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30/01/2006 imprimer envoyer � un ami commentaires(0)
Des poires au pays des noisettes

Madame Monique LECLERC de Raissac a fait parvenir à la Mairie de Pereille un blason qu'elle découvrit lors d'un de ses voyages. La Municipalité et surtout Monsieur Jean-Paul SIBRA, Maire, ont fait paraître ce blason dans la Gazette de Pereille.

Ce blason a été découvert sur une fresque murale sur l'Ile de Malte et portait en dessous le nom de PERELA.

Observons d'un peu plus près ce blason...
L'écu d'armes était le nom donné au bouclier des chevaliers. Les pièces honorables d'un écu, sont les figures qui chargent le blason. Elles peuvent diviser celui - ci en plusieurs parties. Ami ou ennemi... ?

Alors que le sifflement des flèches, les cris et le son des épées qui se croisent fait rage... Qui est qui ? Qui se cache derrière cette armure dans le champ de bataille ? Chaque chevalier décorait son bouclier et sa tunique d'emblêmes distinctifs composés de ses armoiries ou de son blason.

Le blason découvert est divisé en quatre parties. Dans deux parties figurent trois petites poires. Le blason est surmonté d'un château crênelé. Autour du blason un long feuillage...

Mais commençons par le début.
Un blason d'une seule partie est le signe distinctif d'une seule famille. (1) A l'intérieur il peut y avoir des couleurs qui sont au nombre de 7 : deux métaux tout d'abord que sont l'or et l'argent. Viennent ensuite l'Azur (bleu), Gueules (rouge), Sable (noir), Sinople (vert), Pourpre (violet).

Lorsque le Seigneur n'a pas de fils, les deux familles pouvaient s'unir pour créer un nouveau blason. Cela s'appelait "l'accolement". D'une seule couleur, l'on passait alors à deux couleurs.

Lorsque la fille de ce même Seigneur sans fils s'allie à une famille, les deux écus des deux familles fusionnent : le blason d'origine est alors coupé en deux dans le sens de la hauteur. Sur chaque partie, on peut alors distinguer une moitié du blason de chaque famille. Il en ressort deux couleurs et quelquefois deux dessins. (2)

Lorsque le père de la fille décède, une moitié du blason vient se positionner au centre. Il y a toujours deux couleurs et les dessins restent inchangés. Le nouveau blason porte au centre le petit blason de la famille défunte. Ce petit blason est entouré par les couleurs de la famille vivante.(3)

Lorsque le nouveau Seigneur et sa femme (fille du défunt) ont un fils. A la mort du père, le fils aura un écu d'armes divisé en quatre : "Ecartelé".
Le nouveau blason est divisé en quatre parties dans le sens de la hauteur et dans le sens de la largeur (4). Chaque partie à l'opposé porte les couleurs d'origine de chaque famille ainsi que les mêmes dessins distinctifs. C'est le cas du blason retrouvé à Malte.

A l'époque des Croisades, les nefs (bateaux de l'époque qui pouvaient contenir près de 500 personnes avec chevaux), étaient dans l'obligation de s'arrêter à Malte. Il fallait "reprendre des forces" avant l'arrivée en Terre Sainte. Les chevaux étaient suspendus par des sangles sous le pont, faute de place à bord. Il fallait nettoyer, laver, boire, manger, se reposer de la gite et du tangage de la mer... Imaginez un peu un bateau de trente à quarante mètres (ce qui pour l'époque était énorme !) avec des hommes, les armes, les armures, les chevaux, les vivres..... Et puis Malte était la base arrière des croisés !

Venons en maintenant aux "poires".

Dès l'époque néolithique le poirier a entamé un long voyage depuis l'Asie Centrale, sa terre natale jusqu'à l'Europe Centrale où il a trouvé une véritable terre d'adoption. Son ancienneté est incontestable. Des botanistes ont également retrouvé sa trace en Europe Méridionale. La culture de la poire aurait commencé en Chine plus de 4000 ans avant J.C. Les Grecs semblent avoir été les premiers a apprécier les qualités gustatives de ce fruit qu'Homère nommait "cadeau des Dieux". Le nom de la poire en Grec est Pyrus ! La "Pyrus Communis" n'est elle pas une variété de poire ?

