Les nourrices ariégeoises au XIXe siècle
Il fût un temps, sous le second empire, où les familles bourgeoises à Toulouse ou à Paris, s’arrachaient les nounous venues de Bretagne ou mieux encore de l’Ariège, en particulier des vallées de Bethmale ou du Vicdessos.
Ces montagnardes aux seins généreux avaient la réputation de produire un lait de grande qualité.
Le ministre d’Etat Billault originaire de Saint-Girons, fervent propagandiste des valeurs de son Couserans natal, ne fut pas étranger à cette mode «exotique», si bien qu’il n’était pas rare de rencontrer dans les allées du Jardin des Tuileries ou du Jardin des Plantes de Toulouse, ces nourrices en habit traditionnel.
Le corps médical dans les années 1900 s’est penché avec le plus grand sérieux sur la question des devoirs et obligations de ces nounous qui devaient répondre à des critères de propreté et de moralité irréprochables.
Leur nourriture était également contrôlée: «…souvent la femme de campagne n’étant pas habituée au régime qu’elle trouve dans la famille, son appétit se trouve excité, elle mange trop et son lait subit des modifications.
Une nourrice ne doit ni engraisser, ni maigrir, on devra la faire travailler car la femme de campagne a besoin d’exercice. Ne pas la gâter par des distractions ou des cadeaux» (Eugène Trutat, «Les nourrices» dans L’Avenir de l’Ariège, 20 novembre 1902).
En fait, comme souvent dans l’Ariège du XIXe siècle, beaucoup de filles mères, poussées par la misère se sont employées à cette tâche et lorsque leur fonction nourricière s’épuisait, elles continuaient leur service comme simples domestiques.
Un tableau de 1899 du peintre Denis Hubert Etcheverry conservé au Musée des Augustins de Toulouse illustre parfaitement ce sujet.
La scène a lieu dans les Jardins des Tuileries, deux nourrices, une bretonne vêtue sobrement porte dans ses bras un enfant et une ariégeoise en costume traditionnel de la vallée de Bethmale s’apprête à donner le sein à un nourrisson.
L’artiste a particulièrement soigné la représentation de son costume (coiffe en drap de laine brodée, robe en laine rouge doublée de lin et protégée par un tablier)… Mais qu’en est-il pour les pieds car traditionnellement les bethmalais portent des sabots en bois caractéristiques.
La longueur extraordinaire de leur pointe liée à une ancienne légende*, en fait une curiosité à part entière. Dissimulés sous d’épais jupons, le peintre nous laisse imaginer ce détail d’importance…
*les pointes recourbées de ces «esclops» auraient été sculptées au temps des invasions sarrasines par un amant jaloux qui y planta les cœurs de sa fiancée et du prince maure qui l’aurait séduite. Les sabots de Bethmale reconnaissables à leurs bouts effilés sont devenus des objets folkloriques.
Crédit photo: STC Mairie de Toulouse
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