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Une montagne d'émotions: «La tête dans les igloos»
22/02/2013 | 18:56
© MidiNews 2013 - S. Grochowski

Depuis quelques jours, les stations de ski résonnent un peu plus fort de la joie des enfants.

Les vacances sont enfin revenues pour une partie des scolaires et les pistes vertes et bleues s’animent des chasse-neige plus ou moins maîtrisés de la jeunesse de Tours, Poitiers ou Rouen, voire de quelques petits Marseillais, écharpes bleues et blanches bien en vue sur leurs combinaisons multicolores.

Ça se suit ou se croise, en file indienne plus ou moins ordonnée et ça tombe parfois comme des dominos lorsque le troisième ou quatrième loupe son arrêt près de ses petits camarades…

Au Chioula comme à Beille, les luges tournent également à plein régime sur les pistes dédiées. Malgré le scepticisme des gens de montagne dont je fais partie, le tapis roulant installé là-haut, sur le plateau, ne désemplit pas.

Moi qui pensais que les petits urbains bouderaient cet aménagement leur rappelant leurs déplacements au cœur du réseau métropolitain, j’avais tout faux! Alors ça gesticule, ça se bouscule et ça piaille à qui mieux-mieux dans une ambiance bon enfant de parc d’attraction montagnard.

D’ailleurs, mercredi après-midi, un jeune Toulousain que j’encadrais près du village nordique d’Angaka à Beille me posait cette question troublante: «y a des robinets dans le parc ?»

Etonné, je le faisais répéter: «ben oui, des robinets pour boire de l’eau dans le parc ?»

Remis de cette question de prime abord irréelle alors que nous marchions de mon point de vue en pleine montagne, je lui expliquai que nous n’étions pas dans un parc mais bien en plein cœur d’une montagne sauvage…

Ni l’un ni l’autre convaincus par ma réponse, nous poursuivions un peu plus loin dans le «wild pour touristes» en oubliant ces questions embarrassantes et nous consacrant à des activités plus légères: la descente sur les fesses ou ventre à terre des petits canyons de Beille… un régal!

La veille, nous marchions avec trois familles dans les alentours du Chioula à la recherche du spot idéal pour la construction d’un igloo.

Après quelques minutes de balade en raquettes, nous parvenions à la petite cabane située en contrebas du Signal du Chioula, presqu’entièrement recouverte par la neige.

La sonde donnait son verdict: un mètre soixante de neige sous nos pieds.

Face à la station d’Ax et idéalement positionnés plein sud, nous attaquions le «chantier», certains préposés à la construction des blocs de neige, d’autres au transport, d’autres encore à la construction proprement dite tandis que les derniers colmataient les trous.

Motivés, tous les membres de mon petit groupe participaient activement à la création de l’édifice neigeux.

Moins d’une heure plus tard, je fignolais l’intérieur, agrandissant l’espace intérieur pour permettre à tous les enfants d’y rentrer en même temps. «Dis Stéphane, pourquoi c’est bleu à l’intérieur ?»

Après avoir fait un peu de géométrie pour calculer l’inclinaison de la pente, nous touchions aux lois de la physique et de l’absorption par les molécules d’eau transformées en glace des longueurs d’onde jaunes et rouges du spectre lumineux.

Biologie des plantes et des animaux, Géographie du relief et de l’implantation des hommes, Histoire de la persécution des cathares, toutes les matières éducatives y passaient au cours d’une après-midi consacrée également à la création d’une piste de luge olympique…

Depuis Noël, je n’avais plus encadré d’enfants lors de mes nombreuses sorties en montagne. Trouver le bon équilibre entre jeux et réflexion, adresse et émerveillement, peut s’avérer délicat suivant la motivation des enfants, l’énergie disponible et l’inspiration du moment.

Mais n’est-ce pas là le plus important: donner envie à nos petits de découvrir ce milieu magique et envoûtant qu’est la montagne? En tout cas, à les observer s’installer dans l’igloo fraîchement mis sur pied, on peut imaginer qu’une partie de la mission est réussie.

Tiens, la lune s’est déjà levée. Il est 16h30. Il faut prendre le chemin du retour. Tout mon petit monde arrive tranquillement devant le minibus et dépose les ustensiles du jour: raquettes, luges et pelles.

Ce soir, certains s’endormiront peut-être, la tête dans les igloos…

Stéphane Grochowski, Accompagnateur en Montagne
www.itinerance-pyrenees.com

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publié le: 22/02/2013 | 18:56 | Lu: 8603 fois