Histoire de Pamiers: Casimir et Germaine Céréza, des personnages hors du commun (2ème partie, les années de guerre)

Fin septembre les réservistes sont mobilisés, Casimir Céréza, sergent-chef dans l’infanterie, rejoint le front fin décembre après une permission de trois jours où le père Noël passera pour sa petite fille.
Une autre vie s’installe, pleine de difficultés et d’incertitudes pour la petite famille. Jacky malgré son jeune âge se souvient de tout, dans les moindres détails, même après tout ce temps.
«Dès janvier, les nouvelles qui circulent sont imprécises et mauvaises, raconte Jacky… des défaites, des morts… Papa est blessé et fait prisonnier le 4 juin à Dunkerque (il faisait partie du tiers de soldats chargés de tenir certaines positions pour que les Anglais et des Français puissent s’embarquer pour rejoindre l’Angleterre).
Beaucoup d’entre eux sont faits prisonniers. On attendra longtemps pour apprendre que Papa est prisonnier dans un stalag à Duisdorf, près de Bonn. Nous avions droit à deux lettres (papier faisant enveloppe avec les tampons PG) par mois. Il fallait faire attention à ce que l’on écrivait, car les courriers étaient lus.
Ayant accepté de travailler dans des fermes et une usine de porcelaine, pour être surveillé de moins près en 1941, il fait une tentative d’évasion avec deux camarades. Maman avait pu envoyer un colis en glissant dans un pot de confiture une boussole ainsi que quelques pièces dans des chaussettes.
Par chance, le colis n’avait pas été ouvert. En franchissant un fossé, l’un d’eux se fait une entorse. Soins et bandage de fortune «on se planque deux jours dans le bosquet» dit Casé. Voilà que l’autre camarade entreprend une petite lessive et la met à sécher en bordure…
Cela attire l’attention d’un paysan du voisinage qui vient jusqu’à eux «Prisonniers ?» — «ya, frontière ? L’homme montre la direction, 18 km, pas de possibilité de partir au pas de course… vingt minutes plus tard, deux militaires Allemands, bien armés, viennent les récupérer.
Arrivés au poste, ils sont fouillés, dépouillés, battus, interrogés et quelques jours plus tard, entassés dans des wagons à bestiaux, un train les emmène à Rawa Ruska, Pologne (aujourd’hui en Ukraine)».
Ce camp situé dans une région marécageuse, aux hivers polaires, aux étés torrides, était un camp de représailles baptisé «le camp de la mort lente». Une miche de pain pour dix, une soupe avec de rares légumes parfois pourris, telle était la ration par jour accordée aux prisonniers.
Des appels et des fouilles à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Les Russes étaient encore plus restreints.
«Un jour un Russe montre un livre à un français de leur baraque. Celui-ci trouve ce livre remarquable et fait une folie: il l’échange contre la précieuse miche … Il faillit se faire lyncher, mais Casé s’interposa en disant: ça suffit, il vous le rendra votre pain, chaque jour il donnera la moitié de sa part à l’un de vous Il était comme ça mon père, juste et respectueux !»
En 1943 les troupes russes reprenant du terrain, les Français sont emmenés à Kobierzyn, près de Cracovie, toujours en Pologne, c’est un camp d’officiers et de sous-officiers français qui refusent de travailler pour l’Allemagne.
Leurs conditions de vie sont un peu moins dures ; ils peuvent organiser quelques rencontres sportives entre les baraquements: les corps et les esprits se restaurent un peu, les nouvelles redonnent plus d’espoir. Courant1944, l’avancée des troupes va faire déplacer le camp à Markt Pongau, en Autriche.
Si la vie est rude pour les soldats sur le front et dans les camps de prisonniers, elle est tout aussi compliquée pour les familles restées au pays. À Pamiers, comme ailleurs, il faut continuer et ce n’est pas simple…
«Pendant la même période, maman et moi vivons en symbiose. En dehors de l’école, je la suis partout, à la gym, au basket, dans les déplacements à vélo vers les fermes des environs afin d’acheter quelques précieuses denrées permettant de confectionner un colis pour le prisonnier.
Certains dimanches, nous rendons visite aux amis Bordeneuve, villa Juliette En chemin, maman chante pour mon plaisir de belles chansons Le ballon rouge, le petit soldat de plomb, les roses blanches racontant des histoires profondes. D’autres fois, nous allons en promenade à la prairie avec Mado Palmade et Jean, son fils, le copain de toujours. Nous faisons parfois des cueillettes, mais surtout des jeux».
