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Castillon en Couserans: Saint-Pierre et sa clé du Paradis, une de perdue deux de retrouvées

© midinews 2015

Pendant assez longtemps nous entendions de part et d’autre qu’un Castillonnais aurait peut-être décroché soigneusement la clé de la main droite de Saint Pierre, saint patron de la jolie petite chapelle fin 11e début 12e à Castillon, pour la coudre dans sa veste afin d’être sur d’aller au Paradis… Et si Saint Pierre l’avait tout simplement égarée comme certains terriens tête en l’air?

Dans tous les cas c’est stressant, qui donc mise à part saint Pierre est habilité à nous ouvrir les portes du jardin d’Eden? Le plus tard sera le mieux nous en conviendrons, mais notre soif de curiosité nous poussera à aller contrôler d’un peu plus près ce fait divers historique hors du commun et pourquoi pas mener une enquête.

Castillon, sa fontaine, son lavoir, son Carré del Gardaire, sa chapelle castrale! Nous voilà donc devant ce joli portail plein sud orné de voussures harmonieusement sculptées d’entrelacs, de crapauds fantastiques, palmettes, centaures et petit guerrier.

Une merveille de l’art roman, l’édifice a été souvent remanié certes en raison de tribulations historiques, mais il reste l’un des plus jolis du Couserans à plusieurs titres. À l’intérieur du sanctuaire, des anges joufflus auraient même gardé un secret pendant 1000 ans, mais ça, c’est une autre histoire.

Nous scrutons les tailloirs extérieurs surplombant chacun des 6 chapiteaux historiés qui reposent sur leurs colonnettes en marbre et nous apercevons en premier l’évocation du sacrifice d’Abraham sur l’un d’entre eux.

C’est alors que sur la corbeille du 3e  se situant près de la porte d’entrée nous découvrons saint Pierre nous faisant face avec sur la tête une mitre posée à l’envers, ce qui lui fait comme s’il portait un bonnet d’âne. Nous nous réjouissons de ces petits détails que les monuments nous révèlent parfois. Puis nous nous concentrons pour ainsi voir de plus près ce qui a disparu.
Un double des clés peut toujours servir
Nous n’en croyons pas nos yeux, la clé est revenue ! Elle est là bien réelle, bien en relief, bien volumineuse dans l’angle du chapiteau en dessous de la main droite du disciple.

Elle est aussi grosse que son corps, difficile de la rater. Il se pourrait que l’emprunteur ait eu quelques regrets se disant après coup que le larcin lui porterait préjudice.

Ce n’est pas tout. Saint Pierre est très organisé et en reculant de trois pas nous constatons que l’apôtre est représenté une 2e fois sur la façade de l’église. Dans une alcôve à droite de la porte il trône fièrement et tient un écriteau dans sa main gauche. Il lève l’autre main en exécutant son salut de son pouce et index sous la clé comme s’il la désignait… surement pour nous rassurer qu’il a bien un double en-cas.

Tout est donc rentré dans l’ordre à Castillon, le missionnaire à qui Jésus de Nazareth a remis la clé d’or pour le salut des âmes et celle d’argent pour le paradis peut continuer à veiller sur les Castillonnais comme il l’a surement toujours fait.

Mais comme dit Charles Baudelaire «seule l’histoire n’a pas de fin» elle réservera aux suivants d’autres anecdotes tout autant croustillantes.

ALB | 13/02/2015 - 18:45 | Lu: 16544 fois