A la reconquête du diamant des Pyrénées: le marbre vert d'Estours en Ariège

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Grand Antique, Grand opéra, fleur de pêcher, Noir de Montégut… Noir, rouge, ou encore rose vif sans oublier le vert, les Pyrénées et l’Ariège en particulier sont riches de leur géologie en général et de leur marbre en particulier.

«Déjà les Romains l’exploitaient au IIIème siècle et très probablement avant JC»

On en retrouve des traces dans bien des lieux chargés d’histoire y compris dans la cathédrale de Westminster qui a vu le récent mariage de Kate, devenue princesse de Galles, ou à Versailles.

Plus de douze anciennes carrières de marbre ont été recensées rien que sur le Couserans. «Tout le pays de Saint-Girons autrefois dit Del Couserrani porte trace de l’occupation romaine, le site d’Aubert à Moulis étant alors l’une des principales carrières dont on trouve encore des vestiges aujourd’hui dans les musées du midi»

«Bien des trottoirs et des pavés de Saint-Girons sont bâtis avec ce marbre, alors qu’aujourd’hui on refait les routes avec du marbre importé standardisé, souvent de Chine quand ce ne sont pas d’autres matériaux moins nobles»

Utilisé essentiellement de nos jours pour les décorations funéraires, le marbre est encore dans d’autres pays un matériau de luxe apprécié des esthètes pour la construction et la décoration d’intérieur.

Un projet pharaonique à 700 mètres d’altitude
Sur les traces de Pierre Barbisan, porteur de projet, nous partons au fin fond de l’Ariège du côté d’Estours pour suivre le chantier de la dernière carrière récemment remise en activité et qui exploite un trésor enfoui dans les montagnes: le marbre vert d’Estours.

«Il a fallu batailler des années avec l’administration et les écologistes (le site de la carrière d’Estours, non loin de Seix, est propriété de l’ONF) et montrer patte blanche aux services instructeurs de l’état»

Aujourd’hui, Pierre Barbisan a obtenu une autorisation d’exploiter qui se termine le 8 avril prochain. Il a déposé un autre dossier pour extraire le marbre mais cette fois au moyen de galeries dans la roche, pour les vingt prochaines années.

«Je réalise un rêve, celui de faire revivre le célèbre marbre des Pyrénées, mais ici on a perdu les savoir-faire alors je me suis associé avec Sylvio Riviéri, directeur de carrière venu de Carrare en Toscane haut lieu mondialement connu pour ses carrières de marbre, avec une équipe de trois personnes (italien, marocain et portugais)»

«Nous utilisons les moyens modernes les plus perfectionnés, confirme celui-ci, mais avec des techniques presque ancestrales puisque c’est ma grand-mère qui fabrique elle-même les bagues de diamant avec lesquelles, assemblées de façon plus ou moins serrées sur un fil diamanté selon les nécessités, on découpe des tranches à même la roche»

Surtout pas d’explosif, «ce serait un crime, fil diamanté et haveuse seuls sont utilisés» assure Pierre Barbisan.

Ainsi plaque après plaque (chacune pèse environ 15 tonnes), l’exploitation retire ce trésor enfoui. Ce sont près de 1.000 tonnes que Pierre et son associé espèrent extraire.

Du marbre vert d’Estours qui se négociera autour de 300 € la tonne («ce serait quatre à cinq fois plus sans la crise») quand le Grand Antique (qu’on trouve sur la carrière d’Aubert) est lui inestimable jusqu’à 4.500 € la tonne. «Ce marbre partira ensuite à Dubaï, en Egypte au Japon ou même en Chine», précise Pierre Barbisan.

Projet industriel soutenu du temps ou la DATAR lançait ses grandes missions interministérielles, Pierre Barbisan espère cette fois que tous les obstacles sont levés, toutes les garanties apportées sur les plans environnemental et de mise en sécurité pour faire de ce trésor enfoui une vraie filière de développement industrielle en Couserans, sur un marché de niche qui a encore de beaux jours devant lui si l’on considère l’insolente santé du marché du luxe aujourd’hui, s’accompagnant d’une réappropriation locale de ce savoir-faire perdu.

Avec plus tard le secret espoir d’y adosser des produits de découvertes touristiques. «J’ai de bons contacts avec les élus locaux qui ont compris l’intérêt de ce projet industriel et touristique à la fois. J’ai bon espoir de faire revivre les carrières de marbre des Pyrénées et de le voir petit à petit retrouver toutes ses lettres de noblesses de par le monde»

Alors bientôt Seix, Cité Internationale du Marbre… des Pyrénées? Seul le temps le dira mais on sait qu’à l’échelle de la pierre, du marbre en l’occurrence, celui-ci n’a que peu d’importance.

Sylvain Sastre | 03/04/2013 - 15:13 | Lu: 86297 fois