Voyage au centre de la Terre en Ariège: des spéléologues tentent d'atteindre le siphon terminal de la Rivière souterraine de Labouïche
À plus de 50m sous terre, coule une rivière, la plus longue rivière souterraine navigable d’Europe ouverte au public. Sur un réseau aménagé, les visiteurs découvrent en barque un décor féerique: fistules, stalagmites, stalactites et autres concrétions naturelles au fil d’un périple de prés de deux heures.
Chaque année près de 54 000 visiteurs se pressent sur «la Venise ariégeoise» chère au spéléologue Norbert Casteret qui participa en 1935 aux côtés du pharmacien fuxéen Paul Salette et du préhistorien Joseph Mandemen, à la découverte de 3 800m de ce réseau actif.
Mais au-delà de ce parcours touristique exceptionnel, il reste encore beaucoup de réseaux secondaires à découvrir. Et ce lundi, le spéléologue Franck Bréhier et une équipe de spéléos ariégeois chevronnés ont mené une nouvelle expédition sous terre avec pour objectif d’atteindre le siphon terminal de la Rivière.
Laisser une part de mystère à la nature
Il y a plus de trente ans que des spéléologues n’étaient pas descendus dans les entrailles de la terre, au cœur de la Rivière souterraine de Labouïche.
Officiellement annoncée lors du congrès de l’ANECAT (association nationale des exploitants de cavernes aménagées au tourisme), l’exploration du siphon terminal devait permettre de mieux connaître le système hydrogéologique de ce cours d’eau dont on ne connaît que 30% de son alimentation.
«Ici on laisse faire la nature», commente Alain Hoarau, directeur d’exploitation du site qui a rendu cette exploration possible.
«Nous avons déjà découvert près de 4km de réseau (dont 1,5 ouvert au public)… il ne s’agrandira pas à la visite cela nécessiterait trop de contraintes d’aménagement, mais sommes curieux de savoir ce qu’il se passe en amont de cette rivière… pour autant nous voulons garder les mystères, car c’est bien aussi de pouvoir faire rêver les visiteurs.»
Et parmi les curiosités des eaux limpides de cette rivière souterraine, l’Euprocte, un triton endémique des Pyrénées, contemporain de l’époque des dinosaures: «Ce site constitue une réserve naturelle d’Euprocte qui a débouché sur un partenariat avec le CNRS de Moulis.
Des scientifiques espagnols ont découvert cet été trois variétés endémiques de vers de vase, preuve de la qualité de l’eau. Si nous avons accepté l’exploration du siphon, c’est que l’expédition est parfaitement calibrée et que nous avons à faire ici à des professionnels. La dernière tentative date de 1955, une expédition franco-anglaise puis en 1976, mais aucune n’a abouti à ce jour.»
Une expédition montée avec le comité départemental de spéléologie de l’Ariège
Le projet est porté par Franck Bréhier, responsable d’Horizon Vertical, une structure de loisir de pleine nature, pratiquant la spéléo depuis plus de vingt ans: «On ne connait rien du réseau qui entoure Labouïche si ce n’est le circuit que l’on fait parcourir aux touristes.
Des tests de coloration de l’eau ont prouvé que le reste du réseau à découvrir est particulièrement vaste et on peut imaginer des kilomètres de galeries inexplorées à découvrir et peut-être d’autres mystères à percer» s’enthousiasme Franck qui a retrouvé mercredi matin son équipe sur le parking du site.
«C’est le grand jour, tout le monde est un peu excité», indique Florence Guillot, conseillère technique départementale en spéléologie (CTDS) qui plusieurs dizaines de grandes expéditions internationales à son actif.
On enfile dans la bonne humeur les combinaisons néoprènes, car bien que la température soit constante dans la grotte (13°c) l’eau n’est pas bien chaude, puis les combinaisons de protection, les baudriers, longes… et on planifie le matériel en fonction des scénarios imaginés par Franck.
«Les précédentes plongées se sont arrêtées sur un passage étroit, je pars donc avec du matériel restreint, deux bouteilles de plongée de petite taille fixées de part et d’autre.
Première hypothèse, c’est trop étroit et l’exploration se termine rapidement. Seconde hypothèse, j’arrive à franchir ce passage étroit et je continue à explorer en plongée le siphon. Toutefois ayant une quantité d’air limitée, je ne pourrai pas pousser l’exploration très loin, il me faudra chercher des bouteilles relais.
