Galey: itinéraires d'enfants gâtés?

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Patricia Danduran est native de Toulouse et Maire du petit village de Galey dans le Castillonnais depuis 2008. Elle fait partie de ces exilés qui ont tout laissé derrière eux pour venir s’installer en Ariège.
Nous sommes en 1982, Patricia a 22 ans quand elle décide de tout quitter, mais auparavant elle poursuit de solides études d’agriculture dans l’Aveyron. Ce fut pour elle une révélation lui offrant ainsi l’occasion de mesurer l’ampleur des transformations réalisées par les nouvelles techniques d’agriculture et d’élevage, évolutions auxquelles les sciences agronomiques vont assurer le succès grâce aux nouvelles politiques de modernisation.
Ensuite elle nourrit un projet d’élevage d’ovins composé de brebis de sélection sur les monts de l’Aubrac et c’est dans le cadre de sa formation avec l’ADEPFO (Association Développement des Pyrénées par la Formation) que tout se joue. Elle découvre l’Ariège par hasard et tombe sous le charme de ses vallées verdoyantes. Un paysage d’un autre temps, une destination presque exotique comparée à la vie en ville devenue oppressante, les villes n’étant pas encore celles qu’elles deviendront par la suite.
Itinéraires d’enfants gâtés?Il faut se replonger dans le contexte de l’époque pour bien comprendre la conjoncture économique des années 80. Être un major de promotion, parler six langues, ceinture marron, championne du monde des culturistes comme le chante Michel Sardou semble une réalité par endroit. En effet les individus, tous sexes confondus s’affirment, manifestent, osent tout pour le meilleur et pour le pire, mais on est loin de «tout maîtriser à fond et d’accéder au pouvoir suprême» comme le clame encore Michel dans son refrain.
Les deux chocs pétroliers de 1974 et 1979 font augmenter l’inflation et le chômage, la croissance ralentit, le paysage commercial se modifie et affiche un déficit culminant à 2.6 % du PIB en 1983 (source Insee) laissant peu de place aux ambitions et pourtant… s’il y a bien une époque où les jeunes se lancent dans tout et dans rien, c’est bien à ce moment-là malgré les signes de surchauffe. Ces itinéraires d’enfants plutôt osés que gâtés sont le fruit des Trente Glorieuses, enfants qui croiront en l’avenir et même si la peur du lendemain préexiste, elle n’empêchera pas de vivre à fond le moment présent quitte à se réorienter en permanence…
Ariège terre courage? Le courage d’y venir et d’y resterC’est ce que fera Patricia Danduran en abandonnant peu à peu son projet d’éleveuse compte tenu de la précarité rurale dans le Couserans. 8 ans seront nécessaires à sa réorientation, loin de sa famille, ses amis, de l’aisance urbaine. Doris et Wolfgang Bendick, agriculteurs allemands venus s’installer dans la vallée dans ces années peuvent aujourd’hui en témoigner. Il n’y avait rien quand ils sont arrivés à Augirein, seulement un chemin de terre qu’ils ont pratiqué longtemps à dos de mulets pour accéder à leur réussite, 3 gîtes ruraux, des ruches et une fromagerie aujourd’hui reprit par leur fils.
L’étranger «l’estranhièr» qui s’intègre doit produire deux fois plus d’efforts pour réussir et se faire accepter que celui qui est né ici. C’était comme ça dans les années 80 en Ariège ou ailleurs quand la vie était rude, même les autochtones aujourd’hui diront d’avant «il fallait y être nés pour vivre là» tellement c’était difficile. Ce n’est pas pour rien que l’exode rural a existé.
Voici donc ce chassé-croisé pendant lequel les gens ont déserté les vallées pour aller «faire l’instituteur» à la ville comme ils disaient tandis que les premiers urbains arrivaient croyant tout savoir diront certains. Pourtant ce n’est pas exact, c’est avec humilité que ces nouveaux Ariègeois s’installeront nourrissant l’espoir de s’accomplir enfin et de vivre en harmonie avec ce qu’ils ont toujours été au fond, de doux rêveurs. Et c’est avec une volonté de fer qu’ils apprendront à faire face aux difficultés, à ne pas tout obtenir d’un coup, à être patients, à savoir écouter, à s’adapter aux lieux et aux circonstances.
Toujours plus loin, toujours plus hautC’est avec cette énergie et l’envie d’aller toujours de l’avant que Patricia Danduran se réoriente dans l’administration, elle obtient le concours d’entrée dans la fonction publique en 1985 pour ensuite s’installer définitivement dans le Castillonnais. Aujourd’hui elle en est à son second mandat de maire et compte bien aider à la réouverture d’une nouvelle épicerie dans son village.
On se souviendra d’Éliane Lafforgue et son alimentation multiservices au village, durant 30 ans elle l’a tenue ouverte de 8 h à 21 h tous les jours. Elle se rendait disponible régulièrement auprès de la population par tous les temps, population sans moyens de locomotion bien souvent, c’était une autre époque…
Aujourd’hui les saisons sont bien moins marquées qu’avant, les vallées moins hostiles, une destination touristique prisée, un repeuplement favorisés par les accessibilités à l’Internet haut débit, à la téléphonie mobile. Galey est haut perché…
L’avenir appartient à ceux qui ont des idéesQu’à cela ne tienne. C’est parce que Patricia sait ce qu’il retourne de cette terre qu’elle ambitionne ce projet, soutenu par les gens de Galey qu’elle écoute. Vente de produits locaux alliant la révolution numérique aux services de proximité est une des idées complémentaires des autres épiceries du canton. N’étant plus à un défi près, elle multiplie les initiatives et nous expose la possibilité de mettre à disposition un bâtiment communal à prix modéré pour l’aménagement d’un commerce avec l’accord de la Préfecture. Un logement sera également disponible à un prix défiant toute concurrence afin d’aider les porteurs de projets. La commune se portera garante de toute initiative visant à développer le commerce local.
C’est un projet de vie oui, il faut la foi, l’envie, la vocation, comme l’ont Monique et Stéphane restaurateurs, Kévin et Rébecca propriétaires des chambres d’hôtes, acteurs indispensables à la vie du village de Galey sans compter les bénévoles qui font visiter le musée liturgique tous les jours d’avril à octobre et les trois églises sur rendez-vous toute l’année.
L’épicier est une figure autant que le médecin, le facteur dans un village et son image va bien au-delà de celle que l’on se fait d’une simple alimentation.
Affaire à suivre…
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