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Disparition d'Alexandre Grothendiek: le père de la géométrie moderne vivait en ermite en Ariège

Alexander Grothendieck en 1970
Crédit photo: Konrad Jacobs, Erlangen / MFO

Alexandre Grothendiek est mort, jeudi au centre hospitalier de l’Ariège Couserans. L’homme s’est éteint dans la plus grande discrétion, comme il a vécu.

A 86 ans, inconnu du grand public, il restera néanmoins comme l’un des plus grands esprits mathématiques du XXe siècle, un génie diront certains.

Et pourtant, qui connaissait Alexandre Grothendiek, lauréat de la médaille Fields en 1966, le Prix Nobel des mathématiciens ? Personne, hors du cercle des scientifiques, surtout pas ses voisins du village de Lasserre et des environs qui ne voyaient en lui qu’un vieil homme désireux de vivre à l’écart du monde.

C’est en effet au cœur du Volvestre ariégeois que le savant, né en 1928 à Berlin, avait choisi de se retirer au début des années 1990. Lui qui avait toujours rejeté les honneurs, qui avait su refuser des chaires prestigieuses, n’attendait rien de plus que de vivre seul.

Il nous intriguait, mais nous acceptions son choix
Alain Bari, maire de Lasserre, mais aussi professeur de mathématiques (!) à l’université de Toulouse, sait quel citoyen de marque résidait sur sa commune, mais avoue n’avoir jamais su ou pu l’approcher.

«Il nous intriguait dans le village, mais nous acceptions son choix. J’aurais aimé, bien sûr, échanger avec lui. Mais ce n’est qu’au début des années 2000 que nous avons su qui il était. Après mon élection, en 2001, j’ai même essayé d’entrer en contact, par un tiers, mais cela n’a pas pris, donc nous avons choisi de respecter sa volonté», livre Alain Bari.

Tout au plus, le premier magistrat s’étonne-t-il du choix politique d’Alexandre Grothendiek, très impliqué dans la cause écologiste (en 1970, il a notamment participé à la création du groupe pacifiste et écologiste Survivre et Vivre), mais qui «n’a jamais cherché à se rapprocher des mouvements locaux pourtant nombreux en Ariège»

Depuis l’annonce de son décès, les médias font assaut d’articles en hommage au père de la géométrie algébrique, une approche moderne de cette science mathématique inspirée «par son obsession de repenser la notion d’espace» dit l’un de ses disciples.

Du défunt, l’histoire retiendra également un destin atypique qui le conduira de l’Allemagne nazie à Paris, puis au sud de la France où il retrouvera ses parents qui avaient vécu quelques années en Espagne… avant de fuir le Franquisme.

En 1940, il est interné en compagnie de sa mère près de Mende, tandis que son père est conduit au Camp du Vernet d’Ariège. Cette Ariège qu’il aura donc choisi de retrouver pour y vivre les dernières années de sa vie.

PB | 14/11/2014 - 20:00 | Lu: 44795 fois