Enfin troisième scénario, le meilleur que l’on puisse espérer, j’arrive à franchir ce passage étroit, à explorer derrière une galerie où je n’aurai pas besoin de bouteilles… nous sommes prêts à envisager ces trois cas de figure. L’équipe va m’aider à acheminer tout ce matériel, car il y a une progression d’une heure trente avant d’arriver au siphon.»
Expédition au centre de la Terre
On peut accéder à la rivière par l’entrée supérieure en bordure de la route départementale ente Vernajoul et Baulou. Un escalier à vis de plus de 200 marches invite à descendre dans les entrailles de la terre avant d’embarquer sur une barque à fond plat.
Le départ est donné aux alentours de 10h. Les spéléos sont conduits sur un circuit de 250m en barque jusqu’à la cascade «Salette».
À partir de là commence l’ascension de la cascade et se poursuit par un circuit de plus d’un kilomètre où ils sont amenés à franchir en apnée un petit siphon de 2m, entre concessions, vasques translucides, cavités plus ou moins faciles, ils arrivent ensuite à la cascade «Casteret».
Ils grimpent, nagent, rampent jusqu’au siphon terminal dans une grande salle… le reste c’est Franck qui en parlera le mieux, 5h plus tard, à sa sortie de la grotte.
«C’est une très belle sortie, tout s’est bien passé, nous avons partagé un super moment! Par contre je ne suis pas allé tellement plus loin que les précédentes expéditions dans le siphon terminal, mais c’est très classique en spéléo où on avance petit à petit.» Sa plongée solitaire n’aura duré que 25 minutes.
es précédentes expéditions étaient allées jusqu’à 70m de progression pour une profondeur de -29m: «Il y avait déjà un fil d’Ariane en place qui m’inquiétait un peu, c’est à la fois ce qui nous guide sous l’eau vers la sortie, mais ça peut être un piège.
J’ai été obligé de faire un peu le ménage. J’ai retrouvé l’ancien terminus, un passage assez bas dans lequel j’ai pu me faufiler (il est vrai que le matériel a évolué, mes bouteilles de petite capacité sont mieux adaptées). J’ai poursuivi ma descente jusqu’à une profondeur de -43m avec plus de 100m de développement depuis l’entrée. Et là j’ai été confronté à un passage beaucoup plus bas.
Il faut imaginer une galerie qui descend avec une pente assez régulière, un plafond de roches irrégulières et un sol constitué de sable et d’agile (le conduit est presque exclusivement rempli de sable et d’argile). J’ai fait une première tentative à gauche où j’ai gagné quelques mètres, mais c’était vraiment trop étroit, finalement j’ai du faire demi-tour.
Dès que l’on revient, on soulève obligatoirement de l’argile, je me suis retrouvé dans ce qu’on appelle en plongée-spéléo de la touille, sans aucune visibilité… c’est donc partie remise.»
La Venise ariégeoise n’a pas livré tous ses secrets
Dans toute expédition spéléo on doit réaliser des relevés (mesures, distances, profondeurs, directions) pour avoir un plan et une coupe des galeries explorées, permettant ainsi de réaliser une topographie précise des lieux.
Cela n’a pas été possible mercredi, c’est donc une raison suffisante pour revenir sur site: «C’est le début d’un travail de collaboration avec l’exploitant de la rivière de Labouïche, poursuit Franck, encore plein d’étoiles dans les yeux.
Au-delà de la partie touristique, la partie profonde de la rivière et de ses affluents n’a pas été vue par beaucoup de spéléologues… il y encore un fort potentiel à découvrir».
Au cours de leur progression, les membres de l’équipe ont pu remarquer sur les parois des griffades d’ours jamais encore répertoriées. Un ours des cavernes qui peuplait cette contrée entre -80 000 et -30 000 avant notre ère. Le lit de la rivière a bougé depuis et le passage emprunté par l’ours à cette époque a peut-être été bouché par la calcite… on peut tout imaginer.
«Ce qui nous passionne dans cette activité c’est que l’on va dans des endroits où personne n’est jamais allé. Et l’Ariège constitue un formidable terrain de jeu, il y a beaucoup de zones karstiques.»
Un récent inventaire des cavités réalisé par le comité départemental de spéléologie recense 2 350 cavités connues et le département compte 5 clubs de spéléo soit une centaine de membres: «Le gâteau à se partager est énorme… si bien que chaque semaine on peut partir explorer.
On ne gagne pas à tous les coups, mais c’est aussi le sel de cette activité. D’autant que chaque année on fait de nouvelles découvertes, des gouffres, des siphons, des cavités horizontales...»
Franck Bréhier envisage de revenir à Labouïche au printemps pour poursuivre son exploration.
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