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Carrière de Bédeilhac: la résistance s'organise autour de la création d'un collectif

© midinews 2014

Après les carrières de basse Ariège et leurs opposants, les habitants de la vallée du Saurat (Bédeilhac, Aynat et Saurat) viennent de découvrir un projet porté par l’entreprise Denjean Ariège Granulats visant à reprendre la carrière Cuminetti de Bédeilhac pour extraire 350 000 tonnes de granulats par an (soit multiplier son tonnage par 7 et cela pendant 30 ans).

Inutile de dire que les riverains (cette carrière est située aux portes du village) ne l’entendent pas de cette oreille, ils viennent de monter un collectif (le collectif «Non à la réouverture de la carrière de Bédeilhac» ou NRBC), s’opposent ouvertement à ce projet et le font entendre.Un patrimoine à protégerA la tête de ce collectif Bernard Defaut, entomologiste à la retraite qui a choisi Aynat pour le calme et la qualité de vie.

«Je me suis livré à un petit calcul, avec un tel tonnage, c’est le passage quotidien de 112 camions de 25 tonnes (soit un camion toutes les 4 minutes), un bruit insupportable et de la poussière… sans parler de la détérioration du paysage. L’extraction de 350 000 tonnes de roche par an devrait générer un trou sur le Calamès de 185 mètres de haut sur 200 mètres de profondeur.

Par ailleurs on recense sur ce site classé Natura 2000 en plein Parc Naturel des Pyrénées Ariégeoises bon nombre d’espèces patrimoniales et d’habitats protégés. Nous voyons à travers ce projet la fin de notre qualité de vie, la dévalorisation de nos biens que l’on ne pourra plus vendre et la fin des emplois liés au tourisme dans cette vallée qui outre l’attrait des grottes préhistoriques
(grottes de Bédeilhac, de la Vache) mise beaucoup sur son patrimoine de pleine nature.

A travers ce collectif nous souhaitons sensibiliser les habitants de la vallée directement concernés par les nuisances de cette carrière. Une réunion est prévue le week-end prochain et nous réfléchissons sur des actions médiatiques dans les semaines à venir. Nous voulons nous mobiliser avant que l’enquête publique soit lancée par la préfecture, avant qu’il ne soit trop tard
»Des nuisances multipliées par un coefficient de 7La carrière de Bédeilhac a été ouverte il y a une quarantaine d’années par Joseph Cuminetti. Le 6 octobre 2008 la commune lui accorde une prolongation d’exploitation de 30 ans avec une autorisation préfectorale de 49 000 tonnes par an.

En 2011, suite au décès de M. Cuminetti le matériel et les droits sont cédés à la société Denjean Ariège Granulats sous réserve de l’autorisation d’exploitation. Selon le collectif des opposants, le 24 octobre 2011 la mairie aurait accordé à Denjean la maîtrise foncière pour 30 ans pour une valeur de 5 millions de m3 à extraire sur cette durée. Elle recevrait en contre partie un loyer de 8000€ par an, augmenté proportionnellement au tonnage.

«Un contrat de fortage* a été établi le 13 décembre 2011 entre la commune de Bédeilhac et la société Denjean mais sa consultation nous a été refusée» indique Bernard Defaut qui voit déjà le ballet incessant des camions encombrer la pittoresque RD618 entre Tarascon et le col de Port ou le paysage du roc de Calamès dégradé par l’exploitation de cette carrière à ciel ouvert.

Tout proche de l’entrée de la carrière, un petit chemin conduit les randonneurs ou les grimpeurs sur le Quié du Calamès. Un panneau pédagogique sensibilise les visiteurs sur la flore et la faune que l’on peut y observer: aigles royaux, percnoptères, faucons pèlerins, Grand Ducs… autant d’espèces protégées.D'improbables mesures compensatoiresLe collectif  s’en est également pris au Parc Naturel Régional  qui serait en «contradiction avec sa charte» et proposerait d’improbables mesures dites «compensatoires»: un chantier de fouilles sur le site de la tour de Montorgueil (pour une somme de 15 000€) et la transformation de l’ancienne carrière de gypse d’Aynat en pâturages accordée à Loïc Defaut éleveur sur la commune.

«Ce site avait fait l’objet d’un arrêté municipal en 1991 en interdisant l’accès car ce sont quatre étages de galeries superposés qui menacent de s’effondrer… quoiqu’il en soit ce sont des mesures très insuffisantes au regard des dommages apportés au paysage, aux habitats classés et aux espèces protégées, sans compter les nuisances imposées aux populations.

Nous avons envoyé le 30 janvier dernier une lettre ouverte au PNR lui demandant instamment de donner un avis défavorable à ce projet de carrière. De son côté madame le maire nous demande d’attendre la procédure d’enquête publique
»

Joint par téléphone, André Rouch, président du PNR ne souhaite pas s’exprimer sur ce dossier polémique: «Nous sommes là pour accompagner les communes qui sont dans le périmètre du PNR. C’est à madame le maire de Bédeilhac de s’exprimer sur ce projet, les mesures compensatoires sont établies entre sa commune et le groupe Denjean nous ne sommes que des techniciens»
Selon Gérard Denjean il est urgent pour l’économie ariégeoise de commencer au plus vite cette exploitationJoint au téléphone, le président du groupe Denjean précise que la carrière du Calamès existe depuis longtemps:

«Le dossier d’autorisation d’exploitation est actuellement en instruction en préfecture. D’une part il faut substituer la roche massive à l’alluvionnaire, même les associations écologistes nous encouragent à prendre les cailloux dans les montagnes. D’autre part, nous avons des besoins en haute Ariège que ce soit l’enrochement pour conforter les rivières, les roches à béton pour la construction ou la réalisation de routes.

Ce projet contribue à préserver les emplois, il faut compter 6 à 7 emplois directs et une trentaine en tout en comptant les emplois indirects
»

Revenant sur le tonnage extrait chaque année, Gérard Denjean précise qu’il s’agit au maximum 350 000 tonnes par an: «le marché ariégeois n’est pas extensible, on ne va pas extraire ce dont on n’a pas besoin. Et puis il y a ce projet de liaison voie rapide avec le contournement d’Ax, on aura besoin de matériaux en quantité»

Quand on aborde avec lui le classement du site en Natura 2000, le président du groupe Denjean sort son joker: «Nous sommes complètement dans la légalité, nous avons proposé comme prévu par la loi des compensations»

Pour lui il s’agit de reconstituer le site en l’état après exploitation et de proposer d’autres terrains pour l’agriculture. «Notre dossier est très complet nous attendons le feu vert de la préfecture. Pour l’économie de l’Ariège, le calendrier et le phasage des opérations devra être le plus court possible»

*Un contrat de fortage est un contrat par lequel le propriétaire d’une carrière, concède à un tiers le droit de l’exploiter, en principe moyennant le versement d’une redevance, tout en conservant la propriété du sol et du sous-sol.

Laurence Cabrol | 04/02/2014 - 19:50 | Lu: 35565 fois