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Histoire de Pamiers: Casimir et Germaine Céréza, des personnages hors du commun (1ère partie, les temps heureux)

Tout le monde connaît à Pamiers Casimir et Germaine Céréza. Leur nom est indissociable de l’histoire de la ville et notamment de la Vaillante Appaméenne, de l’UOP et de l’Amicale des Sociétés Sportives, à leurs origines.

Des personnes illustres, attachantes, hors du commun, qui ont contribué à elles seules à écrire une grande page de l’histoire du sport dans la cité des trois clochers. D’ailleurs un gymnase porte leur nom. Jacqueline, leur fille, a bien voulu raconter ses parents, en toute pudeur, en toute simplicité, non pour elle, mais pour ceux qui les ont connus. Une belle rencontre, un moment privilégié.

«J’entendais souvent parler de mes parents autour de moi, beaucoup de personnes savaient qui j’étais alors que je ne les connaissais pas directement… Mon père, pour moi, était un héros, généreux, chaleureux ; ma mère, une femme courageuse, volontaire et d’avant-garde. Je les admirais.

Ce n’était pas facile d’être «la fille Céréza», car, je voulais qu’ils soient fiers de moi aussi… même aujourd’hui ! J’ai lu parfois dans des journaux des articles parlant d’eux, parfois imprécis ou erronés. Par contre, certains portraits écrits m’ont beaucoup attendrie, de même que les portraits peints du gymnase.

J’ai grandi en partageant leur tendresse bien sûr, mais aussi leur enthousiasme, leur ardeur, leur amour du sport. En fait, la vaillante et l’UOP ce sont deux grandes sœurs pour moi… je suis une grande sentimentale !
»

Casimir Céréza, dit «Casé» est né à Verzeilles, dans l’Aude, en 1905. Il avait un frère jumeau François, nés tous deux après Jeanne, l’aînée, suivie de Joseph dit «Jo», de Julien et avant Henri.

«Mon grand-père paternel, Dominique, était terrassier, un homme travailleur et réservé, ma grand-mère, Jeanne, était méticuleuse et douce raconte Jacky. Chacun, selon son âge et ses talents, aidait à subvenir aux besoins familiaux. Très jeune, mon père excellait en sports. Plutôt baraqué, il en imposait physiquement c’est vrai. Ses formateurs lui disaient qu’il était fait pour le sport.

À 16, 17 ans, avec un camarade, fin gymnaste comme lui, il faisait un numéro de main à main acrobatique, sur fond musical qui fut apprécié sur les scènes de music-hall de Toulouse et la région.

Parallèlement, il suivait avec son frère Jo, des stages de formation puis de perfectionnement à Joinville et à Saint Malo, alliant ainsi les 2 méthodes de ces 2 écoles qui octroyaient les diplômes de moniteurs d’éducation physique. Ils réussirent tous deux
».

Germaine, née Marty, a vu le jour en 1908 à Toulouse. Elle avait trois sœurs, Jeanne, 27 ans de plus qu’elle, Louise, 20 ans de plus « C’était ma “mamie” de cœur, ma confidente ou ma complice » dira Jacky, et Adrienne, 17 ans de plus.

«Mon grand-père maternel, Jean, était cordonnier. À côté des réparations courantes, il fabriquait parfois des chaussures pour des artistes du Capitole. Il adorait le bel canto et tout le monde aimait chanter autour de lui. Je le revois encore à l’angle de son établi martelant une semelle en chantant.

Ma grand-mère, Anna, était matelassière. Elle parcourait la ville en poussant sa petite charrette contenant son métier à carder, ses cadres à matelas, sa laine, ses aiguilles et ses gros fils. Dans les courettes, elle rénovait ou fabriquait des matelas de laine
».

En décembre 1917, la petite Germaine, allant à l’épicerie, une bouteille à la main, tombe et se blesse. Le poignet enveloppé dans une serviette, c’est à pied qu’avec sa maman elles rejoignent l’Hôtel Dieu. Deux doigts de la main droite ont les tendons sectionnés, un troisième est abimé, les doigts sont repliés sur la paume...

Après sutures et plusieurs séances de pansements, elle entend «elle ne pourra sûrement plus se servir de sa main»… stupeur! Mais la petite Germaine ne se résigne pas. Elle avait eu l’occasion de croiser des blessés. Leurs bandages l’inspirèrent.