Fin 1942, les Allemands arrivent à Pamiers et installent une garnison au petit séminaire, rue des Jacobins.
«Nous devions présenter un passeport pour rentrer chez nous et lorsque nous allions chercher l’eau à la fontaine, je tenais le passeport, au cas où la sentinelle ayant changé, l’entrée nous soit refusée. C’était une situation délicate pour une jeune femme avec sa fillette, je sentais maman tendue et méfiante.
L’année d’après, nous déménageons pour habiter en face au-dessus de la droguerie de Monsieur Laffont. Parfois il y avait des réunions de femmes de prisonniers pour se soutenir et échanger toutes les informations connues. Maman s’y rendait avec Mme Thuries notre épicière et voisine et nous restions avec Yvette et Gisèle en garde dans l’épicerie».
C’était une période de rationnement avec des tickets pour la nourriture, les vêtements et chaussures. C’était le temps du couvre-feu et de Radio Londres qu’écoutaient ceux qui étaient assez isolés pour ne pas être surpris.
«Aux vacances, nous allions retrouver nos familles toulousaines, tante Louise et tonton Henri nous accueillaient à Blagnac. De là nous pouvions prendre le tramway pour rencontrer les grands-parents, quelques oncles tantes mes adorables cousines de 5 et 4 ans mes ainées et ma très chère Marraine, maternelle et complice comme une très grande sœur.
C’est aussi, la période où maman perd, père, mère et beau-père. Sans rien me cacher, elle s’efforce de préserver l’insouciance de mes cinq ans».
Jacqueline se souvient parfaitement des scènes auxquelles, comme bien d’autres, elle a été confrontée pendant ces cinq difficiles années. Lorsqu’elle évoque ces temps pénibles, son regard trahit la profonde tristesse qu’elle ressent à l’égard de toutes ces injustices et encore aujourd’hui cette incompréhension devant de tels évènements.
«J’ai une très bonne mémoire visuelle et auditive, raconte-t-elle. J’entends les sirènes et le vrombissement des avions-bombardiers, nous partons vers la campagne, nos papiers précieux dans un sac toujours prêt. Nous avons assisté à distance à un embrasement de l’horizon suite à la destruction de la poudrerie de Toulouse.
Une autre fois, nous étions en vacances chez ma tante à Blagnac et de notre abri de jardin dérisoire, nous avons vu un avion touché partir en torche de l’autre côté de la Garonne et un parachute s’ouvrir dans le ciel. Je revois aussi à Pamiers la course des gens rentrant chez eux et fermant les volets, une descente des maquisards étant annoncée.
J’ai encore les images de cette femme, peu vêtue, tondue et ligotée, perchée sur une charrette. Des gens hurlaient, d’autres lui jetaient des tomates, d’autres semblaient médusés… je suis rentée en pleurant à la maison. Cette femme a été fusillée le jour même…
Au printemps 1944, un matin de marché, Pamiers est coupé en deux pendant quelques heures par un convoi allemand, les garnisons se regroupent ; camions, sidecars, chenillettes, DCA et une longue colonne s’achemine vers l’Atlantique. Je me souviens aussi de la carte d’Europe, sur notre mur, près du poste de radio.
Nous notions avec des punaises de couleur l’avancée des différentes armées. Un jour, de Gaulle est venu à Toulouse. Nous étions sur la place du Capitole noire de monde. Perchée sur les épaules de mon oncle, je regardais, ébahie, la foule en liesse, faisant le V de la victoire.
Après la libération, il y a eu la fête à Pamiers, une douce allégresse, une communion ; c’est curieux, j’ai ressenti une sensation similaire lors de la victoire de l’équipe de France de foot en 1998».
Enfin l’horreur s’achevait… Un télégramme d’Annemasse annonce le retour tant désiré.
C’est le 13 mai 1945, une date que Jacky n’oubliera jamais.
«Au train de midi, à la gare, personne. À 19 h, le train s’arrête, un homme en costume descend et maman, ayant lâché ma main, court se jeter dans ses bras. Mon père avait eu la délicatesse de s’arrêter chez son frère, à Toulouse, pour se doucher, se raser et lui emprunter un vêtement convenable.
Mais voilà que papa me cherche des yeux, c’est à mon tour de sauter à son cou! Quelle joie! Quel bonheur! Il me dit alors une phrase que je n’oublierai jamais: tu sais ma pitchounette, on a du temps à rattraper tous les deux’ nous avons essayé…»
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