Prayols: émouvant hommage aux Guérilleros espagnols

Après les cérémonies de commémoration du débarquement de Normandie, l'hommage rendu aux sacrifices des Guérilleros espagnols dans leur lutte pour la libération de la France avait une dimension particulière ce samedi 7 juin à Prayols.
En effet Francis Laguerre, le premier magistrat de la commune a rappelé que depuis dix ans Prayols est jumelée à Santa Cruz de Moya: «Depuis dix années nous réalisons de concert un travail de mémoire et de réhabilitation de l'histoire ainsi que de transmission des valeurs républicaines.
Nous sommes heureux d'avoir aujourd'hui parmi nous Ramon Diego Caldéron, engagé à 15 ans auprès des maquisards pour lutter conte les oppresseurs. C'est un ancien de la bataille de Prayols. Ayons une pensée pour ceux qui ne sont pas revenus. Que serait devenu la France sans tous ces alliés (représentant une 60aine de nations) et que deviendra la France si elle se replie sur elle-même? C'est notre tour de résister dans un monde plein de doute et de faire vivre l'héritage de ces Guérilléros espagnols»
Puis vint le tour des nombreuses prises de paroles, devant un parterre de personnalités parmi lesquelles Jean-Pierre Bel, président du Sénat, Nathalie Marthien, préfet de l'Ariège, André Montané, vice-président du Conseil Général, Marc Carballido, vice-président du Conseil régional et de nombreuses associations d'anciens combattants.
Parmi les représentants des familles, Jon Molet, petit neveu des frères Conrad et Joseph Miret i Muste, héros de la résistance, a pris la parole évoquant la Retirada: «En février 39 au moment où se termine la guerre en Espagne, des milliers de personnes traversent la frontière, une grande partie de ces exilés finissent dans les camps de concentration du Vernet, St Cyprien, Urs... la majorité sont employés sans être payés et nombreux continuent après trois ans de lutte contre le fascisme en Espagne à lutter contre le Régine de Vichy.
Mon grand oncle Conrad a fondé le premier groupe de la MOI, mettant en difficulté l'armée allemande par des actes de sabotage de grande envergure (...) aujourd'hui c'est grâce aux associations que le souvenir de la mémoire des combattants est entretenu»
Elena Sorriano, fille de Guérilleros tombés le 7 nov 1939 à Santa Cruz de Moya a rappelé le sens que pouvait avoir cette cérémonie après 10 ans de jumelage des deux villages, 70 ans après la libération de la France et le lendemain de l'abdication du roi d'Espagne qui a fait ressurgir tant de souvenirs: «rappelons nous devant ce monument de Prayols des sacrifices de tous ceux qui ont donné leur vie pour la Liberté. Oui, rendons hommage aux Guérilleros qui se sont sacrifiés pour la République, la Démocratie et la Liberté»
Après la lecture du message de Narcis Falguera, président national par Jeanine Garcia, présidente départementale de l'AAGEF-FFI, c'est Henri Farreny, vice-président de cette association qui a pris la parole:
«En érigeant ce monument en 1982 nous avons voulu faire connaître les idéaux républicains et progressistes. Tous ces gens ont voulu perpétuer cette action de connaissance et de reconnaissance, héritage des Guérilleros, pour que cette action continue. Notre association est une composante de l'ANACR, la qualité et la diversité de nos militants en sont le gage de la richesse (...) nous sommes ici réunis pour marquer notre gratitude à ceux qui ont résisté au nazisme depuis l'Espagne jusqu'ici à Prayols et marquer note attachement aux valeurs humanistes»
Des valeurs qui selon Henri Farreny sont menacées au regard des résultats des élections européennes, citant Bertolt Brecht, «le ventre où a surgi la bête immonde est encore fécond, pour preuve le retour d'un nationalisme borné, véritable menace de la paix mondiale, on le voit en Ukraine»
Le vice-président de l'AAGEF-FFI a également indiqué que l'histoire avait oublié ou délibérément occulté de grands résistants morts pour la France qui grâce au travail des associations ont été réhabilités dans la mémoire collective: «Conrad Miret i Mousté mort à 36 ans (une plaque sera inaugurée à la maison de la santé) ou José Barōn Carreño, chef des Guérilleros espagnol, mort aux premiers jours de l'insurrection d'une balle dans le cœur (il avait 26 ans), toujours pas reconnu alors qu'il s'est battu pour libérer l'assemblée nationale à Paris.
