Saint Girons: la Papeterie de Lédar «Meylan 60» à nouveau sur la sellette
Personne n’a oublié la crise de 2004 qui avait vu la société «Matussière et Forest» déposer le bilan une première fois et être «sauvée» par le fonds de pension US Matlin Patterson.
Cette opération avait tout de même coûté au groupe la fermeture de trois usines et le licenciement de plus de neuf cents ouvriers, soit la moitié environ de l’effectif total. En outre, le repreneur avait profité de l’occasion pour séparer les usines hydro-électriques, au nombre de deux sur le groupe, des papeteries proprement dites.
L’usine de Lédar a été la première victime de cette opération. Rappelons que les syndicats sont toujours en procès sur ce sujet. A l’origine, ces centrales étaient liées à l’entreprise et, pour les salariés, il n’est toujours pas possible de les séparer juridiquement du reste du site.
Depuis trois ans, les relations restent incontestablement tendues entre un fonds de pension dont l’unique but, parfaitement avoué, voire revendiqué, est de produire des intérêts de l’ordre de 12 à 16% par an et des salariés français prêts, certes, à bien des choses, mais sûrement pas à sacrifier leur outil de travail et leurs emplois sur l’autel du pouvoir d’achat de retraités étasuniens.
Aujourd’hui, on parle de baisse de la demande, de hausse des matières premières, de la baisse du dollar et de la hausse de l’€uro, de problème de transports, sans oser évoquer le prix de la main d’œuvre et la possible, sinon probable, délocalisation des usines vers des cieux supposés plus cléments …
Toujours est-il que mercredi 30 Avril, à 16H30, le groupe tout entier s'est déclaré en cessation de paiement et a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Grenoble, au siège du groupe Matussière et Forest.
Cela signifie que l’ensemble des créances reste figé et que les usines pourront continuer à tourner pendant une période d'observation de six mois. Cette période de surveillance prendra fin le 28 octobre.
A l’issue de ce semestre, ou avant si une opportunité se présente, ou que la situation se dégrade, le tribunal prendra une décision définitive. Ou la poursuite de l’activité s’il s’avère que l’exploitation peut être viable, ou la vente, comme cela a été le cas en 2005, ou la liquidation judiciaire.
Une audience de suivi a également été fixée au 2 juillet, afin de ne pas laisser l’affaire se déliter, hors de tout contrôle.
La procédure concerne les quatre usines du groupe, soit, Turckheim dans le Haut-Rhin, Ledar en Ariège, Voreppe et Lancey en Isère. Et c’est bien là que le bât blesse!
Certes, il est établi que le groupe perd globalement de l'argent. Ces pertes seraient de l’ordre, selon nos sources, de 30 millions d'€uros en 2007 pour un chiffre d'affaires de près de 250 millions d’€uros.
«Mais, tonne ce délégué au Conseil d’Etablissement de l’usine couserannaise, ces pertes ne sont pas uniformes! Ainsi, si les deux usines de Voreppe et Lancey, en Isère, perdent à elles deux, près de trois millions d’€uros par mois, il n’en est pas de même pour les sites de Turckheim Rhin et Lédar qui restent malgré tout bénéficiaires»
Ainsi, l’usine de Lédar, malgré l’abandon de son usine hydroélectrique, a pu présenter un résultat positif de 1,5 millions d’€uros en 2007, et les salariés admettent difficilement de sombrer dans une tourmente qui n’est pas la leur.
Ils sont aujourd’hui partagés entre la colère et le découragement. «Colère de voir ce qu’ils dénoncent depuis quelques années, à savoir le démantèlement du site, dans le perspective d’une liquidation de l’usine, se réaliser»
Découragement aussi parce qu’ils savent bien qu’on ne peux pas lutter à 100, puisque c’est l’effectif actuel de Lédar, «même appuyés par une population motivée, contre la logique d’un capitalisme libéral mondialisé qui veut que le profit à court terme prime sur tout le reste»
Pour mesurer la complexité des procédures et de l’imbrication, difficilement compréhensible, des sociétés entre elles, on peut observer ce qui peut apparaître comme une «curiosité»
A la date du 4 mai, le Tribunal de Commerce de Grenoble indique que l’entreprise «MEYLAN 60 - 451 259 873 RCS GRENOBLE» a été déclarée en Redressement Judiciaire en date le 30/04/2008, par suite de cessation des paiements du 29/04/2008.
Le même jour, le Tribunal de Commerce de Foix, sur la même entreprise, affirme qu’à sa connaissance, aucune procédure n’est en cours avec cette précision toutefois «sous réserve de toute procédure ayant pu être ouverte par une autre juridiction que le Tribunal de Commerce de FOIX et qui n'aurait pas été portée à notre connaissance, ou de toute procédure collective ayant pu exister et ayant donné lieu à un jugement de clôture»
Du côté des syndicats, et de la CGT en particulier qui est majoritaire dans l’usine, on espère une mobilisation de la population, mais on a vu, lors de la dernière manifestation en mai 2007 (voir notre article du 20 mai 2007), que cette mobilisation a tendance à s’émousser.
Côté politique (voir notre article du 20 juin 2007), c’est, pour le moment, le calme plat, les élus locaux s’interrogeant sur la meilleure façon de riposter à cette situation nouvelle.
En tout état de cause, on peut s’attendre à une réaction de François Murillo, maire de Saint Girons qui réunit ce lundi 15 mai, à 18H30 les élus de la communauté de communes de l’agglomération de saint Girons qu’il préside.
L’ordre du jour porte sur le taux des quatre taxes, mais il sera plus que vraisemblablement interpellé sur cette mise en redressement judiciaire qui, si elle se transformait en liquidation judiciaire dans les six mois, serait catastrophique pour le Pays Couserans.
On estime aujourd’hui les retombées de la fermeture de l’usine de Lédar, si elle devait se produire, à la perte de plus de 250 emplois induits, en plus des 100 licenciements directs.
Par contre, et contrairement à ce qui a pu être dit par ailleurs, la situation est loin d’être aussi alarmante du coté de la Papeterie de la Moulasse. Certes, l’environnement est toujours difficile et une quarantaine de Contrats à Durée Déterminée risquent de ne pas être renouvelés, mais l’usine compte à ce jour près de 350 salariés, chiffre particulièrement important et rarement atteint par le passé.
Il n’y a pas lieu, aujourd’hui, de s’affoler inutilement et les couserannais préféreront sans hésiter se concentrer sur les difficultés de Lédar.
Communiqué du groupe: «Matussière et Forest, groupe papetier spécialisé dans la fabrication de papier journal et papier couché à partir de fibres recyclées, a pris la décision de procéder au dépôt des déclarations de cessation de paiement pour les principales sociétés du groupe auprès du tribunal de commerce de Grenoble. Malgré les tentatives menées pour spécialiser le groupe sur des marchés de niches et rationaliser sa gestion, Matussière et Forest n’a pu parvenir à compenser les effets négatifs et croisés de la chute des prix de vente, suscitée par la réduction de la demande, notamment aux USA, combinée à un effet euro-dollar négatif, ainsi qu’à la hausse du coût des matières premières. En conséquence, le groupe n’a pas pu redresser son exploitation. La procédure engagée aujourd’hui vise à trouver les solutions économiques permettant aux quatre sites industriels du groupe de pérenniser leurs activités industrielles»
Crédit photo: Gilles Cohen (image d'illustration) |