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Saint Jean-Baptiste du Désert, le montreur d'ours d'Audressein

© midinews 2015

On connaît les montreurs d’ours des vallées d’Alet et du Garbet dans le Couserans partis sur les routes de l’exode rural fuyant ainsi les conditions de vie difficile.

Cette tradition lointaine fût inspirée des tziganes d’Europe de l’Est, cependant au Moyen-âge on retrouvera des traces de ces montreurs avec notamment un Bestiaire intitulé « le bateleur montreur d’ours » dans l’œuvre de saint Augustin vers 1125, Commentaire de l’évangile de Jean…

Dans nos contrées et dans des temps plus anciens encore, l’histoire de l’ours Martin racontera que Valérius au 4e siècle, évêque d’Austria (l’actuel Saint-Lizier en Ariège) remonta la Rivière du Salat en compagnie de son âne appelé Martin qui se fit dévorer par un ours pendant la nuit.

Au petit matin l’évêque s’écria en s’adressant au fauve qui finissait tout juste son repas «Envoyé du diable, il ne sera pas dit que tu m’auras empêché de porter la bonne parole dans ces montagnes puisque tu as mangé mon ami Martin, tu prendras sa place et porteras la besace».

Valérus rassura les bergers effrayés rencontrés dans les estives qui consentirent à donner du miel et du fromage à l’animal. Ce dernier se mit à danser gracieusement avec un bâton, donnant l’idée plus tard aux paysans de dresser de jeunes oursons…
Sur le chemin du Piémont Pyrénéen de saint Jacques de Compostelle
À Audressein dans le sud-ouest du Couserans non loin du col de Portet d’Aspet à l’opposé des vallées précitées il y avait aussi des ours.

Aucun habitant n’aura pourtant l’idée d’élever des oursons et de s’exiler sur les chemins du Piémont pour rattraper les grandes routes déjà tracées par les Romains vers Saint-Bertrand de Comminges et montrer la bête enchainée.

Dans cette vallée de la Bellongue, personne ne partira sillonner la France, l’Europe et l’Amérique comme l’ont fait les Ercéens au 19e et 20e siècle. Et pourtant… il semblerait qu’un illustre personnage se soit vêtu de la peau de l’ours pyrénéen pour aller prêcher la parole divine en compagnie de ses disciples esséniens dans la région du fleuve Jourdain.

Comment aller vérifier une telle information ? Le Jourdain, fleuve sacré du Moyen-Orient est loin, le village d’Audressein plus près nous renseignera-t-il sur cette énigme? Pendant que nous nous dirigeons en auto vers cette bourgade nous imaginons ce saint homme en périple avec sa peau de fauve sur le dos pour se rendre dans un pays chaud et étouffant.
Les peintures révélatrices
Tramesaygues qui veut dire en gascon «entre deux eaux» est le nom de l’église qu’on nous conseille d’aller visiter. Elle abriterait une série de peintures du 15e qui pourraient nous mettre sur la piste que nous cherchons.

Nous nous approchons du premier arceau sous le porche extérieur de l’édifice sur lequel sont peints des ex-voto commandités par des familles en remerciements des miracles accomplis.

De part et d’autre des anges musicaux d’inspiration catalane illustrent la partie centrale du porche d’entrée et toujours pas d’ours. Soudain quelqu’un nous tapota l’épaule, nous nous retournâmes et virent Saint-Jacques en pèlerin muni de son bourdon et de sa coquille cousue sur son chapeau. Il tendit le bout de son bâton vers un personnage lui faisant face.

Un homme apparût maigre, barbu, pieds nus, il tient un livre sur lequel est posé l’agneau divin.

Un nimbe blanc entoure sa tête dans un décor peint d’étoiles. Saint-Jean Baptiste? Saint-Jacques insista de la main pour nous montrer quelque chose. Son manteau ? Sa peau de bête ? Entre ses pieds ? Une tête d’ours!

Il n’y a pas à s’y méprendre ! il s’agit en effet de saint Jean Baptiste du Désert, peint sur la voûte extérieure de l’église d’Audressein avec une peau d’ours sur le dos, un saint homme en effet, personne ne sera parti aussi loin dans le monde en compagnie de cet animal devenu légendaire, nous remercions d’un clin d’œil saint Jacques pour ce petit coup de bâton.

Celui qui trouve sans chercher est le même qui a longtemps cherché sans trouver.

ALB | 17/02/2015 - 18:57 | Lu: 19515 fois