Pays d'Olmes: une entreprise qui fabrique des chalets paie ses salariés avec des chèques en bois
Ce matin encore Jamel, Florent et quelques-uns de leurs compagnons d’infortune se sont retrouvés devant la grille de leur atelier à l’Aiguillon, persuadés comme il leur avait été promis la veille de récupérer leur dû.
Il y a plusieurs mois qu’ils ne sont plus payés. Dans le rouge auprès des banques, certains sont même contraints pour survivre de faire appel à l’aide alimentaire des associations caritatives.
De quoi indigner Euskadi Ramos, le propriétaire des murs et du matériel qui lui aussi estime avoir été mené en bateau. Mardi c’est à son initiative que la Gendarmerie est intervenue pour apaiser les tensions exacerbées de ces salariés désespérés.
Des salariés lésés qui n’ont plus rien à perdre
Tous y ont cru jusqu’au dernier moment. Jean-Philippe Granéreau, le porteur de projet s’était engagé à venir en personne régulariser la situation.
Entre temps un article publié chez nos confrères de La Dépêche l’en aurait dissuadé, indique-t-il.
C’est à travers un texto laconique qu’il s’est adressé aux salariés ce matin. Selon lui cet article aurait eu des conséquences catastrophiques sur le projet qui devait alimenter le travail en atelier.
«(…) Face à cette publicité, je suis contraint de fermer. Un huissier va être mandaté pour remettre vos lettres de licenciement ainsi que vos soldes de tout compte d’ici la fin de semaine.»
Jamel agite un chèque sans provision rejeté par sa banque et parle sans retenue de son quotidien devenue un enfer: «je ne suis pas payé depuis trois mois, ma vie est un enfer, je vais être interdit bancaire…
Il faut que je fasse un crédit à la consommation pour payer mes charges, je ne peux pas mettre de carburant dans mon véhicule, je ne peux plus retirer d’agent!»
Il a commencé son activité chez Home-Douglas puis il a assisté à l’arrivée des Suisses au mois d’août. «L’ancien patron avait des problèmes financiers, il nous a mis en relation avec ces repreneurs qui nos ont fait des CDI.
Ils nous ont expliqué qu’ils ne voulaient pas payer des charges à l’état français, qu’ils préféraient nous donner 1 000€ de plus, mais par contre il ne fallait pas espérer d’allocation chômage, ni de retraite… ces gens-là nous ont vendu du rêve.
Au final on n’a pas de fiche de paye, on se demande même si ce ne sont pas de faux contrats de travail et ils ont disparu de la circulation… ça fait un mois qu’on vient ici, mais que l’on pas un clou en atelier pour travailler… ce sont des charlatans!»
Parmi les cinq salariés devant le portail clos, Richard explique qu’il a donné sa démission au bout de quatre jours.
«Le seul projet que nous avons réalisé pour un camping dans l’Hérault a été désastreux (le chalet n’était même pas fixé au sol). On m’a demandé de faire des choses hors normes en électricité, j’ai donné ma démission… on est parti comme des voleurs en pleine journée.
Le patron nous a embarqués, c’était comme un go-fast (on s’est fait flasher sur l’autoroute). Pour mes quatre jours de CDI, le chèque de 169€ (dans lequel on m’avait défalqué 48€ de repas) m’est revenu impayé…
Selon mes sources ils sont suisses comme moi je suis Corse, l’un d’eux est originaire de la région bordelaise c’est un ancien légionnaire et les deux autres sont savoyards.»
Des salariés qui n’ont plus rien à perdre et qui ont décidé de médiatiser cette triste affaire.
«Home-Douglas n’a pas déposé son bilan et du côté des Suisses nous n’avons pas droit au chômage! Avouez que la situation n’est pas très confortable.»
Euskadi Ramos est révolté: «comment peut-on en arriver là? Leur fournisseur informatique de Lavelanet a réussi à se faire payer en les menaçant de les dénoncer pour escroquerie en bande organisée…
Ici ils sont occupants sans droit ni titre puisqu’il n’y a pas de bail et que j’attends encore l’attestation d’assurance.
L’atelier n’a jamais démarré, le projet qui devait l’alimenter était situé à Montbel, mais sans avoir encore acheté le moindre terrain ils devaient embaucher deux dessinateurs et un géomètre…
Depuis l’arrivée des Suisses rien n’est sorti d’ici. On ne peut pas cautionner de telles pratiques, ces salariés ne méritant pas ça et le Pays d’Olmes non plus.»
Selon eux après l’âge d’or du textile, «ce sont les effets secondaires de la défiscalisation du BER* qui attire les voyous de tout coin».
Une réputation qui dépasse les frontières du département
Le seul et unique chantier évoqué par les salariés de l’ex Home-Douglas devenu entre-temps selon les activités ALS, PCI etc… est situé sur le plateau du Larzac.
La responsable du camping des 4 Templiers à Caylar (Hérault) se souvient bien de cette entreprise ariégeoise qui est selon elle partie sans payer les 15 nuitées et les repas, lui laissant sur les bras un chalet hors-norme, pas totalement fini et une partie du bois posé au sol pour le second.
«J’ai perdu avec eux beaucoup de temps et d’argent. Mais je ne suis pas la seule, ils ont acheté des fournitures chez Point P qu’ils n’ont pas réglé.»
