L'eau, une ressource sous exploitée en Ariège?
16/03/2012 | 19:49
© MidiNews 2012
sur le même thème
exercice de sécurité Les Grands Barrages de l'Ariège sous haute surveillance

Des ruisseaux qui dévalent la montagne, de grands barrages (Naguilhes, Soulcem, Laparan, Gnioure et Montbel), des lacs de montagne... la carte postale de l’Ariège montre une eau qui coule en abondance.

Et le département est souvent présenté comme le château d’eau de la Haute-Garonne, à l’heure où les déficits en eau dans le sud-ouest sont inquiétants.

Tout comme le constat plus global qui vient d’être fait lors du 6ème forum de l’eau à Marseille cette semaine: encore deux milliards d’êtres humains vivent sans accès à une eau salubre.

Avec l’accroissement de la population et le réchauffement climatique, les inondations et la sècheresse menacent les ressources.

Alors que faut-il faire en Ariège?

Le discours dominant consiste à dire que la ressource est sous-exploitée. Il faut stocker, faire des réserves, mieux la valoriser.

C’est par exemple l’avis de Jean-Louis Chauzy (président du Conseil économique social et environnemental régional), «notre drame, c’est l’incapacité à décider les réserves d’eau significatives que nous devons faire [...]

Les collectivités se disputent entre elles sur les réserves à faire ou à ne pas faire, on se préoccupe parfois davantage de l’avenir des écrevisses à pattes blanches que des hommes et de l’économie
»

Mais cet avis est loin d’être partagé par tous...

Si à Marseille, un forum alternatif s’est réuni en parallèle au sommet officiel contre la «marchandisation de l’eau», la même tendance est représentée en Ariège.

Notamment par l’association le Chabot. Henri Delrieu réclame qu’au niveau départemental aussi, on sorte d’une vision «consumériste et marchande de l’eau»

Une ressource sous-exploitée? «On se moque un peu des gens car on est quand même un des départements les plus équipés de France!

On a à peu près 250 millions de m3 d’eau stockée dans le massif en haute-montagne et 65 millions stockée dans le piémont, avec des grands barrages comme Montbel.

Dire qu'elle est sous exploitée, c’est ne pas reconnaître que nos cours d’eau sont déjà dans un état fort délabré
»

Equiper encore? «Le département a déjà de nombreuses installations» explique un membre de l’Onema en Ariège (office national de l’eau et des milieux aquatiques).

«Construire un nouveau barrage pose un certain nombre de problèmes techniques (noyer des espaces n’est pas anodin), et environnementaux.

Puisque naturellement, les cours d’eau ont des systèmes de crues et d’étiages. Quand on crée un grand barrage, on inverse complètement ce phénomène
»

Il y a aussi la question financière: qui paye? pour quel budget?

Selon Henri Delrieu, «on a des milieux aquatiques en difficulté. La surexploitation des cours d’eau les amène à avoir des dysfonctionnements importants, qui peuvent être dangereux.

On a des cours d’eau qui ont des lits qui se referment, qui se pavent et qui n’ont pas la capacité d’absorber les grandes crues exceptionnelles
»

Les écologistes évoquent aussi les milieux qui s’appauvrissent; ou encore des cours d’eau qui n’ont plus leur capacité d’autoépuration.

Michel Sébastien, ancien professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail est passionné par ce sujet, sur lequel il donne régulièrement des conférences.

Son opinion est exactement l’inverse de celle évoquée précédemment.

Il faut selon lui stocker l’eau de manière urgente, «les chiffres sont simples: sur notre département il tombe 5 milliards de mètre cubes d’eau par an. On en met en réserve à peine 200 000 millions! C’est extrêmement faible.

Vu que nous nous asséchons, il faut multiplier les réserves. C’est l’avenir pour la biodiversité des rivières mais aussi pour l’irrigation, qui va devenir fondamentale et nécessaire
»

Où faut il faire ces réserves? Pas en plaine, mais plutôt en montagne, «c’est là où l’eau tombe. En altitude, on détruit infiniment moins. Au-dessus de 1600 mètres, il n’y a pas de forêts»

C’est aussi une manière de développer encore l’hydroélectricité, une énergie renouvelable «au fur et à mesure que le prix du pétrole va augmenter, l’énergie de nos montagnes va devenir extrêmement rentable»

Stocker? Pas stocker? Quand certains recommandent de passer à l’action, d’autres pointent du doigt les conséquences environnementales... l’éternel débat en Ariège.

L’eau des Pyrénées n’a pas fini de faire débat.

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 16/03/2012 | 19:49 | Lu: 28737 fois