Sommet européen: les agriculteurs ariégeois sont-ils menacés par les négociations de Bruxelles?
22/11/2012 | 17:58
© MidiNews 2012

Pendant deux jours, les 27 pays membre de l’Union Européenne se retrouvent à Bruxelles pour tenter de trouver un accord sur le projet de budget pour la période 2014-2020.

Face à la pression des Britanniques qui réclament au nom de la crise une baisse de 1000 milliards d’euros sur ce budget, le président de l’Europe Herman Von Rumpuy lorgne sur le budget de la politique agricole commune (PAC) qu’il pourrait être tenté de ponctionner.

La PAC devrait donc être au centre des discussions. Son enveloppe budgétaire représente à elle seule plus d’un tiers du budget total de l’Europe (soit environ 290 milliards d’euros).

La France en est la première des bénéficiaires avec plus de 8 milliards d’aides directes par an (près de 73%des agriculteurs français sont concernés par ces aides).

Levée de bouclier des professionnels du monde agricole qui ne veulent pas que l’agriculture devienne la variable d’ajustement de l’Union Européenne.

Selon Emmanuel Lecomte, directeur de la Chambre d’Agriculture de l’Ariège, l’heure est grave car «quand on parle de réduction de moyens, on pense tout de suite à la PAC.

Aujourd’hui l’ensemble de nos politiques nationales ont été confiées à Bruxelles (soit 90% de l’argent de l’agriculture).

Vouloir une réduction du budget, c’est vouloir une réduction de l’ambition de la politique agricole et à l’heure où il y a des enjeux alimentaires, environnementaux et d’aménagement du territoire, il est nécessaire de renforcer ses moyens
»

Aujourd’hui Bruxelles est une somme d’individualités et défendre la PAC c’est faire cause commune pour ce que l’on appelle «une politique de cohésion» qui prévoit 75% des aides vers les régions les plus pauvres, notamment les pays de l’Est avec à leur tête la Pologne.

Les enjeux sont de taille, à l’heure des choix il faut rendre la PAC plus équitable et c’est le chantier prévu (la fameuse réforme dont tout le monde parle depuis des années) pour 2014-2026.

Parmi les pistes évoquées, il faudra sortir des références historiques qui datent de 1992 et qui creusent aujourd’hui les inégalités: elles faisaient par exemple qu’un gros producteur touchait plus qu’un petit exploitant au nom de la surface exploitée.

Avec cette nouvelle politique de convergence, tout le monde devrait être servi à la même enseigne et devraient être privilégiés les plus vertueux, c'est-à-dire ceux qui réduisent les pesticides, qui favorisent le bio ou emploient des méthodes innovantes.

Concernant l’Ariège, Emmanuel Lecomte est formel: «on peut avoir des craintes dans la réduction du budget… sur le premier pilier on parle de rééquilibrage. Les montants versés étant très inférieurs à la moyenne nous sommes plutôt du bon côté.

Par contre en Ariège une part importante est basée sur le FEADER (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural) ou 2e pilier et là il y a des inquiétudes car si l’on rogne sur le budget agricole, il y aura obligatoirement réduction du FEADER
»

De plus, le directeur de la chambre consulaire tire la sonnette d’alarme car en plus de ces réductions drastiques, il y a une volonté de l’Europe et des instances nationales d’ouvrir les crédits du second pilier à des bénéficiaires non agriculteurs pour tout ce qui concerne l’aménagement de l’espace rural:

«Ce serait acceptable si cette démarche n’était pas discriminatoires pour les agriculteurs, il n’y a pas de raison d’encourager les investissements pour les énergies propres et de les réserver exclusivement à des industriels ou à des collectivités.

Pour avoir une cohérence, il faut que les autres fonds soient ouverts aux agriculteurs, en l’occurrence le FEADER et le FSE (fonds social européen)
»

Des enjeux très techniques qui feront encore certainement débat pour l’agriculture de demain.

Pour l’heure, la question est de savoir comment limiter la casse. LA PAC est un des fondements de l’Union Européenne, il en va de l’alimentation de 700 millions de personnes et du maintien de l’industrie agro-alimentaire.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 22/11/2012 | 17:58 | Lu: 9713 fois