Un spéléo ariégeois va tenter de repousser les limites de la rivière souterraine de Labouïche

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«C’est la plus sensationnelle des excursions souterraines» selon les mots de Norbert Casteret qui participa dans les années 1935 à la découverte de 3 800m de réseau puis en 1955 à une expédition franco-anglaise (montée en partenariat avec l’université d’Oxford) pour explorer le siphon de la rivière souterraine de Labouïche.

Cette cavité naturelle considérée comme la plus longue rivière souterraine navigable d’Europe accueille tous les ans près de 55 000 visiteurs. Mais elle n’a pas encore livré tous ses secrets.

À soixante mètres sous terre, après avoir franchi une cascade au bout d’une galerie, le siphon de la rivière n’a pas encore été exploré ni topographié. Selon Alain Hoarau, exploitant du site touristique ce petit mystère suscite bien des curiosités.

Organisateur cette année du 54ème congrès national des exploitants de cavernes aménagées au tourisme* (ANECAT) il entend porter un coup de projecteur particulier sur l’évènement en permettant à Franck Bréhier, spéléologue confirmé de réaliser une tentative de traversée du siphon terminal de la rivière.

Les deux hommes ont réalisé la semaine dernière un premier repérage: «Vous savez ici ce n’est pas un lieu d’entraînement, précise l’exploitant davantage préoccupé par les impératifs économiques que par les exploits sportifs. Cependant le site constitue une réserve naturelle d’Euprocte qui a naturellement débouché à un partenariat scientifique avec le CNRS qui y réalise régulièrement des relevés.»

«Il a bien eu une tentative franco-britannique en 1955, mais elle a échoué en raison de l’étroitesse du boyau», poursuit Alain Hoarau qui porte ses espoirs dans l’évolution du matériel et des techniques de plongée: «La précédente expédition a laissé son fil d’Ariane, une main courante qui irait jusqu’à 35 m de profondeur. On sait qu’il reste ensuite 45m en vertical puis c’est l’inconnu».
Un réseau souterrain qui n’a pas encore livré tous ses secrets
Un inconnu qui n’a pas l’air d’impressionner Franck Bréhier, responsable d’Horizon Vertical, une structure de loisir de pleine nature installée à Saint-Girons.

Il pratique la spéléo depuis plus de 20 ans (et la plongée spéléo depuis une quinzaine d’années) et d’après lui ce site possède un vrai potentiel: «On ne connaît rien du réseau qui entoure la rivière de Labouïche si ce n’est les 1 500m que l’on fait parcourir aux touristes en bateau.

Des tests de coloration de l’eau ont prouvé que le reste du réseau à découvrir est particulièrement vaste. L’eau fait un trajet de 5km avant de ressortir, on peut imaginer des kilomètres de galeries inexplorées à découvrir et peut-être d’autres mystères à percer!
» s’enthousiasme Franck qui sera entouré d’une équipe d’une vingtaine de personnes (principalement du spéléo secours, les seuls habilités à lui venir en aide en cas de souci) pour monter ce projet.

 «J’ai fait une demande, tout simplement. Les exploitants m’ont donné le feu vert. Cette tentative sera officiellement annoncée en fin de semaine, à l’occasion du congrès national de l’ANECAT».

Lac des nénuphars, cascade Casteret ou Salette… jusque là tout va bien, nous sommes sur un terrain connu. Ensuite place à l’aventure.

C’est le goût de l’exploration qui le motive dans cette tentative d’exploration et le repérage qu’il a réalisé lui a permis de définir le matériel dont il aura besoin: «je plonge dans le noir complet, d’où la nécessité d’avoir une lampe étanche, pas de grosses bouteilles d’oxygène, car on sait qu’il y a des passages difficiles.»

Une simple curiosité qui permettra à ne pas en douter de mieux connaître le site et de donner un éclairage particulier sur la rivière de Labouïche, un site classé dont l’exploration a débuté en 1908, avant une mise en exploitation en 1938 par Paul Salette, un médecin originaire d’Ax les Thermes. Aujourd’hui, son fils Gérard fait encore partie de la société constituée d’une quarantaine d’actionnaires qui préside à la destinée de ce site touristique majeur dans le département de l’Ariège.

* «L’association nationale des exploitants de cavernes aménagées au tourisme (ANECAT) est constituée de 70 membres, cela va du gouffre de Padirac aux grottes de Gargas… soit entre 3 à 5 millions de visiteurs par an. Nous attendons une centaine de personnalités venues de la France entière, participant aux ateliers de travail ainsi qu’à la séance plénière programmée vendredi à la mairie de Vernajoul, précise Alain Hoarau, en charge de l’organisation (hébergement, repas…) Heureusement cela n’arrive qu’une fois tous les cinquante ans!» ponctue le directeur d’exploitation du site ariégeois de Labouïche dans un large sourire.

Laurence Cabrol | 05/10/2015 - 18:53 | Lu: 17085 fois