Elle se souvient bien avoir eu affaire à la société Home-Douglas au départ puis en cours de route on lui a présenté les Suisses.
«Cela m’a rassuré, les suisses sont en principe des gens sérieux, mais quand j’ai vu qu’ils louaient une fourgonnette de Super U pour acheminer le matériel jusqu’ici ça m’a paru bizarre (…) et pire encore ils faisaient travailler leurs enfants sur mon chantier (…)
Quand j’ai demandé des explications, ils ont subitement disparu dans la nature!»
Un dossier extrêmement complexe
Pourtant l’histoire avait bien commencé.
En avril 2014, l’entreprise Home-Douglas, spécialisée en maison ossature bois s’installe dans un atelier de menuiserie sur la commune de l’Aiguillon. Deux associés autour de Marc Degorre à l’origine de la conception de ces maisons livrées en kit et trois salariés pour la fabrication en atelier.
Mais à partir de décembre dernier la petite entreprise accumule les pertes, les impayés, les chantiers inachevés… au bord de la liquidation, le trio de tête se délite, seul Éric Eychenne, propulsé directeur au mois de mai poursuit l’activité (il est aujourd’hui simple salarié et son chèque de salaire lui serait revenu impayé).
Le 4 août 2015 arrive dans la boucle un nouvel investisseur: le groupe JPG pour Jean Philippe Granéreau, présenté aux salariés comme «une holding suisse».
L’investisseur n’est pas totalement inconnu en Ariège puisqu’on le retrouve avant l’été sur le projet du «centre européen et résidentiel de loisirs» de Bordes/Arize (voir notre article du 25/06/2015).
À l’époque le «porteur de projet suisse» souhaitait réactiver un permis de construire caduc en reprenant le même maitre d’ouvrage. Un projet de 17 millions d’euros qui n’a manifestement pas réussi à convaincre le maire du village ni la préfète de l’époque.
Peu de temps après le même Jean-Philippe Granéreau, intéressé par le dispositif de BER* dont bénéficie le Pays d’Olmes, se rapproche du service économique de la CCPO.
«Il cherchait des opportunités fiscales pour développer des sociétés supports permettant d’accroitre son activité (centrale d’achat, bureau d’étude, fabrication de chalets) et de mener à terme son projet immobilier dans l’Arize» se souvient Stéphane Sanchez, en charge de l’économie à la Communauté de Communes du Pays d’Olmes.
«Home-Douglas était déjà au bord du dépôt de bilan, ce n’était pas une bonne affaire pour un repreneur» poursuit le responsable du service économique, un peu étonné.
«Nous avons rencontré ce porteur de projet comme nous le faisons avec tous les autres, c’est toujours une opportunité d’implanter une activité en Pays d’Olmes. Nous lui avons proposé des projets, mais nous avons toujours été sur la réserve en attendant la preuve de ses engagements financiers.»
Un investisseur qui selon lui n’avait pas particulièrement mauvaise réputation. «Il n’y a pas eu d’aides publiques engagées sur ces dossiers», précise le responsable du service économique. Selon lui la société Home-Douglas en cessation de paiement aurait déjà dû être liquidée… a-t-elle été cédée pour l’euro symbolique à la holding suisse, la question reste entière.
Du côté des annonces légales quatre sociétés affiliées au groupe, domiciliées rue du Dr Bernadac à Lavelanet ont effectivement été créées en juillet 2015: Bureau de construction immobilier Lavelanet, Bureau d’études Lavelanet, Bureau de promotion Lavelanet et Lavelanet fermeture.
Toutes ces sociétés sont présidées par Sylvie Granéreau demeurant à la même adresse.
«Un projet de 280 emplois sur 5 ans qui tombe à l’eau»
Joint dans la journée au téléphone, Jean-Philippe Granéreau affirme que l’affaire est à présent dans les mains de ses avocats, holding oblige.
Quand on évoque avec lui les salaires et les loyers impayés, le patron de la holding minimise: «Home-Douglas ne m’incombe pas. Tout au plus quatre salariés ont un mois de retard… il s’agit d’une avarie dans le paiement des chèques. Quant à M. Ramos, on allait lui acheter son bâtiment nous devions signer le sous-seing privé le 4 novembre… bien entendu on annule la vente.»
Par contre Jean-Philippe Granéreau s’étend sur les supposés préjudices de l’article de notre consœur. «Ces projets sont morts, ils représentent 280 emplois sur 5 ans… elle n’a pas mesuré les conséquences de cet article et nous le déplorons.
Nous avons réglé ce matin ces problèmes avec l’inspection du travail, le sort de ces salariés sera réglé d’ici la fin de la semaine.»
Quant au camping dans l’Hérault: «nous avons fait le maximum, mais avec une équipe de bras cassés qui n’ont aucune compétence on ne pouvait pas faire mieux»
Un même mépris pour les journalistes que pour ses salariés qu’il affuble de «toute la bêtise humaine (…), mais ce sera fait dans la règlementation.
On essaie de me mettre sur le dos les carences d’une société insolvable… tout est dans les mains de la justice, je respecte la loi dans la règlementation française et que les gens perdent leur emploi n’est plus mon problème c’est qu’ils l’ont cherché.
On va en rester là je n’ai pas à tergiverser avec vous.» Fin de l’échange téléphonique.
*BER Bassin d’Emploi à Redynamiser (dispositif fiscal et social d’aide aux entreprises)
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