Casser les habitudes et titiller le quotidien pour s’ouvrir de nouveaux horizons, voici un credo qui convient bien à mon caractère!
Par cette chronique, je sors du sentier que je me suis tracé depuis de nombreuses semaines et m’éloigne pour quelques temps de mes petits récits plus ou moins réussis sur ma pratique personnelle ou professionnelle d’encadrement en montagne.
Pourtant, depuis la semaine dernière, j’ai eu la chance de vivre à ski un jour de tempête mémorable entre Bouillouses et Camporells, de délicieux moments dans la vallée du Galbe sous un soleil retrouvé ou une sortie amicale et sportive sur le Saint Barthélémy.
Mais j’ai également œuvré au développement du Bureau des Guides de l’Ariège, co-animé le Conseil d’Administration des Accompagnateurs en Montagne de l’Ariège, écouté le bilan de la saison de Beille et du Chioula, ou encore participé à une restitution des étudiants de Foix sur la place du développement durable dans les gestes et pratiques des gardiens de refuge…
Aussi, je m’interroge. Comment faire cohabiter sur un même espace tant de pratiques souvent complémentaires mais parfois concurrentes, permettre aux «anciens» de transmettre leur identité et leurs valeurs à des jeunes qui «consomment» la montagne comme un terrain de jeu et non comme autrefois comme une terre de dur labeur, entre agriculture et industrie?
Comment favoriser une régénérescence durable de nos territoires pyrénéens tout en garantissant aux habitants actuels la qualité de vie dont ils ont hérité ou qu’ils sont venus chercher? Quelle place pour le tourisme de montagne dans ce schéma là?
Depuis une quinzaine d’année, je gravite dans le petit monde du tourisme des loisirs sportifs de pleine nature, c’est-à-dire dans ce que les responsables politiques et les techniciens de hauts rangs appellent le tourisme de diversification, en rapport avec le vrai tourisme de montagne, celui qui fait vivre nos montagnes, l’industrie de la neige et du ski.
D’ailleurs, au sortir de cet hiver exceptionnel, nul ne peut remettre en doute les vertus de la neige comme catalyseur d’économie: malgré la crise, les territoires touristiques liés aux stations de ski proches et accessibles des grands centres urbains ont bénéficié de retombées économiques particulièrement importantes.
Et il suffisait de se balader à Foix, Saint Girons ou Ax-les-Thermes cet hiver pour se rendre compte de l’attractivité de cette dernière en matière d’afflux de population des vacances de Noël jusqu’aux premiers jours d’avril.
Mais l’observateur attentif de ce phénomène de «masse» ne pourra ignorer les désagréments de cette surpopulation, constatés sur les visages parfois tendus des habitants permanents comme des vacanciers.
Embouteillages, place de parking introuvable et marche forcée, queues monstre devant les guichets des stations ou des remontées mécaniques sont autant de points négatifs que ne peuvent cacher que partiellement les excellents chiffres du tourisme de montagne sur Ax-les-Thermes et l’ensemble des Vallées d’Ax.
La montagne pyrénéenne perdra-t-elle son atout premier, le ressenti de la tranquillité et d’une certaine «sauvagerie»? Entendra-t-on bientôt la ritournelle qui plombe parfois les vastes ailes de la grande sœur alpine? «Le problème des Alpes, c’est qu’il y a toujours du monde !»
Alors gare! Certains responsables de nos vallées balaient d’un revers de bons chiffres les réserves émises face au seul développement du tourisme de masse, c’est-à-dire d’un tourisme basé sur une concentration de services et d’hébergements standardisés dans un espace restreint.
Ne faudrait-il pas s’interroger plus avant sur la diffusion et l’irrigation de ces flux fondamentaux mais fragiles, pas seulement à l’intérieur de la station mais sur un territoire plus étendu, permettant au touriste lambda de découvrir la montagne et ses richesses au-delà des frontières habituellement matérialisées du domaine skiable, du café, du resto et des bains d’eau chaude?
Dans tous les cas, lorsque je me promène dans les Alpes, dans «mes» Alpes, je ne croise jamais grand monde en dehors des stations ou des itinéraires emblématiques menant à certains sommets ou dans certains refuges.
Et dans les Pyrénées, le bruit assourdissant du silence m’envahit presque toujours lorsque je crapahute de petits gîtes restaurés avec goût et amour en cabanes perdues ou en refuges amis.
Et quand j’ai la chance de partager ces instants magiques de déambulations montagnardes avec ces fameux touristes de masse que je délocalise dans le temps et l’espace, l’on me chuchote encore les bienfaits de l’éloignement, des grands espaces vierges et tranquilles et d’une certaine attirance pour cette «sauvagerie maîtrisée»…
Stéphane Grochowski, Accompagnateur en Montagne
www.itinerance-pyrenees.com
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