Séance plénière du conseil général: la motion de la discorde
Lors de la séance du 14 avril du conseil général de l’Ariège, l’ordre du jour a conduit les conseillers généraux à poursuivre l’installation de l’assemblée départementale (désignation des représentants aux diverses commissions), et à voter les taux d’imposition avant d'aborder des questions diverses.
Une réunion sans véritable passion dans les débats, si ce n’est dans le discours introductif du Président Bonrepaux qui a dénoncé la politique de l’Etat. Tous les points de l’ordre du jour ont été adoptés à l’unanimité.
En fin de séance Henri Nayrou (conseiller général PS du canton de Saint-Girons), président du groupe socialiste, a pris la parole et proposé le vote d’une motion dénonçant «les promesses non tenues du candidat Sarkozy devenu président…
De l’échec du paquet fiscal TEPA, aux franchises inacceptables, en passant par la remise en cause de la carte SNCF Familles nombreuse, aux réformes dures et sans concertation des cartes judiciaire, scolaire, policière et hospitalière qui vont rayer de la carte de France de nombreux territoires déjà trop défavorisés»
Henri Nayrou a condamné « les suppressions des dizaines de milliers de fonctionnaires présentées comme une marque de gouvernance, la décision de supprimer 11.200 postes d’enseignants en 2008, le système de santé à deux vitesses, la restriction inadmissible des crédits à l’emploi et au logement», demandant enfin au gouvernement «d’entendre la voix du peuple de France, de renoncer à son choix d’organiser la grande casse des services publics»
Levée de boucliers de l’opposition à l’encontre de cette motion, qui jusqu’à présent avait sagement voté d’un même élan.
D’abord Pierre Auriac-Meilleur (conseiller général UMP du canton de Massat), conseillant à Henri Nayrou «la lecture du rapport «Administration 2000» auquel a participé Pierre Moscovici, qui, je crois, brigue actuellement la présidence de votre parti. Ce n’est pas une fatalité si la majorité des mesures évoquées dans ce texte sont mises en place par le gouvernement actuel»
Louis Marette (conseiller général UMP du canton de Saverdun): «vous essayez de faire porter la responsabilité de tous les maux au Président Sarkozy mais c’est au niveau mondial qu’il faut s’interroger…
Quant aux franchises médicales, prenons le problème à l’envers, celui du déficit de la Sécurité Sociale que les gouvernements socialistes successifs n’ont cessé de creuser, il faut avoir le courage de prendre des mesures d’urgences.
M. Nayrou vous avez déposé votre motion trop tôt, il y a eu depuis démenti concernant la carte famille-nombreuse de la SNCF… à part ça vous vous plaignez des économies que veut faire le gouvernement au niveau des emplois publics (je vous rappelle que l’on détient le record absolu des fonctionnaires), on pourrait commencer à réduire ceux du conseil général.
Le gouvernement dans sa grande sagesse a décidé de réduire les dépenses publiques, notre credo, ce sont les économies pour une retrouver une économie compétitive et confirmer les créations d’emploi. C’est pourquoi je ne voterai pas cette motion»
«Je suis déçu par Louis Marette, ajoute René Massat (conseiller général PS du canton du Fossat), il a tout mélangé…
Si on reprend chronologiquement, le quinquennat a commencé par une mesure qui a surpris tout le monde, un cadeau de 14 milliards aux plus nantis… le déficit public ne devait pas être aussi important pour faire un tel cadeau!
Ont suivi des mesures contre les plus démunis (le plan santé, l’emploi à travers la suppression des fonctionnaires) alors que notre croissance est nulle et notre commerce extérieur en berne. Des commissions qui se réunissent, il y en a tous les jours, à droite comme à gauche…
On va même chercher d’anciens conseillers de gauche (NDLR : Jacques Attali) pour annoncer des mesures que l’on retire du jour au lendemain … La situation de la France est au plus mal, mais peut-être que la suppression des départements permettrait de faire des économies ?!»
Henri Nayrou de rebondir: «il faut avoir le courage de s’attaquer aux emplois publics sans fonctionnaires, comment allez-vous faire marcher les services publics… j’ai entendu dire que les mesures mirifiques sur les heures supplémentaires ne sont pas aussi fabuleuses que cela, d’après la commission des finances il manque 300.000€…
Quel courage et quelle constance pour soutenir un tel attelage! Quant à la carte famille nombreuse mise en place depuis 1921, elle concerne 2,2 millions de foyers et l’Etat reverse 70 millions d’euros à la SNCF pour son fonctionnement…
Un principe remis en cause pour gagner quelques millions… après avoir joué la cigale à l’été, le gouvernement cherche partout de l’argent et joue désormais la fourmi… cette motion est pleinement justifiée»
Enfin Alain Barri (conseiller général UMP du canton de Sainte-Croix Volvestre) a pris la parole: «Didier Migaud, président de la commission des finances est de votre parti, c’est une volonté d’ouverture du président Sarkozy.
Concernant les élections du mois de mars dernier, notre parti n’a pas été lourdement désavoué comme vous l’indiquez, plusieurs milliers d’électeurs ne se sont pas déplacés, il n’y a pas eu adhésion massive pour la gauche mais un nombre important d’abstentionnistes.
Quant aux franchises médicales, c’est un dispositif décidé par le gouvernement qui portera ses fruits au niveau comptable… mais vous ne parlez pas des remises à niveau gratuites pour les élèves de CM2 en difficulté ou de la LRU qui permet de donner un coup de pouce aux universités… je ne voterai pas cette motion»
Un texte qui aura permis de ponctuer le débat dans l’hémicycle par une passe d’arme entre majorité et opposition… preuve qu’il existe bien une opposition au Conseil Général de l'Ariège.
Téléchargez la motion votée par le Conseil Général de l'Ariège (scéance du 14 avril 2008)
Photo: ©AriegeNews 2008 |