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Saint-Girons: le bras de fer entre la Mairie et les gens du voyage se durcit
25/04/2013 | 18:52
© MidiNews 2013
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Depuis plusieurs semaines le torchon brûle entre les élus de Saint-Girons et la communauté manouche du Pont du Rat.

Depuis l’hiver dernier ces derniers dénoncent leurs conditions de vie sur cette aire d’accueil, un endroit excentré, insalubre, oublié du soleil trois mois par an.

Une solution temporaire leur avait été proposée par la mairie qui leur a laissé occuper l’aire de grand passage (derrière l’ancienne gare de Saint-Girons) jusqu’au mois de mars.

Pendant cette période, les services communaux ont réalisé d’importants travaux sur l’aire d’accueil du Pont du Rat: sécurisation (installation d’un ralentisseur, barriérage) et réparations diverses (il y en avait pour 15 000 € de dégradations).

Selon la municipalité, la communauté des gens du voyage s’était engagée à réintégrer l’aire d’accueil à la fin de la trêve hivernale (sachant qu’il s’agissait d’une situation temporaire car comme son nom l’indique l’aire de grand passage est liée aux activités religieuses; les caravanes reliant les grands pèlerinages font étape sur ce site à partir du printemps).

Le 25 mars, une seule caravane est rentrée au bercail. A la fermeture de l’aire de grand passage, 27 caravanes sont arrivées sur le site du Pont du Rat, une situation subie par la municipalité.

«Nous avons eu deux types de familles, explique Philippe Jusiak, directeur général des services: des sédentaires et des missions évangéliques qui se sont greffés aux familles installées à Saint-Girons depuis plus longtemps.

Aujourd’hui nous sommes conscients qu’il faut régler la question des familles sédentaires, cela concerne 5 à 7 familles tout au plus. Nous en avons parlé en bureau municipal, un groupe de travail s’est constitué avec les représentants des sédentaires et ceux de la mairie.

Les négociations sont ouvertes, il faut qu’il y ait un comportement citoyen de tous. Je tiens à préciser qu’il n’y a eu aucune expulsion ni aucune procédure de référé d’expulsion comme j’ai pu le lire ici ou là. Il y a un cadre réglementaire, celui de la loi Besson qui a transféré l’obligation de faire des aires de l’Etat aux communes mais rien n’est prévu en terme d’obligation pour les sédentaires. Nous sommes prêts à travailler de concert sur ce dossier à condition que tout le monde soit respectueux
»

Philippe Jusiak est conscient des besoins de sa commune en matière d’accueil des populations du voyage
La capacité de l’aire de grand passage est insuffisante (actuellement elle ne peut recevoir que 30 caravanes pour une durée moyenne de séjour de 15 jours) et selon les circulaires préfectorales pour une capacité de 100 caravanes il faut trouver un terrain plat et constructible de 2 hectares.

Sur la commune de Saint-Girons cela semble compliqué; aussi les élus ont botté en touche en demandant d’élargir la discussion à l’intercommunalité.

La surpopulation actuelle de l’aire d’accueil pose un réel problème tant au niveau de la sécurité que de la salubrité: 27 caravanes sur 10 emplacements pouvant accueillir 15 caravanes.

«L’aire d’accueil reçoit des voyageurs pour un séjour de 3 mois maximum, le règlement est calé sur la loi Besson, poursuit Philippe Jusiak. Aujourd’hui cet hébergement temporaire est devenu un véritable lieu de vie pour des familles sédentarisées dotées de faibles revenus qui n’ont plus les moyens d’en partir.

Le schéma départemental relatif à l’accueil des gens du voyage est en cours d’élaboration, il devrait permettre à terme de trouver des solutions au niveau de l’agglomération de Saint-Girons pour toutes ces familles. Actuellement nous sommes en discussion
»

Du côté de la communauté manouche le ton monte
On a entendu M. Patrac (dit Pouet) en début de semaine: il souhaite faire rouvrir un vieux dossier, celui des terrains familiaux qui permettraient une installation décente des familles sédentaires.

Sur l’aire d’accueil la colère gronde. Peggy Bauer et les autres mamans ont peur pour la sécurité et la santé de leurs enfants: «les véhicules sont les uns sur les autres, il n’y a même pas de borne incendie»

Cette jeune mère de famille est arrivée à Saint-Girons à l’âge de 9 ans, elle y a fait ses études jusqu’au brevet puis sa vie.

«On demande à être entendus, ça fait des années que ça dure, nous voulons être reconnus comme des citoyens à part entière, on participe à la vie de la commune, nos enfants sont scolarisés ici, nous voulons des terrains familiaux qui nous permettraient de rester là à l’année sans être obligés de déscolariser nos enfants au bout de 3 mois… après on se demande pourquoi ils sont en difficulté à l’école.

On chasse les gens du voyage alors que l’on parle d’intégration […] aujourd’hui c’est le ras le bol de ne pas être entendus. On veut des solutions concrètes. Il y a une seconde aire d’accueil (celle de grand passage) en attendant qu’on nous trouve des terrains familiaux nous demandons qu’elle soit rouverte
»

Les gens du voyage sont bien décidés à aller plus loin pour se faire entendre. Entre-temps, un comité de soutien aux habitants de caravanes de Saint-Girons s’est formé. On y retrouve des éléments d’autres mouvements, notamment Allantvers, Kafka, la radio associative La Locale ou encore Hervé Soula, élu communiste de Saint-Girons.

A travers la cause des gens du voyage, ils essaient de faire monter la pression.

Ce matin une manifestation a été organisée devant la mairie
Aux côtés des représentants des gens du voyage, le comité de soutien qui s’est spontanément constitué (Comité de Soutien aux habitants de Caravanes de Saint Girons).

Une délégation a tenté d’être reçue (sans succès) par le maire et le directeur général des services. «Nous sommes très remontés, il n’y a pas de négociation possible, on va tout droit au rapport de force»

Face à cette situation, une dizaine de caravanes se sont installées dans le square de la piscine. Affaire à suivre donc.


Ce que dit la loi

Depuis la loi Besson du 5 juillet 2000, chaque commune de plus de 5 000 habitants est tenue d'aménager une aire d'accueil pour les gens du voyage.

La loi prévoit l'élaboration de schémas d'accueil départementaux, en concertation avec la préfecture, le conseil général et les communes concernées.

Ces schémas déterminent l'emplacement des aires d'accueil permanentes, des aires de passage pour les rassemblements ponctuels et des terrains familiaux loués aux personnes enracinées dans le territoire.

Une fois le schéma validé, les municipalités avaient deux années pour réaliser les équipements programmés ou confier cette tâche à une structure intercommunale.
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 25/04/2013 | 18:52 | Lu: 21315 fois