Culture: Marie Lafarge, une condamnée réhabilitée pour ses écrits

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Le «Dictionnaire passionnel de Marie Lafarge» de l’auteur et poète ariégeois Gilles Castroviejo n’est pas un livre, ce n’est pas un dictionnaire comportant plus de 900 articles et notices que vous vous apprêtez à consulter.

C’est comme si vous aviez en main un billet pour assister à une pièce de théâtre dont le rôle principal serait tenu par Marie Cappelle Lafarge, entre 1816 et 1852.

Mais elle n’est pas seule! Des centaines de personnages, de sa naissance à sa mort, vont l’accompagner sur le théâtre de sa vie, du plus anonyme des domestiques jusqu’au roi de France.

Peut-on imaginer une distribution plus prestigieuse? Est-il possible d’écrire un scénario plus tourmenté et plus riche que celui de son existence?

L’héroïne a du charme, un incontestable talent de musicienne et d’écrivaine, une culture solide et éclectique, un «carnet d’adresses» impressionnant...

Mais sa vie c’est aussi, la maladie, un mariage forcé, une condamnation pour empoisonnement, plus de douze ans en de prison pendant lesquels elle va crier, hurler, clamer, son innocence et puis une mort à la fleur de l’âge.
Des centaines de personnages
Sur cette scène évoluent un roi, une reine, un futur empereur, des ducs, des marquis, des ministres, des maréchaux, des généraux, les plus grands avocats de l’époque, des magistrats célèbres, des savants, des journalistes, des écrivains connus, des servantes qui feront tout pour vivre la prison avec Marie Lafarge...

La tragédie se nourrit d’angoisse, de «suspens», de larmes, de lâchetés, de mensonges, de retournements imprévus du cours des choses; le suicide frappe le jeune Guyot; la poésie prend le visage de Félix Clavé...

Le décor lui-même oscille entre les salons dorés de la Banque de France et la cuisine noire, froide et enfumée du Glandier, dans le caquètement et les saletés des poules.

Les scènes se déroulent dans les châteaux de Villers-Hélon, Busagny, Corcy, Longpont, Osny, Ittenwiller, encombrés de militaires haut-gradés, de comtesses, de députés...

Les périodes noires ont pour cadre les prisons de Brive, Tulle, Montpellier ou l’asile de Saint-Paul-de-Mausole.

Les derniers jours de Marie, dans l’Ariège, sont insoutenables quand on sait qu’à la déchéance physique vient s’ajouter l’ignominie de tous ceux qui répugnent même à lui offrir une simple paillasse, car elle est «l’empoisonneuse», toujours indésirable, toujours chassée du monde des vivants, alors qu’elle a passé plus de douze ans en prison et qu’elle a, en principe, payé pour son crime.
Et si cette présentation sous forme d’un dictionnaire n’était finalement qu’un prétexte?
L’auteur a voulu, grâce aux très nombreux extraits des écrits de Marie Lafarge, nous faire découvrir et apprécier le style, la fluidité de la pensée de cette prisonnière écrivaine et la très grande liberté de son esprit qui ne craint pas d’aborder les sujets les plus délicats pour une femme née en 1816.

À quoi cela peut-il bien servir, en ce début du XXIème siècle, de s’interroger sur la destination de l’arsenic acheté par Marie Lafarge en 1839-1840: mort des rats ou mort de Charles Lafarge?

Même si Marie Lafarge a été une criminelle, les faits divers se dissolvent dans le temps, contrairement aux écrits de qualité.

Que Marie Lafarge quitte l’univers des crimes pour accéder, enfin, et durablement, à celui des écrivains, est le souhait le plus ardent de Gilles Castroviejo!

«Dictionnaire passionnel de Marie Lafarge» - Gilles Castroviejo - 588 pages - 26,95€.

FF | 22/02/2016 - 18:07 | Lu: 8685 fois