Les élus de la montagne en réunion à Saint Girons
 C’est en sa qualité de secrétaire général de l’ANEM – Association Nationale des Elus de la Montagne – qu’Henri Nayrou, conseiller général de Saint Girons et député de l’Ariège a invité vendredi 23 mai, les maires «montagnards» du département.
Sachant que sur les 332 communes d’Ariège, 228 sont classées en zone de montagne, et que 199 d’entre elles adhèrent à l’ANEM, on peut penser que c’est la totalité des adhérents, plus quelques autres, qui sont présents dans la salle du conseil municipal de Saint Girons.
François Murillo, qui ouvre la séance précise d’ailleurs immédiatement que la capitale du Couserans, qui boudait cette institution, va signer le bulletin d’adhésion dans les jours qui viennent.
Il profite de l’occasion pour se dire content et rassuré, «deux jours après une manifestation qui a réuni près de 2.500 personnes clamant leurs inquiétudes pour demain, et sachant les problèmes qui se posent au Couserans», de se sentir ainsi soutenu par tant d’élus rassemblés.
Henri Nayrou fait un rapide historique de l’ANEM, de sa création en 1984, au mois d’octobre 2008, date à laquelle il passera de secrétaire général à Président, sans oublier Augustin Bonrepaux, membre fondateur et, fait unique dans l’histoire de l’association, deux fois Président.
«L’Ariège, indique l’orateur avec un brin de fierté, est le deuxième département le mieux représenté au sein de l’ANEM, avec 87% d’adhérents, juste derrière les Pyrénées Orientales qui culminent à 91%. Mais, avec les nouvelles adhésions, dont Saint Girons, nous ne désespérons pas de passer premier !»
«L ‘ANEM, plaide son futur Président, est tout sauf un lobby de défense d’intérêts particuliers. Nous sommes une association, avec des adhérents qui font entendre leur voix pour une autre conception de la montagne. Notre volonté est de prendre l’offensive. Enfin il est clair que nous nous battons contre une politique à dominante urbaine, alors que le territoire d’avenir, c’est la montagne»
Une fois ces principes posés, Henri Nayrou constate que sur 332 maires ariégeois, 115 sont des nouveaux élus.
Cet important «turn over» justifie à lui seul ces réunions départementales destinées à présenter l’ANEM, le travail accompli, et les chantiers en cours.
L’ANEM en quelques chiffres.
Créée en 1984, l’Association Nationale des Elus de la Montagne rassemble l’ensemble des collectivités territoriale: de la commune à la région, en passant par les communautés de communes et le département.
C’est ainsi que ses six mille membres sont issus de quatre mille communes situés dans quarante deux départements répartis en douze régions, couvrant au total 25% du territoire.
L’association appuie sa légitimité et son action sur l’article premier de la loi Montagne, promulguée le 9 janvier 1985, et actualisée en 2005 qui stipule: «La République française reconnaît la montagne comme un ensemble de territoires dont le développement équitable et durable constitue un objectif d’intérêt national»
Afin de respecter le pluralisme politique et géographiques, les présidents, qui ont auparavant exercé les fonctions de secrétaire général sont issus alternativement des principales formations politiques et d’un des six massifs recensés: Alpes, Corse, Jura, Massif Central, Pyrénées et Vosges.
Parmi les actions marquantes de l’ANEM, il convient de noter un rapport rendu public en 2007 sur le thème «Au-delà du changement climatique, Les défis de l’avenir de la montagne»
Très bien documenté, ce rapport fait un constat de la situation du réchauffement climatique «la température a augmenté de 1,5°C dans les Alpes en un siècle», évalue les conséquences prévisibles «Augmentation globale des précipitations hivernales, mais la neige ne serait plus assurée qu’au-delà de 2.500 mètres», et fait 21 propositions dont une DGF - Dotation Globale de Fonctionnement - spécifique aux territoires à haute valeur environnementale, le soutien aux missions environnementales de l’agriculture, le soutien au pastoralisme et à la filière bois en montagne, une nouvelle organisation du tourisme, la préservation des ressources en eau ou encore la création d’un fonds neige.
Ce rapport a été transmis au gouvernement à la veille du Grenelle de l’Environnement avec l’espoir que ses conclusions seront prises en compte dans le rapport final. | Pour ceux qui se demandent encore à quoi sert l’ANEM, Henri Nayrou répond en sept points qui définissent son association: • Le nombre de ses adhérents: l’ANEM regroupe plus de 60% des communes classées «de montagne» • L’esprit «Montagne»: «Nous représentons une forme de sagesse incontournable» • Le sérieux du travail et la communication: «Vingt quatre ans d’existence suffisent à prouver l’efficacité de notre action»
• La personnalité des cadres de l’association : «l’ANEM compte à des postes-clés nombre d’élus qui, à l’image d’Augustin Bonrepaux, ont occupé des postes aussi importants que président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale»
• Le fonctionnement: créée en 1984, dans la foulée de la loi «Montagne», l’ANEM a défini un fonctionnement particulier à base d’alternance politique et géographique. Ainsi le Président actuel est un maire UMP de Savoie à qui va succéder Henri Nayrou, élu PS des Pyrénées. En outre, tous les anciens présidents sont membres à vie du comité directeur !