La poire fut surtout appréciée des Romains qui la consommaient crue ou cuite, ou encore séchée au soleil... On leur doit d'ailleurs les premiers conseils pour la taille et le greffage des poiriers trois siècles avant J.C. Ce sont eux qui développèrent de nombreuses variétés connues aujourd'hui. CATON n'en cite que six, alors que PLINE en mentionne déjà quarante, et cela cinquante ans après la J.C, pour aboutir à soixante variétés à la fin de l'Empire Romain en 476 après J.C... Avec les Croisades, la diffusion des poires se fait alors progressivement dans toute l'Europe...

Mais revenons à nos blasons :
De vieilles familles, comme "La Perelle", avait un blason de Sable, avec trois "coquilles" d'or.
La famille "Péré" avait un blason d'Argent avec un dessin de poirier arraché de sinople fruité d'or.
La famille "Perrelos" ou "Perillos" avait un blason d'Or avec trois poires de Sable.
La famille "Pereira" avait un blason de Gueules avec un poirier arraché de sinople surmonté d'un casque couronné.
La famille "Perello" avait un blason d'Argent, à un dextrochère vêtu de Gueules, mouvant du flanc senestre, la main de carnation tenant une branche de poirier fruité de quatre pièces.

On comprend un peu mieux maintenant le rapport qu'il y a avec le blason divisé en quatre partie, dont deux ont trois poires.

La langue y est aussi pour quelque chose dans cette recherche :
De "Pyrus" du Grec, on est arrivé à "Pirum" qui donna d'abord "Pira" puis "Péra" en Latin populaire , puis à "Péré" en Italien.

Les Romains nous ont laissé un héritage qui s'est enrichi avec les différents peuples qui sont venus envahir la Gaule, puis avec les Francs. Il en est résulté la Langue Occitane pour ce qui nous concerne. Nous pouvons en effet parler de Langue Occitane ! Loin d'être une langue morte ou un vulgaire dialecte l'Occitan est classé parmi les langues Romanes. Il est le résultat de l'évolution du Latin parlé après la chute de l'Empire Romain, comme le Français, l'Espagnol, l'Italien, le Portugais, le Catalan, le Sarde... Cette évolution a été influencée par les langues parlées avant l'arrivée des Romains : le Gaulois (langue Celtique) dans le Nord de l'Occitanie, l'Aquitain (langue des ancêtres Basques) dans le Sud - Ouest et le Ligure du Sud Est. Cela signifie que l'Occitan est une langue intermédiaire entre les langues romanes du Sud (comme l'Italien ou le Castillan), et le Français qui a subi de profondes transformations après les invasions germaniques du IV ème au VI ème siècle. L'Occitan est une des langues les plus anciennes et les prestigieuses d'Europe. Cela est "évident" lorsque l'on sait que les nefs des Croisés en retour de Terre Sainte, venaient accoster aux Saintes Marie de la Mer, mais aussi à Narbonne et Sète. Le retour à pied ou à cheval des Croisés se faisait alors obligatoirement en "Occitanie" !

