Le chrysanthème roi de la Toussaint en Ariège

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Dernière ligne droite avant le 1er novembre et pas de crise pour le chrysanthème qui viendra encore cette année fleurir la plupart des tombes.

Son nom signifie en grec «fleur d’or» et cette fleur porte toute la magie de l’Orient où elle poussait dans l’Antiquité sous forme de buisson. On la retrouve en Chine (500 ans avant notre ère), puis au Japon où elle séduit les botanistes qui grâce aux premières hybridations démultiplient ses pétales.

Si bien que l’on prête à cette fleur pleine de mystères des vertus magiques permettant notamment de prolonger la vie. Au XIXème siècle sous l’ère Meiji, le chrysanthème jaune, symbole de prospérité devient le symbole de la maison impériale.

Sa fleur arrive en France au moment de la Révolution et devient vite la coqueluche des botanistes qui essaient de la démultiplier en faisant des boules qui pouvaient atteindre 30cm de diamètre.

Fleur à la mode chez les bourgeois fortunés, il n’est pas étonnant de la retrouver dans le salon d’Odette de Crécy tel que nous le décrit Marcel Proust dans «Un amour de Swann».

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, l’ambiance n’est plus à la fête, des milliers de nouvelles tombes s’ornent peu à peu de chrysanthèmes, une des rares plantes à fleurir en automne.

Et le voilà définitivement associé au cimetière, en France le concept de longévité n’a pas eu de prise sur la fleur sacrée du Japon, elle est liée au rite funéraire et il s’en vend 25 millions de pots par an, la propulsant à la première place des plantes fleuries les plus vendues.

Depuis quelques années on assiste à l’instar des horticulteurs néerlandais à un regain d’intérêt pour le chrysanthème: pas moins de 10 000 variétés différentes ont été créées, des fleurs extraordinaires, des palettes aux couleurs recherchées.

Depuis quelques jours sur les bords des routes, les marchés, les boutiques de fleuristes ou la grande distribution, fleurit le commerce de cette fleur qui rapporte de l’or.

C’est sur les allées de Villote à Foix que nous avons rencontré cette semaine Gladys des serres de Lescure. Les boutures sont commandées à des grossistes spécialisés, elles poussent ensuite en plein champ puis sous serre au dernier moment.

Aujourd’hui comme beaucoup d’autres fleurs c’est en laboratoire avec des éprouvettes que l’on invente les nouvelles variétés et sur catalogue que l’on fait les tendances.

La mode change pour le chrysanthème aussi: si dans  les années 70-80 c’était la grosse boule, les années 90 ont vu l’arrivée sur le marché de la toute petite fleur et actuellement selon Gladys la tendance est plutôt à la jardinière avec plusieurs couleurs.

Quant aux couleurs, fini le blanc on est sur des camaïeux plus délicats. Cependant la législation est très stricte: «nous avons un arrêté préfectoral qui nous autorise à vendre exclusivement des chrysanthèmes et après le 2 novembre, jour de la fête des morts, c’est fini...»

Selon ses observations, les personnes âgées sont toujours attachées aux grosses fleurs.

Désormais «la marguerite des morts» a de sérieux concurrents sur les dalles en granite avec la cinéraire aux feuilles argentées, la bruyère, le cyclamen, les véroniques, les buis taillés ou plus inattendu, le chou décoratif.

En attendant si la fleur de chrysanthème craint le gel, la plante n’est pas fragile et peut être transplantée en pleine terre dans un jardin. Avis aux inconditionnels de cette «fleur d’or» qu’il est temps de réhabiliter.

Laurence Cabrol | 29/10/2015 - 19:18 | Lu: 2040 fois