En ces temps hautement enneigés, je passe bien plus de temps à «creuser» la trace en raquettes à neige qu’à l’écoute du souffle du Monde.
Mes journées sont bien remplies et mes nuits parfois trop courtes pour négocier au mieux les nombreux projets que je promène de-ci, de-là.
Il n’empêche, je ne pouvais ignorer les conditions dantesques vécues par les montagnards des Hautes-Pyrénées et du Béarn. La neige y recouvre tout, jusqu’aux protections installées dans la montagne pour «tenir» la neige en place ou dévier sa course folle loin des habitations.
Le week-end dernier, je devais emmener un petit groupe au refuge Wallon dans la vallée du Marcadau au-dessus de Cauterets.
Ce refuge, tenu l’hiver par Guilhem et les deux Yannick, des copains toujours souriants et chaleureux, offre de très nombreuses possibilités de randonnée en étoile en ski ou en raquettes, situé à la confluence de cinq vallées en plein cœur du Parc National des Pyrénées.
Sur la Haute Ariège, il est tombé presque 2 mètres de neige en une semaine.
Cela est déjà très impressionnant et les corvées tous les jours recommencées pour déblayer devant sa porte, devant sa voiture et aider les voisins à faire de même fatiguent un peu plus chaque jour des villageois pourtant habitués aux «joies» de l’hiver.
Vous rajoutez presque le double et vous obtenez la situation observée dans les hautes vallées au dessus de Lourdes!
Guilhem, joint au refuge quelques jours avant notre départ, m’explique l’état des lieux là-haut: «ben c’est simple, on ne voit pratiquement plus par la fenêtre de la cuisine, tu sais, celle qui est à plus de 3 mètres… On va bientôt allumer les ARVA pour que les gens qui tentent de venir puissent nous détecter sous la neige !»
Dans ce cas, la décision de renoncer à ce secteur est facile à prendre. Cauterets fait le «buzz» en annonçant être la station la plus enneigée au monde et le risque d’avalanche est de 5 sur 5.
Je m’attèle devant l’ordinateur et me mets en quête des prévisions météorologiques sur la partie plus orientale des Pyrénées.
Du côté du Capcir, le risque d’avalanche reste fort mais le relief est plus doux et la météo prévue moins mauvaise.
Lorsque j’appelle les refuges de ce côté-là du massif, Bouillouses et Camporells, le verdict tombe: COMPLET.
A deux jours du week-end, rien d’étonnant! Grâce à Guillaume, un collègue guide du coin, j’appelle les gérants du gîte Les Ramiers à Bolquère qui se creusent les méninges pour me trouver une solution. Le soir même, rentrant d’une nocturne en raquettes, j’ai la confirmation du gîte. Ils nous attendent pour le lendemain.
Le samedi matin, nous prenons donc la direction d’Ax-les-Thermes depuis Foix. Le temps est maussade et la neige rapidement complice dès Tarascon. Les conditions de circulation s’annoncent difficiles à l’approche de la cité des eaux les plus chaudes des Pyrénées.
Deux solutions s’offrent à nous: poursuivre vers le Puymorens au risque de passer une bonne partie de la journée dans le véhicule ou changer à nouveau nos plans.
Au rond point d’Ax, je dépasse la sortie vers l’Andorre et remonte en direction du Chioula. Avant les lacets menant au col, nous quittons la chaleur de la voiture pour nous équiper. Le gérant du gîte de Bolquère est compréhensif lorsque je lui annonce notre décision et je lui promets un beau cadeau à notre prochaine visite.
La trace réalisée quelques jours plus tôt a disparu sous les nouvelles chutes de neige et j’attaque ce qui restera sans aucun doute comme la remontée la plus physique de la saison vers le refuge dans plus d’un mètre de neige à soulever à chaque pas.
Pour Marie-Odile et Jean-Pierre, cette montée «à l’arrachée» leur permet une ascension lente et progressive. Bozena, Nadège et Aurélia tentent de prendre le relai de temps en temps dans un effort solidaire. C’est dur mais l’ambiance est magique!
Nous parvenons en vue du refuge lorsque nous apercevons derrière nous un grand groupe dans nos traces. Dès leur arrivée au refuge, les Accompagnateurs à la tête de cette équipe viennent spontanément nous remercier et nous féliciter de nos travaux d’Hercule. Nous sommes récompensés par le verre de la convivialité montagnarde sous le regard incrédule ou admiratif des participants à leur sortie.
Le lendemain, le soleil daigne enfin sortir de sa léthargie hivernale. Je conduis mon groupe au village de Lapège où nous retrouvons quelques-uns des dix huit habitants permanents de la commune, munis de pelles et de bottes et ravis de discuter avec nous.
Nous remontons vers les superbes bordes situées sur la soulane, certaines utilisées encore aujourd’hui pour le foin tandis que d’autres ont été réhabilitées en résidence secondaire.
La vue sur les hautes montagnes du Vicdessos est splendide lorsque nous pique-niquons près du débonnaire Mediès. La sieste consommée, nous repartons avec Bozena, Nadège et Aurélia pour une montée active en direction du Roc de Querquéou, barré sur son flanc sud-est d’une avalanche impressionnante.
Retrouvant aux bordes Marie-Odile et Jean-Pierre, nous revenions par l’ancien sentier à l’un des plus typiques villages de la Haute-Ariège, fascinant par sa ressemblance dans l’agencement des maisons avec ceux himalayens comme le soulignait fort justement Marie-Odile.
Ici comme dans bien d’autres contrées de montagne à travers le monde, les meilleures terres furent gardées pour cultiver alors que l’on bâtissait sur les zones caillouteuses impropres aux travaux des champs.
Comme nos anciens, nous avions pratiqué durant tout le week-end l’adaptation à ce que nous offre la montagne. Bien-sûr, nous repartirons bientôt vers les Hautes-Pyrénées comme vers le Capcir pour de nouvelles aventures hivernales.
Pour l’heure, l’Ariège avait tenu toute ses promesses grâce à ses paysages bien sûr, mais surtout par l’accueil au refuge du Chioula, celui au restaurant «A la montanha» aux Cabannes et à l’hospitalité de Jean-Pierre à Arnave.
Rajoutez-y une pointe de bonne-humeur et un zeste de soleil et vous avez les ingrédients d’un week-end mouvementé sur le papier et finalement réussi!
Stéphane Grochowski, Accompagnateur en Montagne
www.itinerance-pyrenees.com
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