Voeux de la chambre d'Agriculture de l'Ariège à la presse: «2015, annus horribilis!»
Comme le veut la tradition, François Toulis, président de la chambre d’agriculture réunissait ce mercredi les représentants de la presse pour faire le bilan de l’année passée et se projeter sur l’avenir.
2015, une année particulièrement difficile pour le monde agricole qui a connu les affres de la crise de l’élevage, la mise en œuvre de la réforme de la PAC ou l’élargissement des zones vulnérables…
Autant de dossiers sur lesquels le président Toulis est revenu et à travers lesquels il a passé des messages politiques forts.
En 2015 le budget de l’institution, régi par la loi des finances, a été mis à mal, car l’État prévoyait de prélever 45M€ de fonds de roulement et de réduire de 5,35% la taxe foncière sur les propriétés non-bâties (TATFNB).
Afin de tirer les conséquences d’un tel budget de rigueur, la chambre d’agriculture de l’Ariège a dû réduire ses effectifs de 10% (une restructuration se traduisant dans les faits par la suppression de 6 postes).
«Heureusement que l’État est revenu sur cette décision à cause des problèmes rencontrés dans le secteur agricole!»
Après 30 ans de bons et loyaux services, les quotas laitiers disparaissent en avril 2015 permettant aux éleveurs de produire autant de litres de lait qu’ils le souhaitent sans aucun plafonnement.
En contrepartie les coopératives et les entreprises de collecte mettent en place des droits à produire: «le département a perdu beaucoup d’éleveurs et nous le regrettons».
L’extension des zones vulnérables dans le bassin Adour-Garonne est désormais actée. La nouvelle cartographie prend désormais en compte les limites des bassins versants et non plus celle des communes.
En Ariège, 49 communes sont désormais concernées par le durcissement de la règlementation anti-nitrate. Malgré les manifestations des agriculteurs qui y voient une entrave à l’exercice de leur activité, le problème n’est toujours pas réglé comme le souligne le président Toulis qui est aussi revenu sur la crise de l’élevage.
Jouer la carte de la solidarité et de la proximité
En France, plusieurs milliers d’éleveurs ont manifesté leur mécontentement face à une situation devenue intenable: baisse des revenus, augmentation des charges, pression fiscale, concurrence déloyale, travail à perte…
Malgré les annonces de l’Europe et du ministère de l’Agriculture pour calmer le jeu, les agriculteurs sont en colère.
Localement des avancées sont enregistrées: la préfète de l’Ariège et certains responsables de la grande distribution proposent des mesures concrètes permettant de travailler en circuit court.
Mesures soutenues par François Toulis qui aujourd’hui parait davantage nuancé sur l’engagement de la grande distribution: «il y a des gens qui ont bien compris le message, d’autres qui l’ont vite oublié, aussi je lance un cri d’alarme pour les inviter à se ressaisir et à poursuivre ce travail constructif».
Valoriser les circuits courts
Revenant sur la chute du prix des céréales au niveau national et international qui poursuit depuis 2014 son effondrement (on perd dans le seul département de l’Ariège 30% des surfaces de semences), le président de la chambre d’Agriculture met en avant les perspectives qu’offrent les circuits courts: «travailler en direct du producteur au consommateur ariégeois c’est la solution.
Nous avons un partenariat avec Carrefour Purpan qui permet de livrer deux bêtes par semaine (des Gasconnes), ce n’est que le début.
C’est pour cette raison que nous avons mis en place la plateforme de distribution (elle enregistre une augmentation de 25%), les établissements scolaires notamment les collèges doivent jouer le jeu, le président du Conseil départemental en est convaincu, c’est pour nous un partenaire incontournable sur ce dossier».
Au programme de cette conférence de presse de début d’année, l’installation. Les 32 nouveaux agriculteurs qui se sont installés en 2015 n’arriveront pas à inverser la courbe du déficit en Ariège.
Les deux tiers sont situés en zone montagne: «l’installation c’est bien, mais il faut les suivre toute l’année c’est pour cette raison que nous mettons en place un programme de formation et que nous les incitons à produire de la valeur ajoutée (valorisation des jeunes bovins engraissés sur place plutôt qu’en Italie) et de tous les produits issus de la montagne avec la mise en place d’une pépinière de pré-installation où ils trouveront à travers l’expertise des techniciens de la chambre tous les leviers pour progresser dans leur projet».
Rééquilibrage de l’agriculture ariégeoise à travers la nouvelle PAC
La politique agricole commune a connu en 2015 la refonte totale de sa règlementation. Dotée d’un budget de 373,5 milliards d’euros, la nouvelle PAC se veut plus équilibrée avec notamment des aides pour l’élevage, la disparition des historiques PMTVA et PHAE au profit de nouvelles primes, notamment en faveur des bovins allaitants.
«2015 a été une année charnière, toutes les règles du jeu ont été chamboulées et les déclarations vont faire référence pour les années à venir.
Nous avons accompagné près des trois quarts des agriculteurs ariégeois de manière à les positionner le mieux possible.
La nouvelle PAC sera globalement positive pour l’Ariège face au déficit des aides sur les zones de plaines céréales (baisse des aides d’un tiers sur cinq ans), les zones de montagne et l’élevage tirent leur épingle du jeu».
Satisfecit pour la filière bois
La valorisation de la forêt paysanne est une des réussites mises en avant par le président Toulis heureux d’annoncer l’embauche d’un salarié supplémentaire pour accompagner les agriculteurs dans cette démarche vertueuse et rentable: «nous proposons de réaliser un diagnostic: on recense les essences, l’état du peuplement forestier afin d’évaluer son potentiel, les produits que l’on peut en tirer et les travaux à réaliser ainsi que l’estimation du rapport des produits.
C’est une intervention raisonnée sur la forêt (on comptabilise 4 000 stères par an).
Nous sommes à présent après cinq années de cheminement à la troisième phase de ce circuit, celle de l’organisation des circuits commerciaux avec une cible plus urbaine: notre ambition c’est de vendre des bûches en petits filets, des buchettes et de l’allume barbecue, une commercialisation prévue courant 2016».
Un GIE (groupement d’intérêt économique) a été créé autour d’une dizaine d’agriculteurs et des projets ont vu le jour tel que l’utilisation de plaquettes bois pour le paillage agricole (en remplacement du plastic noir), dans les stabulations (bien-être animal) ou la gestion des haies. La chambre d’agriculture travaille en relation avec le CFPPA pour la formation.
2016, année de la méthanisation
On ne parle plus de solaire, mais désormais de méthanisation.
Le projet du Couserans porté par la chambre d’Agriculture n’a pas vu le jour au grand dam de François Toulis qui en éprouve encore un peu d’amertume.
«L’Ariège n’a pas réussi à mobiliser, il est parti en Haute-Garonne, mais nous avons le projet de Saverdun avec les malts de maïs semence, des sous-produits pour faire du bio-gaz.
Nous espérons poser la première pierre cette année, nous cherchons du terrain et le projet avance à grands pas» se réjouit le président Toulis.
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