Anne Hidalgo, maire de Paris, fait poser aujourd'hui une gerbe au monument de Prayols et nous sommes certains qu'elle réparera cet oubli (...) la 1ère Brigade des Pyrénées Orientales, la 5ème Brigade de l'Aude... la 35ème Brigade du Gers ne sont toujours pas homologuées, c'est une injustice morale que seul un acte politique fort pourrait réparer»
Nathalie Marthien, préfet de l'Ariège s'est fait l'écho dans son discours de la reconnaissance pour ces combattants rappelant cette lutte pour la liberté de l'Europe et l'indispensable devoir de mémoire en direction des jeunes générations qui auront à construire l'avenir.
«La Démocratie, la Liberté sont des biens précieux mais fragiles. Vous nous aidez à lutter contre l'oubli. Ce combat pour la Démocratie, la Liberté, la Justice est une part importante de la résistance à l'oppression, vous avez participé à la libération de l'Ariège... c'est une des plus belles pages de l'histoire de notre pays que vous avez contribué à écrire. Toute notre gratitude pour les souffrances que vous avez endurées. Nos deux pays sont désormais engagés dans l'histoire des démocraties, unis dans la même cause pour construire l'Europe de demain»
Enfin, c'est Jean-Pierre Bel qui a clôturé les prises de parole par un discours très émouvant. Sur le ton de la confidence le président du Sénat a indiqué qu'à l'heure où il va passer à une autre étape de sa vie, il se rappelle que c'est avec les réfugiés espagnols que tout a commencé:
«L'Espagne, ce pays pour lequel j'ai une immense passion, presqu'une fascination (...) Ils sont en permanence en moi ces visages, ces enfants, ces hommes, ces combattants de la liberté qui fuyaient les bombes ,les canons, en passant les Pyrénées (...) Et ils m'ont rejoint les espagnols dès mon plus jeune âge, dans la cité Empalot où j'ai grandi (...) grâce à l'héroïsme de ce peuple, grâce à eux, le jeune garçon de 16, 17, 18 ans que j´étais a pu transcender, donner du sens à sa vie d'homme (...).
Hier j'étais avec le président de la République, avec de nombreux chefs d'Etat pour commémorer le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, à plusieurs d'entre eux j'ai parlé des Guérilleros espagnols parce que nous avons un devoir de mémoire mais celui-ci n'a de sens que s'il est rapporté aux luttes de tous, de tous ceux qui n'ont pas accepté la fatalité du fascisme et du totalitarisme, c'est un devoir aujourd'hui de perpétuer ce combat (...).
Comment terminer moi, fils de résistant qui suis aujourd'hui président du Sénat de la République, comment exprimer ce que je ressens, ce que j'ai envie de crier, de porter haut pour la dernière fois?
En choisissant l'un de ces combattants espagnols, arbitrairement, simplement pour incarner tous les autres. J'ai choisi Célestino Alfonso, fusillé par les allemands à 27 ans avec les 23 autres. Avec Missak Manoukian, arménien, avec 22 autres roumains, hongrois, italiens, polonais et français... 18 ans, 19 ans, 20 ans... le plus âgé avait 44 ans. Ceux de l'Affiche Rouge parce que ces derniers mots j'ai envie de les dire avec Aragon»
La cérémonie s'est poursuivie avec les dépôts de gerbes puis le dévoilement d'une plaque commémorative par Jean-Pierre Bel, Nathalie Marthien, Jeannine Garcia et Ramon Diego Caldéron. Après l'hymne des guérilleros, le chant des partisans et le Hienno de Riego repris en cœur par les anciens combattants, tous se sont retrouvés à la mairie pour le traditionnel verre de l'amitié. Une amitié qui a ici une signification particulière.
| Une cérémonie du souvenir qui a fait déplacer des foules Samedi matin, ils sont venus du Boulou, de Figeras, de la région Midi-Pyrénées... pour honorer la mémoire de ces guérilleros espagnols. Parmi la foule, Jean-Pierre Blondel, originaire de l'Ile de Beauté qui n'aurait pas manqué le rendez-vous pour un empire: «Notre histoire espagnole remonte en 1939, mon grand-père accueillait les réfugiés espagnols en Normandie, puis dans les années 50 ce sont mes parents qui ont repris le flambeau en les accueillant en Corse après l'opération Boléro Paprika... mes parents ont toujours fait preuve de solidarité envers les déportés espagnols. Plus tard à Toulouse nous avons hébergé les réunions clandestines des jeunes communistes espagnols... nous sommes très proches» |
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