Henri Pujol, centenaire Appaméen: «je ne suis pas né d'aujourd'hui»

Si partout dans le monde et en France on célèbre le centenaire de la Première Guerre mondiale, il en est un qui a célébré tout simplement le sien récemment. En Ariège et à Pamiers. C’est Henri Pujol, un Appaméen installé à Landourra le vieux depuis l’âge de ses quatre ans...
Il les a faits le 22 août 2014 — le jour de la disparition de Louis Auriol, premier Appaméen tombé sur le champ d’honneur lors de ce premier conflit mondial — entouré des siens et dans la bonne humeur.
Né en Algérie, il n’y passera que 4 années, les premières de sa vie. «Je me souviens du village dans lequel nous habitions, Rirha, un village modèle à l’époque, une rue principale le traversait, longée d’arbres, des mûriers. J’ai des parents encore là-bas. Moi je n’y suis jamais revenu»
Il quittera l’Algérie pour raisons familiales, sa grand-mère, restée en France, à Seix, venait de perdre son mari. «Pardi, elle se sentait seule, alors sa fille, ma mère, Marie, a choisi de revenir. C’est ainsi que nous nous sommes installés à Pamiers, à Landourra le vieux, et j’y suis encore! Ça me fait plaisir de savoir que je suis toujours en vie !»
Il se souvient de tout, des premières années de sa vie, comme celles d’aujourd’hui. Il se plaît à la raconter simplement, spontanément et souvent en riant, c’est une belle leçon de vie. Il a cent ans aujourd’hui, mais il en paraît facilement trente de moins. Quelle énergie! Étonnant et émouvant. Du haut de son grand âge, il reste humble et lucide.
«Je suis allée à l’école rue Sainte-Claire, nous partions tous les jours à pied avec ma sœur, on passait par le jeu du mail, il y avait quoi, deux maisons à l’époque. Puis après les cours nous revenions à la maison et il y avait du travail à faire croyez-moi Nous étions cinq enfants, deux garçons et trois filles: Irène, Charlotte, moi, Albert mon frère et Henriette la dernière».
Sa maison a été immortalisée sur une feuille de dessin par M. Biquet, professeur de dessin au collège de Pamiers dans les années 1930. Une demeure des temps passés qui dans son souvenir était «mitraillée» de mauvaises herbes de ronces et d’ormeaux, «il fallait trois hommes pour faire le tour de chacun d’eux! Les propriétaires à l’époque habitaient Paris. Ils ne venaient jamais alors on faisait comme on voulait».
Tout naturellement, il a consacré sa vie comme ses parents à l’agriculture, aux durs labeurs des champs et du travail avec les bêtes. Un travail qu’il quittera cinq ans, retenu prisonnier en Suisse, durant la Seconde Guerre mondiale.
«Je me suis marié avec Paulette (avec qui il aura deux enfants) et trois semaines après je suis parti pour cinq ans à la guerre. Ils n’étaient pas si vaches, vous savez les Allemands, ils auraient pu nous tuer. Ils ne l’ont pas fait. On était nourri, on pouvait écrire à nos familles. Mais vous savez cinq ans c’est long. Aussi quand je suis revenu, il a fallu tout recommencer à zéro».
Une époque qui laisse tout de même un goût amer dans le cœur d’Henri, toujours très ému lorsqu’il se souvient des enfants de Pamiers qui n’avaient rien à manger après la guerre.
Il partait à la chasse accompagné de sa chienne Trompette: «j’étais un bon chasseur, je pointais le fusil et pan! La caille était dans le sac !» raconte-t-il avec ses yeux verts malicieux. «Nous avions 30 bêtes laitières, après la traite, je partais distribuer le lait à vélo à Pamiers. Quelle époque! Comme Pamiers a changé, je vous le dis !»
Lorsque l’on demande à l’homme son secret de longévité, il s’exprime «le travail! encore aujourd’hui je m’occupe tout le temps, j’ai toujours quelque chose à faire». Sa fille Hélène, à ses côtés, confirme «Il n’arrête pas, il vient manger chez moi tous les midis à St Jean du Falga, avec sa propre voiture». Il a eu le permis avant la Seconde Guerre.
Même si ses petits enfants habitent à côté, il souhaite rester indépendant. Il se couche entre 21 h 30 et 22 h et se lève aux alentours de 7 heures le matin.
«Je regarde la télé parfois, les informations surtout et les films intéressants, mais il y a tellement de conneries, je ne suis pas né d’aujourd’hui, pour me distraire, je préfère le travail. Je fais le strict nécessaire et je le fais bien !»
Henri a aujourd’hui deux petits enfants, et trois arrières petits enfants. Et c’est en famille qu’il a célébré ses cent ans. Quelques jours après, comme cela se fait, ce sont les élus de Pamiers, Gérard Legrand, premier adjoint et Clarisse Vignoles, élue en charge des aînés qui sont allés lui rendre visite pour fêter l’événement en lui offrant des livres, une autre passion. «J’ai toujours aimé lire et je continu et sans lunettes !».
Une belle vie bien remplie et avec toujours le sourire malgré tout.
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