Observatrice et courageuse, alors que ses pansements hospitaliers étaient terminés, elle installe une planchette entre ses doigts et sa paume et avec sa sœur, elle pose un bandage. Tous les jours, elle pousse un brin la planchette vers le bout des doigts, puis elle glisse des boules de chiffon sous la planchette. Elle tire sur le bout de ses doigts, masse…

Cela dure des mois. Armée d’une volonté farouche, Germaine se rééduque, seule. Elle va retrouver l’écriture puis elle va dessiner, peindre, coudre et enfin monter à la corde : le sport ne lui est plus interdit.

Elle suit ses études, obtient son brevet, un diplôme de sténo dactylo comptabilité, un travail de dactylo aux «aciéries de Longwy». Alors elle apprend à nager, à faire du vélo (sans en parler à son père qui l’apprenant par hasard n’y croit pas) et enfin elle rejoint «la municipale» de Toulouse pour pratiquer la gymnastique, la rythmique et la danse, sous la direction de Pierre Campa.

Dans les années 1920, les frères Céréza, Jo, Casé et François fréquentent eux aussi la Municipale de Toulouse. Lors des entraînements, les sections féminines et masculines se croisent, mais c’est au moment des compétitions communes qu’ils se découvrent davantage, c’est donc là que Casé et Germaine se sont connus. Ils se sont mariés le 4 août 1928 à Toulouse.

Après son service militaire, en 1927, Casimir arrive à Pamiers Il est nommé moniteur d’éducation physique aux écoles et cours complémentaires de Pamiers par arrêté municipal du 31 décembre 1927, approuvé par l’inspecteur d’Académie et le Préfet de l’Ariège le 27 janvier 1928. Germaine travaille comme secrétaire à l’usine jusqu’à sa nomination similaire au 1er janvier 1929. Leur fille Jacqueline naît en 1936

En 1928, Casimir prend la direction de «La vaillante Appaméenne» qu’il anime avec son épouse Germaine, pendant quarante ans. Lorsqu’on parlait de la vaillante, on y associait leur nom. On en parle encore aujourd’hui.

«Mes parents étaient logés au petit séminaire, 16 rue des jacobins, au 2e étage. Au 1er habitaient Mr Bélard (gardien des 3 espaces verts de la ville) et son épouse, ma nounou. Au rez-de-chaussée, la nombreuse famille Prat assumait le travail de concierge.

Les entrainements de la vaillante et plus tard du basket se faisaient dans la cour, ainsi que dans des salles jusqu’en 1939, avant la guerre. D’autres clubs y pratiquaient leurs activités comme la boxe ou le théâtre animé par Raoul Berger
».
 
Des concours avaient lieu régulièrement par sections mais aussi individuels.

«Mon père a remporté le concours de l’athlète complet comprenant les disciplines: sauts en hauteur à la perche, lancer de poids, 100 m, en plus des agrès: barres parallèles, barre fixe, arçons et saut de cheval.

Une autre année, Philippe Cerny (de 7 ans son cadet) a aussi disputé ce concours se classant parmi les trois premiers. Philippe brillait également dans des tournois de boxe. Comme disait Casé, «c’est difficile d’entraîner des gars et de garder son meilleur niveau, on n’a plus assez de temps
».

Il avait créé un groupe de main à main «les Gallus», une passion pour ce partage d’exercices difficiles où la confiance réciproque est primordiale. Entre la famille Cerny et nous existaient des relations quasi familiales. Pendant que les adultes s’entrainaient, Georges, un temps trop jeune pour faire certains entraînements, me promenait dans les parages, dans ma poussette.

Parfois nous allions les voir au Foulon où ils possédaient un grand jardin. La forge, à Loumet, me fascinait. J’admirais ces hommes tranquilles qui ferraient ces énormes chevaux, toujours un sourire, un mot gentil ou taquin!

Un autre garçon, modeste et passionné partageait les activités sportives (gym et basket) avec eux, Gérard Parent, dit Gégé, collègue peintre d’Auguste Savignol, qui avec son épouse Renée, étaient des amis fidèles, grands amateurs de basket
».

Mais août 1939 vint mettre fin à ces temps merveilleux qui semblaient sans souci…

PR | 02/02/2015 - 18:56 | Lu: 16781 fois