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René l’Ariégeois, alchimiste de la gnôle
René Laffont est bouilleur de cru et à près de 80 ans, il est animé par la même passion pour ce métier ancestral.
Avant cela il était compagnon charpentier, puis, c’est en aidant son vieil oncle qu’il apprend à maîtriser parfaitement la technique de la distillation. Après des années de pratique c’est aujourd’hui un véritable alchimiste de la gnôle qui forme désormais des jeune pour pérenniser ce savoir-faire qui depuis une loi de 1959 ne se transmet plus par héritage.
«C’est un travail qu’il faut faire avec amour, précise René, autrefois on se servait de l’eau de vie contre tous les maux, sous forme de pommade, d’élixir… c’était la panacée universelle. C’est grâce à elle qu’on a gagné la guerre de 14-18, pour motiver les troupes qui montaient au feu on distribuait dans les tranchées des bouteilles de gnôle !»
Malgré son âge, René arpente tous les ans la vallée de la Lèze jusqu’à Cassagne près de Mazères du Salat (31) où les producteurs de pommes, poires, raisins et prunes lui apportent leur récoltes de fruits.
«je fais en moyenne 10 litres par clients, nous confie René, autrefois c’était plutôt 20 litres mais les gens buvaient davantage et s’était moins règlementé»
Dans son alambic en cuivre il dose savamment les mélanges pour obtenir au final cette eau de feu tant convoitée que l’on appelle également dans le jargon local l’eau des demoiselles, la gnôle, le tors boyau ou… le fil de fer dont il nous raconte l’histoire.
«Autrefois, les colporteurs de Massat, venaient de ferme en ferme pour faire 2 à 3 litres d’eau de vie, ils recevaient en retour le gîte et le couvert. La maîtresse de maison pour mettre à l’abri cet « or en barre», entourait la bouteille d’un fil de fer qu’elle allait enterrer dans le jardin, et seul le fil de fer dépassait pour lui permettre de repérer l’endroit où était cachée la précieuse bouteille.
Quand le chef de famille disait: «Marie, va donc chercher le fil de fer, c’était de la gnôle dont il s’agissait» Notre bouilleur de cru est intarissable concernant histoires et anecdotes liées à son activité qu’il considère sous bien des aspects comme un art: l’art du feu.
Il nous en explique la technique sans nous en dévoiler les petits secrets: son alambic fonctionne au feu de bois, les produits de «tête et de queue» (de début et de fin de distillation) sont très âpres, de plus ils contiennent une forte quantité de méthanol pouvant être dangereuse pour la santé.
«Autrefois on s’en servait pour frictionner le bétail malade»
Les fruits sont versés dans un chaudron de cuivre hermétiquement fermé, la chaudière alimentée au feu de bois produit de la vapeur d’eau qui cuit les fruits et se charge d’ arômes et d’alcool (l’alcool est volatile à 60° et l’eau à100°).
Ce mélange gazeux passe ensuite par un rectificateur: comme la vapeur d’eau se condense plus vite que la vapeur d’alcool, celle-ci passe alors dans un refroidisseur alimenté en eau froide, à travers un serpentin, et se condense à son tour.
Enfin le précieux liquide s’écoule par un petit robinet, en un mince filet récupéré dans un décalitre. C’est à ce moment que René vérifie le taux d’alcool de l’eau de vie: «Les clients ont droit à 20 litres à 50° sinon ils paient une taxe»
Le travail est précis, le geste est encore sûr et notre homme toujours à l’affût d’un moindre sifflement de la chaudière, actionnant le tisonnier pour raviver la braise, hume les vapeurs, rajoute de l’eau.
Mais au final «c’est toujours un moment de convivialité quand on porte à bouillir, c’est l’occasion d’ouvrir une ou deux boîtes de pâté et une bouteille», ajoute René avec un large sourire, car c’est un homme de communication qui a besoin de parler de son métier, c’est ainsi qu’il fait vivre sa passion!
Il est au Fossat depuis trois semaines mais déjà dès demain il reprendra la route vers d’autres horizons… avant de revenir en début d’année dans son atelier d’Arabaux.
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2006 |
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 24/11/2006 |
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