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Archéologie: première fouille pastorale sur les orris du Carla
03/07/2012 | 19:41
© MidiNews 2012

Tessons de céramiques, chaussure de berger du XXème siècle, débris de verres, charbon de bois… on est loin des splendeurs mise au jour sur les sites de la vallée des rois en Egypte… nous sommes dans la vallée du Soulcem en Haute Ariège et l’on s’intéresse ici à la vie des petites gens, au quotidien des pastoraux qui très tôt se sont installés sur ce site, d’abord dans des cabanes en bois puis dans des orris en pierres sèches.

Florence Guillot, docteur en histoire, archéologue est responsable scientifique de ce chantier de fouilles atypique à plusieurs titres: «il y a une vingtaine d’années, Christine Rendu a dirigé une grosse opération en Cerdagne qui a mis à la mode sur les Pyrénées ce genre d’investigations.

Car jusque dans les années 80 on ne fouillait que ce qui brillait, les beaux châteaux, les sites prestigieux…

Il y a encore des pays qui font cela pour construire leur identité nationale.

Ici on cherche à connaitre la vie des petites gens, c’est plutôt inédit
»

Un chantier conduit par l’association Montagne et Patrimoine avec l’aide de la commune d’Auzat et du PNR dans le cadre de l’observatoire Hommes Milieux du Haut Vicdessos dirigé par Didier Galop: «le milieu associatif a pris le relais», précise Florence Guillot qui accueille sur ce site des bénévoles ariégeois au même titre que des étudiants étrangers (hollandais, suisses, espagnols) ou des amis gallois ou canadiens.

C’est une recherche pluridisciplinaire dans la mesure où il y a des spécialistes dans plusieurs branches: archéologie, ethnologie, palynologie (étude des pollens), voire même dans les textes d’archives comme André un jeune retraité d’Auzat qui participe l’été depuis dix ans aux fouilles archéologiques et passe le reste de l’année beaucoup de son temps libre aux Archives Départementales à retranscrire des documents des 17, 18, et 19ème siècle.

Pour lui, la paléographie, la science des écritures anciennes, n’a plus de mystère et il arrive même à trouver dans ces textes rébarbatifs en apparence, de croustillantes anecdotes sur les coutumes ou les habitants de sa vallée.

Louis vient de Montréal où il est urbaniste.

Le reste de l’année il travaille sur la conception de cités contemporaines et pendant l’été il fait de l’archéologie en Ariège.

Pour lui c’est un complément à son travail: «au Canada il n’y a pas d’orris, ici je les fouille et j’y passe même mes nuits.

Ils maitrisaient parfaitement les techniques de l’encorbellement pour se protéger du mauvais temps, des bêtes sauvages… ces habitations de pierres sèches sont à l’épreuve de tout
»

Kim est originaire de Corée du Sud. Etudiante en Lettres à l’université d’Avignon, c’est sa première expérience de fouille: «au début c’était dur mais je trouve l’expérience très enrichissante»

Car quoi qu’il arrive (orage violent, forte chaleur, difficulté de la fouille…) tout ce petit monde garde le sourire: «c’est une belle aventure humaine qui amalgame les talents et des gens sympathiques» avoue Florence Guillot.

Orri d’habitation, mazuc pour conserver le fromage, orri à chiens (ils ne sont mélangés ni aux humains, ni au troupeau) terrasses, enclos pour les volailles, les cochons… peu à peu les bâtiments s’organisent: «notre objectif c’est de savoir depuis quand on construit des cabanes en pierres sèches avec un toit en herbe.

Ici nous travaillons sur l’orri de Jean Lamic un ancien de 80 ans qui habite à Vicdessos, si aujourd’hui le bâtiment appartient à sa famille, l’ONF est propriétaire du sol.

A terme nous souhaitons réaliser une monographie sur la haute vallée du Soulcem
»

La fouille se poursuit jusqu’au 11 juillet (sauf le 9), elle est ouverte à tous, archéologues en herbe ou aguerris, motivés ayant envie de participer activement à un chantier de fouilles.

Inscriptions préalables souhaitées.

Information maison des Patrimoines Auzat: 05 61 02 75 98

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 03/07/2012 | 19:41 | Lu: 16755 fois