• Le siège: Inauguré il y a quelques jours à quelques encablures du Palais Bourbon, et d’un coût de 2,2 millions d’euros, il témoigne du travail et de la crédibilité de l’association. «De plus, précise le futur président, il est fait pour des montagnards comme nous: situé au 3ème étage, sans ascenseur !»
• Enfin, s’il fallait une dernière preuve du poids de l’ANEM au niveau national, il suffirait de compter le nombre de ministres en exercice qui se pressent à ses Assemblées Générales…
Avant de faire le tour des sujets qui sont au cœur des préoccupations des élus de la montagne, Henri Nayrou commente l’actualité saint-gironnaise.
Soutenant sans restriction François Murillo sur la délicate question des papeteries de Lédar, il affirme « déjà, en 2007, nous avions alerté le ministre Estrosi sur la vente des centrales, puis François Fillon. L’Etat devra maintenant assumer ses responsabilités, que ce soit en Couserans comme en Pays d’Olmes!
Il faut revoir le zonage du département de telle sorte que chacun puisse profiter d’un certain nombre d’exonérations fiscales et sociales. Que les 120 salariés de Lédar se rassurent, nous sommes tous à leurs côtés !» garantit le député.
Puis, il décline les sujets «nationaux» qui préoccupent l’ANEM:
• Suivi du Grenelle de l’Environnement, avec une attention particulière sur les OGM et le maintien des Services Publics en montagne ;
• Agriculture, avec les questions toujours d’actualité de la Prime à l’Herbe et de l’installation de jeunes agriculteurs. S’ajoute, en Ariège, la question de la pérennité du Lycée Agricole de Pamiers…
• L’Europe: «Profitons de présidence imminente du Conseil de l’Europe par la France pour pousser plus loin les feux de la montagne !» clame le secrétaire général de l’ANEM qui poursuit: «la dictature de la rentabilité n’apporte rien de bon à la montagne !»
• La Loi de Modernisation de l’Economie: l’association a présenté cinq amendements au nom des intérêts de la montagne.
Une fois cet exposé terminé, la parole est donnée à la salle pour des questions plus techniques, telles la problématique de la distribution de la prime à l’herbe, ou la répartition des subventions, européennes comme nationales, qui oublient régulièrement l’agriculture de montagne.
Mais, c’est une fois de plus sur le problème des «prédateurs», comme le premier orateur nomme pudiquement l’ours slovène, que se cristallise rapidement la discussion.
Plusieurs orateurs font ainsi assaut de rhétorique sur ce prédateur dont la réintégration pose toujours problème.
La palme revenant, à Robert Zonch, maire de Castillon en Couserans, Président de la communauté de communes du Castillonais, conseiller général de Castillon, et adversaire de l’Ours de la première heure, qui estime que la politique actuelle qui consiste en un véritable «déménagement du territoire au travers de la quasi suppression des services publics en zone de montagne, n’a qu’un but: La réintroduction des Ours et la mise en place de Natura 2000 !»
Henri Nayrou est très clair sur ce sujet: «la position de l’ANEM est sans ambiguïté: nous sommes défavorables à la réintroduction de prédateurs en provenance d’un pays, fut-il ami, tel la Slovénie et ses ours»
Hervé Benoit, en charge de l’agriculture et de la réglementation au sein de l’ANEM enfonce le clou: «notre action n’est pas tapageuse mais progresse: il n’y aura plus de réintroductions, le programme est figé! On est tous d’accord là-dessus: les réintroductions en attente ne seront pas faites !»
Pour confirmer cette affirmation, Henri Nayrou cite Nicolas Sarkozy qui a déclaré, devant un parterre d’élus UMP dignes de foi: «je pense que les ours sont bien là où ils vivent, en Slovénie. Pourquoi leur imposer de venir vivre en France ?» avant d’ajouter: «si je fais un tour dans les Pyrénées, ce n’est pas pour faire face à un ours !»
Henri Nayrou en conclut très logiquement qu’ «après cela, on ne peux pas nous rabattre les oreilles avec un plan de réintroduction des ours»
Sur ce même sujet, une élue prône «la suppression des subventions aux associations qui défendent la réintroduction de l’ours» et explique: « Disparition des subventions = disparition des associations = disparition du problème !»
Concernant le poids du futur PNR, Frédérique Massat, députée de l’Ariège, qui présida le premier syndicat de préfiguration doit reconnaître que «rien n’a jamais empêché la réintroduction des ours, qu’il y ait un PNR ou pas»
Sur le thème plus général du PNR des Pyrénées Ariégeoises, Marc Carballido, vice président du Conseil Régional chargé des questions d’environnement, précise: «le PNR est une affaire entre les collectivités locales, les territoires et la région qui finance à 50%.
L’Etat, est pratiquement exclu. Le contrôle de ce qui sera fait dans le PNR est l’affaire de ceux qui vont le constituer, c’est à dire vous, les élus locaux !»
Photos: ©AriegeNews 2008 |