- Le français a changé de nombreux A latins en [e], alors que l'occitan a gardé le son [a] latin. Comparez : latin NASUM - occitan NAS - français NEZ.
- Le français a changé de nombreux O latin en [eu], alors que l'occitan les a conservés. Comparez : latin VALORIS - occitan VALOR - français VALEUR.
- Le français a changé de nombreux E latin en [wa], alors que l'occitan les a conservés. Comparez : latin PERA - occitan PERA - français POIRE.
- Le français a transformé les diphtongues du latin parlé AU en [o], EI en [wa], alors que l'occitan les a conservées. Comparez : latin AURICULA - occitan AURELHA - français OREILLE.
- Le français a éliminé beaucoup de voyelles latines sans accent tonique, alors que l'occitan les a conservées. Comparez : latin CABALLU - occitan CAVAL - français CHEVAL, latin LUNA - occitan LUNA - français LUNE (le E n'est pas prononcé : lun').
- Le français a éliminé un grand nombre de consonnes du latin, que l'occitan a conservées. Comparez : latin MATURUS - occitan MADUR - français MÛR, latin SICURUS - occitan SEGUR - français SÛR, etc ...
Nous retrouvons la similitude de "Péra" et de "Poirier" ! Pereihle ou Pereille, qui veut dire "petite poire" est donc en parfaite relation avec les petites poires du blason trouvé à Malte !

Nous pouvons rajouter à cette petite étude, que le Château de Pereihle joua un rôle important dans l'épopée albigeoise. Il existait en effet antérieurement à l'année 1168. C'est à cette date que mourut le Vicomte Trencavel de Béziers dont la fille, Cécile, avait épousé le Compte de Foix Roger-Bernard. A cette mort, le Compte de Toulouse, suzerain du Compte de Foix, donna à Cécile une partie des domaines de son père, et entre autres le château de Péreihle. La désignation du château dans cette donation indique par lui seul qu'il avait une certaine importance.

Raymond de Péreihle qui naquit vers 1170, vraisemblablement dans ce château, fut l'un des défenseurs héroïques de Montségur. Sa fille, Esclarmonde de Péreihle, embrassa le Catharisme et périt dans le bûcher de Montségur. Du château de Péreihle qui se dressait sur un rocher près du village de Péreille d'en Bas, il ne subsiste que quelques pans de murs noyés dans les bosquets et la broussaille.

Cependant, le chateau avait été évalué avant Louis XIII à "trente mille livres tournois et parfaitement défendable". Il s'agissait donc d'un gros château abritant une garnison importante. Seule une famille riche et puissante pouvait entretenir pareille bâtisse et autant d'hommes d'armes ! La famille Perella, ou Pereihle ou Pereille était donc très puissante. D'où la relation avec le château et les créneaux qui surmonte le blason.

Enfin, un dernier mot au sujet du feuillage qui entoure le blason. Il était courant au Moyen Age d'orner son blason de feuillage de senople, arbre ou plante magique, mystérieuse, fabuleuse, indiquant richesse, grandeur, noblesse. On a vu plus haut que bien des blasons de cette époque portaient "racines", ou "arbres", ou feuillages" de senople : sans doute un arbre d'or ! Les poires ne sont elles pas un "fruit divin", et "jaunes" comme l'or?

En outre, on sait que le poirier a une grande résistance au froid ( moins 20 degrés !). Cet arbre préfère les sols argilo - siliceux, profonds et frais. C'est donc tout à fait le cas pour la Commune de Pereille.

Alors ? Tout cela correspond!
D'après l'histoire le vicomte de Trencavel n'avait pas de fils, (d'après ce que l'on sait), mais une fille : d'où le blason "écartelé" qui tient toute sa place.
Le nom de Pereille se retrouve très facilement avec l'histoire et l'étymologie (Grec, puis Romain, et enfin Occitan) et une parfaite relation avec le dessin des petites poires.
Ce blason est - il celui de la famille de Raymond de Pereihle?
Si ce n'est pas le sien, il devait y ressembler très très fortement !

Pour clore cette rapide étude, voici deux proverbes issus du Moyen Age et dont la relation avec le Seigneur de Péreihle est encore plus "troublante":

"Qui avec son seigneur mange poires, ne choisit pas les meilleures", ( un seigneur important ne mange qu'avec ses semblables ), ou encore "A beau poirier, beaux fruits" (une grande et digne lignée ne peut porter qu'une belle descendance)
actualites Ariege   auteur: R.Bonnefoy  |  publié le: 30/01/2006
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