Famille, émigrés, fin de vie, homosexualité, intégrisme... Jean-Marc Eychenne, évêque de l'Ariège face à l'actualité

C’est un jeune évêque en phase avec son temps… sur son bureau trône un magnifique ordinateur et il ne se déplace jamais sans sa tablette.
Mais c’est aussi un homme d’écoute qui depuis son ordination au mois de décembre 2014 prend le temps de rencontrer ses ouailles, avant de définir collégialement les grandes orientations de son ministère: «il ya 1000 choses à faire… comme disent les commentateurs autour de la démarche du pape François, on prend acte de la réalité du monde.
Ce n’est pas une orientation qui tombe du ciel, elle tient compte de la réalité des gens, des enjeux sociétaux, éthiques… c’est un peu ça essayer d’incarner l’évangile qui est notre référence, mais en tenant compte des autres que l’on rencontre aujourd’hui qui n’ont pas la même vie des hommes d’hier ou d’avant-hier.
Et pour la pastorale de la famille, c’est la même chose. On rêve d’une famille idéale sur le modèle de la petite maison dans la prairie, mais la réalité concrète des gens est différente… souvent il y a eu des blessures, des échecs… on n’est pas là pour juger, on est dans un compagnonnage… comment proposer l’idéal évangélique à ces réalités très concrètes?»
Justement le dernier synode des évêques sur la famille semble avoir accouché d’une souris… pas encore de révolution au sein de l’Église catholique qui a entreouvert la porte aux divorcés remariés, en revanche aucune ouverture en faveur des homosexuels et ce malgré le très médiatique coming-out d’un prêtre polonais quelques jours avant les débats au Vatican.
Selon Mgr Eychenne, il ne faut pas trop attendre d’un synode: «les renversements, les révolutions seraient trop importants et déstabiliseraient tellement les réformes communes que les décisions qui y sont prises semblent parfois modestes face à l’aspiration de certains.
Des évolutions il y en aura, mais sur ce cas précis que l'Église accepte qu’un prêtre responsable de paroisse soit en couple homosexuel, selon moi on n’est pas prêt à connaitre cette évolution de suite… Si on va trop vite à canoniser certaines évolutions on pourra le regretter dans quelques années».
La fin de vie
«Accompagner la vie jusqu’à la mort, le faire avec tous les moyens que nous donne la science en particulier pour atténuer la douleur et les angoisses cela me semble légitime.
Par contre que des personnes extérieures fassent le choix, selon le point de vue que la vie que l’on a en face de soi ne vaut pas la peine d’être vécue et qu’elle va se terminer bientôt, donc qu’on accélère le processus pose toute une série de gros problèmes.
Par contre que l’on gère la souffrance avec certaines substances c’est acceptable. Il y a des distinguos pas faciles à faire. C’est un peu la même manière pour ces chrétiens qui sont aujourd’hui opposés à la peine de mort, disant que la vie est trop sacrée, ça ne nous appartient pas.
On a une réticence face au choix de poser un acte médical qui nous fait dire que tel jour à telle heure c’est terminé. Mais on reste en débat avec les gens qui ont une autre approche… la peur bien qu’il ne faille pas se laisser guider par les peurs, c’est comment rester vigilant face aux dérapages?»
L’avortement, la contraception
«L’avortement n’existe pas, il n’y a que des personnes qui à un moment donné sont confrontées à cette possibilité qui s’offre à elles, quand la grossesse en cours n’est pas souhaitée, voulue, quand elle est le fruit d’un viol, d’un avortement thérapeutique ou le fait de gens en trop grande marginalité sociale pour pouvoir accueillir un enfant… c’est une opportunité que donne la société de pratiquer une interruption volontaire de grossesse.
Sur cette question on est en dialogue avec une personne, des arguments sont mis en avant pour poser un choix: qu’est-ce qui est en jeu, quelque chose ou quelqu’un?
Et si c’est quelqu’un, la réflexion doit être approfondie avant de faire ce choix (on va interrompre la vie de quelqu’un, il y a derrière comme pour la fin de vie la dimension de respect de la dignité et de l’intégrité).
Il faut être en mesure de leur donner un certain nombre de critères pour éclairer leur choix… ce n’est pas un acte anodin, derrière il peut y avoir des drames humains, personne ne doit juger.
