Manses: Berbiac 2, site d'enfouissement des «sacs noirs» de 126 500 habitants

Hier matin a eu lieu à Manses l’inauguration du deuxième vallon du site d’enfouissement de déchets de Berbiac.

Exploité depuis le 4 janvier 2016, Berbiac 2 accueillera les déchets des 126 500 habitants de la partie est du département de l’Ariège, et ce pour les 20 prochaines années.
Le site de Berbiac est entré dans une nouvelle ère avec un nouveau vallon ouvert en mode bioréacteur
Nombre d’élus du territoire, dont Nicole Quillien Conseillère départementale, de représentants et salariés du Smectom du Plantaurel ou Philippe Sauvannet sous-préfet de Saint-Girons, avaient fait le déplacement pour l’inauguration de la nouvelle zone de stockage des déchets non dangereux du site d’enfouissement de Berbiac.

Martine Esteban Présidente du Smectom du Plantaurel a rappelé que depuis 1998, 850 000 tonnes ont été enfouies ici, soit 47 500 tonnes par an.

Dès 2012, le syndicat travaille sur le montage du dossier de Berbiac 2. S’ensuit l’arrêté préfectoral en novembre 2014 et un chantier colossal (déboisement, terrassement, installation) et dont la première phase, sur l’amont du vallon, arrive aujourd’hui à terme en mode bioréacteur*.

Il s’agit là d’optimiser le mode de stockage et de s’attacher à mettre en œuvre les meilleures technologies disponibles, pour minimiser l’impact sur l’environnement.

Ceci grâce à une optimisation de la production de biogaz, son captage, et une minéralisation de la matière organique (afin que les déchets soient stabilisés). L’objectif étant d’accélérer les processus de fermentation, de produire moins de lixiviats** et de mieux capter le biogaz produit.

Le bioréacteur de Berbiac permettra de générer de l’électricité grâce à l’optimisation du captage du biogaz.

Julie Ducos, directrice technique des opérations, soulignant: «c’est la meilleure technologie disponible. Le deuxième vallon est divisé en 26 casiers séparés les uns des autres de manière hydraulique et desquels on puise le biogaz via un réseau de drainage et de collecte que l’on dirige vers un générateur à moteur».

L’énergie est ainsi transformée en électricité, chaleur ou gaz naturel.

Pour une production de 6,2 gigas watts par an revendue au réseau, ce qui représente la consommation de 1 240 habitations de type A (maisons neuves).

Le site actuel devrait accueillir 50 000 tonnes de déchets bruts par an. En 2018, l’aval sera également investi pour une deuxième phase de dix-sept ans d‘exploitation des déchets ménagers composés exclusivement de matière organique biodégradable et putrescible.
Une plus-value
Avec 75% de biogaz valorisés, le coût de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) est abaissé de 40,16€ la tonne de déchets entrants à 14,06€ a indiqué Martine Esteban. Soit une économie de 1 305 000€ par an.

Le coût global du chantier du vallon 2 s’élève à 7,7 millions TTC tous marchés confondus; 2,4 millions sont prévus pour la deuxième phase en 2017.

Le Conseil départemental devant apporter la somme de 850 000€, et la FCTVA un remboursement de 1 350 000€, soit un coût net de 8,5 millions pour une capacité estimée à 800 000 tonnes, soit 10,62€ la tonne stockée.
Outre la valorisation de l’énergie, le Smectom du Plantaurel veut réduire de 20 000 tonnes par an les déchets stockés
Et d’indiquer: une caractérisation des ordures ménagères résiduelles nous a permis de mesurer les quantités de matériaux recyclables non triés et qui se retrouvent donc enfouis à Berbiac.

Chaque année ce sont: 1 000 tonnes de verre, 3 600 tonnes de papier et 3 400 tonnes d’emballages qui auraient pu retrouver une seconde vie.

Cela représente 16% des déchets enfouis qui remplissent donc inutilement le site de Berbiac.

 «Nous avons changé, le Smecton aussi» a glissé en préambule Simone Verdier maire de Manses et vice-présidente du Smectom du Plantaurel, rappelant «les réticences… un euphémisme» de sa commune en février 1998.

«Après dix ans de lutte, notre commune avec l’ensemble des maires du canton, avons choisi de changer de stratégie. Désormais, on se situe sur de la vigilance active et coopérative pour sauvegarder nos intérêts et ceux des riverains».

Et Simone Verdier de noter: «Manses ne veut plus être connu comme le village qui accueille les poubelles de l’Ariège, Manses veut et doit devenir ce qui se fait de mieux en matière de traitement des ordures ménagères».

Les engagements ont été tenus: les taxes d’enlèvement d’ordures ont été dégrevées pour les administrés.

Le maximum a été fait pour réduire les nuisances, comme les odeurs. La surveillance écotoxicologique du site assure d’un impact très limité pour l’environnement. Un comité de pilotage se réunit deux fois par an en ce sens.

Et d’un point de vue technique, la valorisation du biogaz est ce qui se fait de mieux en France et même, en Europe.

Pour autant, Simone Verdier a rappelé que «d’autres problèmes restaient à résoudre, en premier lieu le traitement des lixiviats». Ils sont collectés et ensuite transportés à Laroque d’Olmes pour être traités.

«On parle aujourd’hui de nous imposer le traitement sur place; ce qui renchérirait considérablement le coût de traitement des ordures ménagères pour nous et qui va couler à coup sûr la STEP de Laroque d’Olmes.

C’est aberrant, ça n’a pas de justification environnementale, j’espère que tous les élus et l’administration nous soutiendront pour une application intelligente de la règlementation
».

Second point à résoudre, le projet d’unité de traitement des CSR (combustible solide de récupération) dont l’échéance est fixée au 1er janvier 2019.

Conseillère départementale du canton de Mirepoix, Nicole Quillien a excusé Henri Nayrou retenu par ailleurs, avant de souligner «l’intelligence collective et la concertation ayant permis l’aboutissement de ce projet d’un impact départemental non négligeable.

Partenaire du projet, le Conseil départemental entend accompagner au mieux
» a-t-elle conclu.

* La bioréaction vise à accélérer la production de biogaz. Elle consiste à récupérer les lixiviats pour les réinjecter dans la masse des déchets.
Apportant humidité et nutriments aux bactéries à l’œuvre dans le massif, ils accélèrent le processus de dégradation facilitant ainsi la récupération du méthane utilisable à des fins énergétiques.
La combustion du méthane offre un avantage à la fois écologique et économique: elle réduit son effet de serre et elle constitue une ressource énergétique non négligeable.

** Désigne les eaux qui ont percolé à travers les déchets stockés en décharge en se chargeant bactériologiquement et chimiquement. Par extension, désigne aussi les eaux qui sont entrées en contact avec des déchets.

NR | 20/01/2016 - 18:12 | Lu: 24124 fois