La Fin de vie: «le projet de loi Léonetti-Claeys ne nous satisfait pas»

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Monique Morisse est depuis plus de deux ans déléguée de l’association pour le droit de mourir en Ariège (ADMD09) qui compte localement 170 adhérents et près de 63 000 au niveau national.

À la veille de la 8ème journée Mondiale du Droit de Mourir dans la Dignité, alors que la proposition de loi sur la fin de vie vient d’être adoptée par le Sénat (avant de repasser à l’Assemblée Nationale qui aura le dernier mot), le débat revient sur le devant de la scène et l’association ariégeoise se mobilise pour faire entendre la voix de tous ceux qui jugent la loi Léonetti-Claeys insuffisante et inadaptée.

«Les parlementaires sont frileux, analyse Monique Morisse se référent au récent sondage selon lequel 96% des Français se positionnent en faveur de l’euthanasie.

Cette loi ne nous satisfait pas, elle prévoit notamment la mise en place d’une sédation «profonde et continue» pour les malades en phase terminale et l’instauration de directives anticipées contraignantes, il n’y a pas de changement majeur.
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Avoir le droit de mourir dans la dignité
Selon la déléguée de l’ADMD09 «la sédation profonde (le patient n’est plus nourri ni hydraté) provoque des douleurs même si la personne n’est plus consciente, le corps réagit. Et quand une personne a exprimé son désir d’en finir à travers les directives anticipées, il doit être pris en compte.

Nous demandons des garanties calquées sur la loi belge qui fonctionne depuis plus d’une dizaine d’années garantissant une fin de vie digne et apaisée


Une loi plus humaine à ses yeux, dans laquelle le patient a le temps de réfléchir avec sa famille, son médecin. «Il y a là-bas une série de garde-fous (enquête, déclaration à la justice, questionnaire, produits utilisés, quantité…) et au final c’est le patient qui décide. Avec une injection létale, on meurt dans son sommeil.»

Monique Morisse souligne que depuis que l’euthanasie est légale en Belgique, le nombre des actes n’a pas explosé, tout au plus on enregistre une augmentation de 2 ou 3%. Il faut dire que là-bas les soins palliatifs sont très performants (en France seuls 20% de patients en bénéficient).

Actuellement deux associations suisses permettent aux ressortissants français d’accéder à cette aide à mourir: «c’est profondément inégalitaire, car il faut compter entre 8 à 10 000€…

La demande des étrangers est très forte, en particulier des Français, mais ce n’est pas une solution… Ici nous sommes très en retard sur les soins palliatifs. La loi Léonetti-Claeys dit qu’il faut augmenter les lits et former des soignants, mais il n’y a ni la volonté ni l’argent.

Nous demandons l’ouverture d’un nouveau droit, celui de choisir sa fin de vie, il est indispensable de considérer le patient comme un être humain jusqu’à la fin sans risque d’acharnement thérapeutique.
»
Une prise de conscience chez les jeunes
Le cas Vincent Lambert, maintenu sept ans après son accident de la route en état végétatif irréversible a permis une prise de conscience collective et de nombreux jeunes ont adhéré à l’association pour le droit de mourir dans la dignité.

«La liberté de disposer de son corps c’est jusqu’au bout, jusqu’à sa mort», poursuit cette ancienne militante pour la légalisation de l’avortement.

Elle comprend que chacun puisse agir en fonction de ses convictions, d’où la nécessité d’exprimer sa dernière volonté dans une déclaration de volonté anticipée (DVA): «La mort est souvent considérée comme un tabou, mais le fait de prendre ses dispositions en amont peut soulager l’entourage. Il suffit de faire appel à une personne de confiance… et puis une vie réussie c’est aussi une mort réussie.»

À l’occasion de la 8ème Journée Mondiale du Droit de Mourir dans la Dignité, la délégation de l’Ariège de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) organise le 2 novembre 2015 à 20h30 au cinéma le Rex de Foix la projection publique du film de Sharon Maymon et Tal Granit intitulé «Fin de partie».

Ce film traite d’un sujet sérieux, la fin de vie, d’une manière drôle. Il sera suivi d’un débat sur l’euthanasie, le suicide assisté et l’état de la législation française concernant la fin de vie.

Le tarif unique pour cette séance est fixé à 5€.

Pour en savoir plus sur l’ADMD09: 05 61 65 65 98.

Laurence Cabrol | 30/10/2015 - 19:19 | Lu: 1990 fois