Rugby: Tony Moggio, un talonneur brisé

Philippe Motta, ancien journaliste, aujourd’hui écrivain et sculpteur nous invite à découvrir à travers son nouvel opus aux éditions Privat, le destin brisé de Tony Moggio, talonneur à Castelginest dont la vie bascule au cours d’un match à Labarthe sur Lèze un jour de février 2010.

Un témoignage vrai et plein d’espoir autour d’une passion toujours intacte: le rugby.

Ce dimanche 7 février Tony a mis la tête dans le tumulte de la mêlée pour défendre les couleurs de son maillot jaune et bleu.  En ce dimanche glacé et humide, il a poussé parce que le rugby c’est comme la vie, sa vie: ne pas plier même quand en face, le tumulte a le souffle de l’adversité.

Il ne savait pas que c’était sa dernière mêlée et qu’elle lui ouvrirait les portes d’un long tunnel.

L’hélicoptère l’a emporté brisé: «j’ai d’abord entendu le bruit lointain du rotor puis, de plus en plus distinctement, le chuintement tranchant des pales qui fauchaient l’air glacé. Dans le vacarme croissant de l’engin en approche, j’ai su que je venais de changer de vie. Je l’avais deviné, mais là je l’ai compris. Définitivement.»
Il surmonte son handicap dans sa tête puis dans son corps
Le rugbyman que les médecins croyaient condamné se bat pendant un an pour retrouver une partie de ses moyens et mener une vie presque normale: «les médecins pensaient au départ que je ne m’en sortirais pas, puis que je vivrais sous assistance respiratoire.

J’ai survécu, je respire tout seul. La moelle épinière a été complètement sectionnée, je ne pourrais plus récupérer.
»

Son corps meurtri ne s’est jamais tout à fait remis. Il se réveille privé de ses membres.

Ce réveil dure trois jours et sa tétraplégie toute une vie, il le comprend vite. Trois jours au cours desquels une vie devient une autre.

«Trois jours qui ont pesé pour moi le temps d’une éternité. Je suis convaincu que je dois au rugby d’avoir tenu le coup à la fois physiquement et mentalement durant ces périodes aux portes de l’enfer.

Il n’y avait pas seulement les appareils à domestiquer, il y avait aussi ma peur


Après neuf mois de rééducation, à 25 ans Tony veut retrouver son autonomie et sa fierté. Il engage un combat au quotidien et gagne peu à peu en mobilité au niveau de ses membres supérieurs.

Il retrouve l’usage de la parole, apprend à guider son fauteuil et passe même son permis de conduire.

Il avoue «avoir eu la chance d’avoir une famille soudée, mes parents, ma sœur, ma compagne, mes amis. Je me suis dit: tu respires, il faut que tu te battes!»
Sa passion pour le rugby est restée intacte
Une belle leçon de courage qui n’a pas entamé sa passion pour le ballon ovale. Il continue d’aller voir des matchs, se rend régulièrement au stade Ernest-Wallon et suit actuellement la coupe du monde de rugby.

Pour cette biographie à quatre mains, à la fois lucide et émouvante, Philippe Motta a rencontré les médecins, les joueurs de l’époque, les proches de Tony afin de coller au plus juste sans sombrer dans le pathos.

«Des handicapés qui écrivent des livres, il y en a beaucoup. Ce qui m’intéresse, c’est la personnalité de Tony.

Il était donné pour mort! Il aurait dû rester allongé dans un lit, avec des tuyaux et ses yeux qui clignent pour communiquer.

Il a déjoué tous les obstacles pathologiques, surmonté son handicap dans la tête puis progressivement dans son corps. Pour son neurochirurgien, il y a un avant et un après Tony.

Oui, ce qui m’a plu dans cette biographie, c’est la personnalité de ce rugbyman atypique.
»

Aujourd’hui Tony a trente ans, il retravaille, s’est marié avec sa compagne avec qui il souhaite avoir un enfant. La vie continue.

Sortie en librairie le 8 octobre 2015
Tony Moggio, talonneur brisé
Par Philippe Motta
Aux éditions Privat

Laurence Cabrol | 28/09/2015 - 19:02 | Lu: 17745 fois