Les champs ondulent sous le vent dans un paysage de carte postale dans lequel se détache le château de Largarde et les Pyrénées à peine enneigées.
Depuis une quinzaine d’années Jean-Jacques Mathieu et sa compagne Patricia se sont installés sur les coteaux de Treziers à la lisière de l’Aude et de l’Ariège, une exploitation modeste, 20 hectares mais à forte valeur ajoutée puisqu’il s’agit de variétés anciennes qu’il a su développer en Bio et travailler localement.
Pourquoi un tel choix pour ce fils d’agriculteur? Certainement pas par facilité mais peut-être pour suivre un héritage social et culturel car la semence c’est l’essence même de l’agriculture: «autrefois on retrouvait les semences dans la dot des filles, c’était sacré car elles permettaient de se nourrir et jusqu’à la seconde guerre mondiale le commerce des semences n’existaient pas, on les échangeait sur les foires.
Les premières lois en 1941 visant à interdire les variétés anciennes et interdisant aux paysans de sélectionner leurs semences ont porté un coup fatal à l’agriculture: toutes ces variétés issues de la co-évolution entre les paysans et leurs plantes depuis 11 000 ans ont disparu des champs à cause des réglementations… et une nouvelle espèce est apparue… les semenciers»
Fondateur en 2003 d’une association nationale, «Les Semences Paysannes», Jean-Jacques arrive à convaincre une poignée de chercheurs de l’INRA de quitter leurs éprouvettes et de revenir aux fondamentaux dans les champs.
Il monte un programme national «la sélection participative» lui permettant de récupérer des variétés anciennes, sélectionner les plus intéressantes et les réintroduire sur les parcelles: «au départ on a commencé avec 20 graines, il a fallu attendre cinq ans pour en avoir un hectare, aujourd’hui nous travaillons sur 20 hectares en rotation sur des blés différents: petit épeautre, amidonnier… que l’on transforme sur la ferme»
Son objectif n’est pas de s’agrandir ou d’aller à la pêche aux subventions mais de valoriser localement, de travailler avec les réseaux de proximité comme les AMAP, groupements d’achats, biocoop et bien entendu les fournils des boulangers.
Certes les épis de blé sont moins fournis, les barbes sont plus longues et les pailles plus hautes si on les compare aux semences «conventionnelles» mais côté agronomique et qualité gustative, il n’y a pas photo: «d’abord il n’y a pas d’intrants chimiques, les grains sont plus colorés, plus riches au niveau nutritionnel.
Après analyse de l’INRA, ces variétés sont plus riches en protéines et surtout plus pauvres en macro-gluten qui favorise les allergies.
Nous avons donc tout intérêt à cultiver ces blés tendres plus digestes et meilleurs pour la santé» précise Jean-Jacques qui travaille en relation avec Christian Remesy, nutritionniste à l’INRA.
Aujourd’hui malgré les lois de plus en plus permissives, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir utiliser les semences paysannes et revenir à une pratique agricole ancestrale respectueuse de l’environnement et de la biodiversité.
«Une loi adoptée en catimini en décembre 2011 sur les semences de ferme nous oblige à utiliser les semences des grands semenciers ou payer une contribution volontaire obligatoire… une taxe censée financer les recherches des transnationales.
De notre côté nous travaillons avec la Fédération Nature et Progrès pour essayer de faire évoluer la réglementation et surtout arrêter de nous imposer des semences transgéniques» poursuit cet agriculteur «militant»
Après le blé transformé au moulin de l’exploitation en farine, Jean-Jacques développe d’autres cultures oubliées comme le sarrasin, le millet ou le riz en partenariat avec un groupe de femmes indiennes.
Encore une manière d’aller à l’encontre des idées reçues.
Pour en savoir plus: Jean-Jacques Mathieu 04 68 20 21 79 et jeanjacques/[email protected]
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