État de guerre à Saint-Amadou: le 1er RCP s'entraine en Basse-Ariège

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Déflagrations de grenades, tirs nourris de fusils, mitrailleuses, fumigènes et ballets de véhicules blindés ou de militaires en armes…

Ce matin dès potron-minet les habitants de Saint Amadou, petit village paisible de 205 habitants ont assisté à une scène de guerre grandeur nature.

Selon les codes communs à tous les pays de l’OTAN il s’agit d’un exercice FTX (pour Field Training Exercice) ou déploiement des troupes en terrain libre baptisé «Aidel 2015» du nom de la bataille livrée en 1960 pendant la guerre d’Algérie par le 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes.

La prise mémorable de cet oued avait permis de mettre en place un schéma tactique exemplaire qui est resté dans l’histoire militaire et toujours utilisé de nos jours par les régiments pour enserrer l’ennemi dans un étau avant de l’obliger à se rendre.

«C’est un classique, nous reprenons une partie de ce schéma tactique en l’adaptant au schéma opérationnel, à savoir le poser en parachute, la mise en place, la reconnaissance et la progression jusqu’à l’objectif, précise le Lt Léo-Pierre*, officier de communication du régiment.

Nous avons près de 400 hommes sur le terrain pendant quatre jours pour jouer ce scénario imaginé et construit par le BOI (bureau opérations instruction) à l’État-Major en relation avec les communes et la préfecture.

Il faut prendre en compte la partie aéroportée avec la 3ème Dimension (hélicoptère du 5ème Régiment d’Hélicoptère de Combat de Pau ainsi que le transat qui procède au largage des hommes sur zone) et l’infanterie, notre cœur de métier, dont la mission est de s’emparer de l’objectif
».
Un exercice à but pédagogique grandeur nature
Comme dans tout exercice, il y a des gentils et les méchants, des terroristes, identifiables à leurs tenues couleur sable: «on constitue ce que l’on appelle en terme militaire le plastron, des soldats qui tiennent le rôle d’ennemi, déployant les mêmes tactiques que les terroristes observées sur les terrains d’opération en Afghanistan ou en Afrique, précise le capitaine Louis-Joseph de la 1ère Compagnie…

Il n’y a pas d’assaut frontal, mais des combats ponctuels, localisés… ici l’ennemi est partout, il y a beaucoup d’hommes pour couvrir un petit espace et tous les rôles sont tenus par des militaires du régiment qui collent au plus près à la réalité rencontrée sur le terrain
».

C’est le chef de section qui articule ces petits groupes dans la progression, tous sont en relation radio et sont coordonnés à l’échelon supérieur avec le chef commandant les opérations.

Un objectif pédagogique souligné par les organisateurs, visant à éprouver la condition physique du personnel, mais aussi à évaluer les acquis et de dégager des axes d’amélioration, dans l’armée le combat change, mais les fondamentaux restent.

«C’est un entrainement intensif, les hommes progressent nuit et jour avec plus de 30 kg sur le dos et le nécessaire à leur autonomie pendant quatre jours… Il faut répéter les gestes réflexes pour les acquérir, on utilise une expression anglaise, le Drill, signifiant «exercice» ou «manœuvre».

C’est en s’entrainant que les connaissances théoriques se transforment en connaissances pratiques, puis qu’elles deviennent des réflexes sans perdre de vue la sécurité»
explique l’officier.

A cet effet deux ateliers sanitaires sont installés, l’un réel, visant à évacuer un parachutiste qui se foule une cheville, l’autre permettant aux secouristes de combat de s’entrainer dans le cadre de l’exercice. Il est supervisé par le médecin du régiment.

«Nous allons travailler sur la prise en compte d’une blessure: une balle traversante dans le buste et dans le bras… l’objectif est là aussi de coller au plus près de la réalité des combattants
».
Un savoir-faire à toute épreuve
Alexis, un jeune appelé originaire de Dunkerque va passer à l’atelier maquillage avant de participer au combat: «en trois jours je vais mourir sept fois» précise-t-il en esquissant un sourire.

«Il ya des procédures précises pour les blessés avant leur évacuation. Le premier réflexe c’est de noter sur son front l’heure de sa prise en charge (procédure OTAN), c’est important pour la chaine du secours qui s’organise pour l’évacuation sanitaire».

Chaque combattant tous grades confondus dispose dans son matériel d’une pochette médicale (on y trouve ciseaux, pansements, bandages, morphine) pour traiter le blessé sur place avant sa prise en charge et son évacuation par VAB et hélico.

Sur le tarmac de l’aérodrome des Pujols le quartier général et les moyens lourds, car après les premières 48h, le régiment retrouve ses réflexes de régiment d’infanterie classique.

De puissants moyens radios, des ordinateurs, l’expérience des militaires d’active confrontée à celle des réservistes de la 8ème Compagnie de réserve qui compte également dans ses rangs du personnel féminin comme Morgane, monitrice auto-école: «dès que j’ai du temps libre j’enfile mon treillis pour donner de mon temps au 1er RCP».

Des missions administratives, d’encadrement ou la conduite de poids lourds, la jeune femme fait partie de ces 600 000 Français qui œuvrent au sein de la réserve militaire, consacrant en moyenne une vingtaine de jours par an à la défense du pays.

Le régiment ariégeois effectue environ quatre exercices similaires par an avec des objectifs particuliers en fonction du moment de l’année, de la position des compagnies pour l’instruction et en fonction des projections programmées ou des terrains d’opération.

Pour Olivier Vidal, le chef de corps du régiment, il est désormais un peu compliqué de monter un exercice d’une telle ampleur, car ses hommes sont actuellement projetés en Nouvelle-Calédonie ou au Mali et nombre d’entre eux participent depuis les attentats de janvier 2015 aux missions intérieures de lutte anti-terroriste.

*Par souci de sécurité, on ne donnera que les prénoms des militaires

Laurence Cabrol | 08/12/2015 - 19:38 | Lu: 58190 fois