périple
(expe-muztagat.fr) au jour le jour. Nous avons aussi consacré une partie de notre temps aux prises de vue photo et vidéo qui permettront dans les semaines à venir de diffuser un film retraçant notre aventure»

Claude Labatut et son équipe ont pris le départ le 12 juillet: vol Toulouse-Paris puis Paris-Bishkek au Kirghizstan. Le troisième jour un transfert routier leur permet de relier Kashgar en passant par le Torugart Pass (3752m). Le quatrième jour ils arrivent au lac Karakul (3600m) et campent sous des yourtes.

«A Kaskar nous avons suivi l'ancienne route de la Soie et n'étions pas loin du terrible désert de Taklu Makan, surnommé la mer de la mort» Le cinquième jour c'est à dos de chameaux que les équipements sont montés au camp de base à 4450 m mais ensuite, du 6ème au 18ème jour, après une période d'acclimatation et l'installation des camps d'altitude, c'est à dos d'homme à raison de 20kg par grimpeur que le matériel est acheminé au camp 1 à 5400 (19ème jour) puis au camp 2 à 6200 m (20ème jour) enfin au sommet (22ème jour).

«A l'origine nous avions prévu un camp 3 à 6800m mais les conditions météo se sont dégradées, nous obligeant à partir à 4h du matin du camp 2 pour atteindre le sommet à 14h. Et là, après la traditionnelle photo autour du drapeau ariégeois, nous avons chaussé les skis, une piste de 13 000 m de long avec une neige douce... que du plaisir. Arrivés au camp 2 nous nous sommes réhydratés et le lendemain nous avons entamé la descente en récupérant tout le matériel car dans notre philosophie il faut laisser la montagne aussi propre que nous l'avons trouvé»

Avec des sacs monstrueux de 18kg sur le dos, le petit groupe a pourtant l'impression de flotter dans les airs, envahi par un sentiment de plénitude et d'accomplissement. De retour à Bishkek, un peu de tourisme et de repos pendant quatre jours avant un retour dimanche dernier à Toulouse.

Claude Labatut a retrouvé son clocher aiguillonnais depuis trois jours, il entend à présent faire partager cette belle expérience.

«Quand on part en expédition on vit le sommet avec intensité, là-haut on est totalement déconnecté du monde et de ses contingences, on pense à l'essentiel, on a ensuite beaucoup de difficultés à revenir sur terre. Il faut six à huit mois pour digérer l'aventure»

Mais d'ores et déjà ce jeune retraité (il a pris sa retraite professionnelle cet été) travaille au scénario du film qu'il veut monter et diffuser au public pour faire partager avec le plus grand nombre cette passion pour la montagne qu'il cultive depuis de longues années: «Une passion ça ne s’explique pas ça se vit»

Conscient de la beauté des sommets mais aussi de la dangerosité de ces expéditions au bout du monde, notre ariégeois se plait à dire: «La montagne c'est comme une belle femme, il faut savoir la courtiser mais ne pas tomber amoureux d'elle, sinon elle vous garde»

Et comme un rituel bien rodé depuis 25 ans, avant de partir dans ces odyssées d'altitude, Claude comme certains vont à l'église, monte au Saint Barthélemy: «c'est la montagne qui m'a vu naître, qui a déclenché chez moi cette passion des sommets et qui été le témoin de mon accomplissement dans ma vie d'homme»

*François Felgines, François Delpech, Henri Négrier, Gaël van Overmeire, Gaël Forest auxquels se sont associés Joël Soubrier, Jean-Pierre Couzin, Alain Bigard et Frédéric Heymes

Laurence Cabrol | 13/08/2014 - 17:30 | Lu: 24544 fois