La loi sur l’IVG mise en œuvre par Simone Weil était destinée à faire face à des situations de grande détresse pour qu’elles soient dépénalisées, ne pas criminaliser les gens qui sont en conscience devant une grande détresse.
C’est presque devenu une chose ordinaire et on peut regretter aujourd’hui qu’il soit assimilé à un moyen de contraception. Il y a pourtant des moyens de ne pas se trouver en situation de grossesse…
Je reconnais que l’église n’a pas toujours été très ouverte, elle manifestait de manière significative son opposition aux démarches contraceptives. Mais face à certaines réalités (taux de natalité trop importants ou sida dans certains pays en voie de développement), ce sont souvent les religieux qui fournissent les préservatifs».
Les réfugiés
« La grande tradition de l’hospitalité parcourt toutes les cultures de l’humanité (…) on n’a pas le choix ce sont des réfugiés qui quittent leur pays en guerre, il faut les accueillir.
La seule question légitime que l’on doit avoir: quels moyens mettre en œuvre pour les accueillir? Et surtout ne pas faire de choix, de tri parmi eux, en tout cas ce n’est pas ma position.
La logique de l’évangile c’est accueillir un homme au titre de son humanité sans se demander s’il est juif, chrétien, musulman, s’il a un métier, s’il n’en a pas… ces critères sont inacceptables.
Il faut rendre cet accueil plus simple qu’il ne l’est, car il faut reconnaitre que le contexte administratif et juridique ne facilite pas les choses. Là aussi il y a les grands principes et le principe de réalité. Comment rester humain?
Quand on voit la jungle de Calais, on a un peu honte, mais après ce sentiment de honte on fait quoi?».
L'intégrisme, le fondamentalisme
Dans un contexte où l’on risque vite la dérive islamophobe, Mgr Eychenne a souhaité élargie le champ: «il y a un intégrisme, un fondamentalisme qui peuvent s’inscrire dans une certaine tradition musulmane, mais en réalité le fondamentaliste c’est une tentation qui parcourt toutes les religions, les croyances, les idéologies.
Au départ c’est souvent une peur face à un monde dans lequel on perd ses repères traditionnels, certains sont tentés de revenir aux fondamentaux les plus intangibles de leurs valeurs, de leurs religions, de leur foi.
Cela passe par une lecture très littéraliste des textes. Le fondamentalisme c’est souvent le refus de la modernité, c’est une lecture littérale des écrits par exemple les fondamentalistes baptistes aux États-Unis rejettent les théories de l’évolution… on retrouve ces discours dans certains courants du judaïsme, de l’islam ou de l’hindouisme.
Peut-être qu’un antidote au fondamentalisme serait la poésie?»
La place des femmes dans l’église
Certains fondamentalistes religieux les couvrent de la tête aux pieds, elles n’ont pas le droit de prendre la parole, de conduire une voiture, mais sans parler d’approche fondamentaliste on ne peut pas dire qu’elles soient très représentées dans l’Église catholique si ce n’est pour faire le catéchisme ou le ménage.
L’évêque de l’Ariège apporte quelques nuances: «le pape François insiste pour qu’il y ait davantage de femmes dans les ministères romains. Cette année il y a trois femmes dans le conseil épiscopal de Pamiers (3 sur 12) ce n’est pas encore la parité, mais c’est un début…
Cela a été une petite révolution, tous les diocèses de France n’ont pas de femmes dans leur conseil épiscopal alors que l’on peut avoir un éclairage supplémentaire qui nous aide à prendre de bonnes décisions… Se priver de leur regard serait absurde».
Selon lui il faut avancer dans cette direction. Chez nos voisins, dans les églises anglicanes et protestantes, il y a bien des nominations de pasteurs femmes…
Selon Jean-Marc Eychenne ce sera plus long dans l’Église catholique: «sans jouer les prophètes, la place des femmes dans l’Église catholique évoluera.
Je ne pense pas que notre génération verra leur accession à la prêtrise (symboliquement le Christ était un homme ceux qui sont appelés à signifier sa présence sont des hommes) par contre nous assisterons peut-être grâce à l’Église catholique d’Orient à l’ordination de prêtres mariés.
C’est une évolution qui théologiquement et doctrinalement prendra moins de temps et pose moins de handicaps que l’ordination des femmes».
L’avenir nous le dira.
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